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Le HMS Agamemnon, nouveau sous-marin nucléaire britannique de la Royal Navy, a réalisé avec succès sa première plongée à quai, un jalon essentiel avant ses essais en mer et sa mise en service. Cette étape intervient alors que les tensions maritimes s’intensifient, notamment face à la montée en puissance des activités navales russes.

Construit par BAE Systems à Barrow-in-Furness, le HMS Agamemnon est le sixième sous-marin de la classe Astute. Sa première immersion, d’une durée de deux jours, combinait une plongée dans le bassin avec des tests de stabilité et d’équilibre, incluant le déplacement de 16 tonnes de plomb afin de valider son centre de gravité. Survenue trois semaines après sa mise en service administrative, cette phase marque la transition du sous-marin vers des essais opérationnels complets avant ses essais en haute mer.

Caractéristiques techniques

Conformément aux standards de la classe Astute, l’Agamemnon mesure 97 mètres de long pour un déplacement en immersion de 7 400 tonnes. Il est propulsé par un réacteur nucléaire à eau pressurisée Rolls-Royce, associé à une propulsion par jet, garantissant une autonomie quasi illimitée et une vitesse élevée maintenue en plongée.

Le design privilégie le silence acoustique grâce à une machinerie isolée sur des supports en caoutchouc et à des milliers de plaques anéchoïques couvrant sa coque. Cette configuration réduit considérablement les émissions sonores dans les canaux acoustiques complexes de l’Atlantique Nord, un atout crucial pour la Royal Navy afin de maintenir la discrétion lors du suivi ou de l’attaque de sous-marins adverses avancés.

Systèmes de détection et d’armes

L’Agamemnon est équipé du sonar Thales Sonar 2076, combinant antennes frontales, latérales et remorquées. Ce système est intégré au réseau de combat résilient du sous-marin via le système de commandement dédié. Remplaçant le périscope traditionnel, il dispose de deux mâts optroniques Thales CM010, qui fournissent des images haute définition diurnes, nocturnes et thermiques sans pénétration de la coque, limitant ainsi le temps d’exposition en surface et augmentant la survie en zones côtières contestées. Ces mâts embarquent aussi des capteurs électroniques passifs qui enrichissent la connaissance tactique du commandement.

Le sous-marin dispose de six tubes lance-torpilles de 533 mm pouvant embarquer jusqu’à 38 armes à la fois, principalement des torpilles lourdes Spearfish et des missiles de croisière Tomahawk.

Le Royaume-Uni modernise actuellement ses stocks de Tomahawk vers la version Block V, intégrant une navigation améliorée, des communications renforcées et une variante de frappe anti-navire, complexifiant significativement la détection ennemie au-delà de l’horizon. De son côté, la torpille Spearfish fait l’objet d’une mise à jour Mod 1 incluant une électronique plus avancée, une liaison en fibre optique et des améliorations de sécurité, validées lors d’essais en eaux profondes menés en 2024.

Une étape clé avant la mise en service opérationnelle

La validation de cette première immersion confirme l’intégrité de la coque pressurisée ainsi que la fiabilité des systèmes de contrôle de flottabilité et de ballast avant la sortie d’atelier. Les données récoltées sur la stabilité serviront à définir les limites opérationnelles pour le lancement et la récupération des armes, ainsi que pour les manœuvres délicates telles que les exercices d’urgence en conditions météorologiques difficiles ou sous glace. Ces essais distinguent clairement un navire construit selon son plan de conception d’un bâtiment réellement certifié pour le combat.

Contexte géostratégique

Face à la hausse des activités navales russes, notamment dans le secteur du Royaume-Uni, le Parlement britannique a été alerté sur la surveillance accrue exercée par les forces de l’OTAN, avec des sous-marins russes transitant notamment par le Pas de Calais et le Golfe de Gascogne. En réponse, Londres renforce la protection des infrastructures sous-marines critiques, s’appuyant également sur les capacités submarines de l’alliance AUKUS. Le HMS Agamemnon sera déployé selon un spectre étendu : dissuasion nucléaire, protection rapprochée des porte-avions et défense des réseaux sous-marins essentiels, notamment dans la zone stratégique GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni) et en Arctique.

Après cette première immersion, le sous-marin entamera ses phases d’essais de puissance et d’endurance en mer avant son intégration pleine au sein de la flottille basée à Clyde. Il rejoindra alors ses sister-ships Astute, Ambush, Artful, Audacious et Anson, chacun contribuant à la modernisation de la flotte sous-marine britannique.