Des images satellitaires révèlent le déploiement des drones furtifs de combat GJ-11 « Sharp Sword » sur la base aérienne de Shigatse, au Tibet. Située à près de 3 782 mètres d’altitude dans l’Himalaya, cette installation stratégique se trouve à proximité immédiate de la Ligne de contrôle effectif (LAC) contestée avec l’Inde, suscitant des préoccupations sur l’intensification des tensions dans cette région sensible.
Conçu par l’aviation chinoise AVIC et Shenyang Aircraft Corporation, le GJ-11 représente une avancée majeure dans la guerre des drones pour Pékin. Présenté pour la première fois en prototype en 2013, puis en version améliorée lors des célébrations de la fête nationale chinoise en 2019, ce drone volant ailé subsonique est optimisé pour pénétrer des espaces aériens contestés. Son encombrement radar est estimé inférieur à 0,05 mètre carré grâce à des matériaux absorbants, des arêtes dentelées et une structure tout-composite, le rendant comparable aux premiers modèles du bombardier furtif américain B-2 Spirit.
Équipé d’un turboréacteur WS-13 ou WS-500 de conception locale, le GJ-11 offre une autonomie pouvant atteindre six heures et un rayon d’action supérieur à 1 500 kilomètres. Ses deux soutes internes permettent d’emporter des munitions guidées de précision telles que les bombes à guidage par planeur LS-6 ou les petites bombes FT-8C, ciblant des installations stratégiques comme les radars, les batteries de missiles sol-air, ou les centres logistiques. En plus de ses capacités cinétiques, le drone dispose de systèmes de guerre électronique capables de brouiller radars et communications ennemies, facilitant ainsi la suppression légère et lourde des défenses anti-aériennes. Son système d’intelligence artificielle embarqué permet une opération semi-autonome, incluant la détection de menaces et les tactiques coopératives, tandis que des liaisons de données à haut débit assurent une intégration fluide avec des appareils pilotés comme le chasseur furtif J-20, notamment sa version biplace destinée au rôle de commandement en tant qu’« ailier loyal ».
Ce déploiement n’est pas qu’une démonstration technologique, il illustre une évolution doctrinale vers une « guerre intelligemment automatisée », où des essaims de drones dédiés à des missions de saturation et d’attrition exploitent autonomie et interconnexion. Les essais en haute altitude à Shigatse confirment la performance du GJ-11 dans l’atmosphère raréfiée de l’Himalaya, surmontant des défis récurrents tels que la diminution de poussée des moteurs et la fiabilité des systèmes par basses températures, qui affectent même les avions habités.
Des images commerciales de la société Planet Labs ont capturé trois exemplaires du GJ-11 à Shigatse entre le 6 août et début septembre 2025. Au moins deux unités arboraient le camouflage standard de l’Armée populaire de libération (APL), tandis qu’un troisième drone était protégé par une bâche. Le 5 septembre, deux drones étaient toujours stationnés sur l’aire de trafic, indiquant une campagne d’évaluation prolongée d’environ un mois. Bien que les appareils aient disparu des clichés satellites à la mi-septembre, l’infrastructure de la base témoigne d’une présence durable : une piste principale de 5 000 mètres de long, parmi les plus longues au monde, une piste annexe, de nouveaux hangars blindés, des voies de circulation élargies et des abris pour chasseurs.
Shigatse n’est pas un simple site d’essais isolé, c’est un centre opérationnel polyvalent accueillant des chasseurs J-10 et Flanker, ainsi que des avions de détection avancée, des hélicoptères et des drones de reconnaissance tels que le WZ-7 « Soaring Dragon ». Ce déploiement marque le passage du GJ-11 de zones de tests au Xinjiang (base de Malan) et au Gansu (polygone de Dingxin), vers un environnement opérationnel avancé. Là, sont affinés les aspects tactiques, l’intégration avec d’autres forces et les exigences inhérentes aux opérations en haute altitude. Il s’agit de la première mission connue pour ce type, indiquant que le « Sharp Sword » pourrait déjà être prêt au combat, ou s’en rapprocher dangereusement.
Pour New Delhi, la menace est claire. Shigatse se situe à seulement 145 kilomètres au nord-est de l’État indien du Sikkim, à portée du corridor stratégique de Siliguri, surnommé le « cou du poulet », qui relie l’Inde continentale à ses provinces du Nord-Est. La coupure de ce passage couperait l’accès à plus de 50 millions de personnes et paralyserait les lignes logistiques. Grâce à son profil furtif et ses capacités de guerre électronique, le GJ-11 pourrait pénétrer les radars S-400 indiens, perturber les systèmes intégrés de commandement aérien, et frapper des bases avancées dans les régions contestées du Ladakh ou de l’Arunachal Pradesh, avant l’entrée en action de chasseurs pilotés tels que le J-20 exploitant la rupture créée.
Cette menace s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes. Depuis l’affrontement meurtrier dans la vallée de Galwan en 2020, les deux pays ont renforcé leurs moyens le long de la LAC, et les escarmouches se poursuivent encore en 2025. La modernisation des infrastructures aériennes tibétaines — nouvelles pistes, hangars et escadrons de drones — reflète les efforts indiens dans les secteurs Arunachal et Ladakh. Néanmoins, le GJ-11 introduit un déséquilibre, son adaptation à l’altitude supérieure surpasse les capacités opérationnelles des jets pilotés chinois comme le J-10C, tandis que la flotte indienne de Su-30MKI, bien que puissante, ne dispose pas de furtivité comparable. Des débats récents soulignent ce déséquilibre, abordant des « enjeux directs pour la sécurité indienne » et la possibilité d’actions préventives contre les radars et batteries sol-air adverses.
Les conséquences stratégiques sont multiples : le GJ-11, couplé aux drones de renseignement WZ-7 et aux réseaux de commandement J-20, raccourcit la chaîne décisionnelle entre repérage et frappe, augmentant considérablement la cadence du renseignement le long de la frontière et autorisant une présence persistante à moindre risque. Pour l’Inde, cela équivaut à une vulnérabilité accrue dans un théâtre où la géographie avantage déjà la Chine, le défenseur local. Cette capacité pourrait encourager Pékin dans ses provocations à la limite des conflits, entre incursions et contrôles d’infrastructures, tout en freinant les réactions indiennes.
Face à cette menace, l’Inde ne reste pas passive. Le déploiement accéléré des systèmes russes S-400 le long de la LAC, ainsi que les améliorations de la flotte Su-30MKI avec missiles BrahMos et radars améliorés renforcent la défense en profondeur. Par ailleurs, le programme national DRDO Ghatak vise à développer un drone furtif de combat indigène d’ici la fin de la décennie, susceptible d’affronter directement le GJ-11. Des coopérations technologiques avec des alliés, notamment dans le cadre du QUAD, pourraient également accélérer la mise au point de radars anti-furtifs et de systèmes de défense anti-drones en essaim.