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Alors que l’Inde accélère sa quête d’autonomie aérospatiale, Hindustan Aeronautics Limited (HAL) s’apprête à franchir une nouvelle étape en transformant son turboshaft HTSE-1200 en turbopropulseur destiné à équiper le programme d’avion d’entraînement de base HTT-40. Cette adaptation stratégique pourrait permettre de remplacer les moteurs étrangers Honeywell TPE331-12B, réduire la dépendance aux importations et renforcer l’autonomie industrielle dans le cadre de l’initiative Aatmanirbhar Bharat.

Avec le premier vol du HTT-40 prévu prochainement et des livraisons attendues pour début 2026, les récents problèmes d’approvisionnement liés aux moteurs Honeywell ont mis en lumière la vulnérabilité liée aux composants étrangers. La reconfiguration du HTSE-1200 en turbopropulseur, en conservant le cœur de turbine à gaz mais en intégrant une boîte de réduction adaptée pour entraîner une hélice classique, offre une voie pragmatique pour l’indigénisation, avec un risque technique maîtrisé. Ce choix, conforme aux évolutions mondiales des familles moteurs, pourrait également réduire les coûts sur l’ensemble du cycle de vie et libérer HAL des contraintes géopolitiques.

Le moteur Hindustan Turbo Shaft Engine (HTSE)-1200 constitue une avancée majeure pour HAL, conçu pour délivrer 1 200 kW aux hélicoptères légers et moyens de 3 à 6 tonnes. Développé par la division moteur de HAL à Bengaluru, le programme a déjà franchi plusieurs étapes clés : cinq exemplaires sont en fabrication avancée et une première série quasi prête à la production est planifiée pour mi-2025. Les essais de certification devraient être achevés en 2024, ouvrant la voie à son intégration sur des plateformes telles que l’Advanced Light Helicopter (ALH) Dhruv et l’Intermediate Multi-Role Helicopter (IMRH) en développement.

Issu d’un design national renforcé par des transferts technologiques internationaux, notamment la pleine maîtrise acquise auprès de Safran pour le moteur Shakti, le HTSE-1200 témoigne de la montée en compétences de l’Inde dans les turbines à gaz. Son architecture modulaire, utilisant des matériaux avancés pour une meilleure efficacité et des émissions réduites, en fait un noyau moteur flexible apte à être décliné. Si sa conception cible le couple d’arbre pour rotor d’hélicoptère, des experts estiment qu’un simple changement de boîte de réduction pourrait transformer ce turboshaft en turbopropulseur, à l’image de la famille de moteurs Pratt & Whitney PT6, polyvalents sur hélicoptères et avions à voilure fixe.

Cette démarche n’est pas inédite pour HAL, qui a déjà intégré des turbopropulseurs sur des avions d’entraînement comme le HPT-32 Deepak. Avec des coûts de développement du HTSE-1200 estimés entre 500 et 600 crores de roupies (environ 60-70 millions d’euros) déjà engagés, la conversion en variante turbopropulseur nécessiterait un surcoût de R&D limité, et pourrait être réalisée en 18 à 24 mois grâce aux essais au sol et en vol dans la nouvelle installation de conception et de tests inaugurée en 2023.

Le HAL HTT-40, dévoilé en 2022 comme l’avion d’entraînement primaire de nouvelle génération pour l’Indian Air Force (IAF), offre un cockpit moderne à affichages numériques, des capacités acrobatiques en tandem et une excellente maniabilité à basse vitesse. Certifié pour des virages à 70 degrés et équipé de sièges éjectables « zéro-zéro », cet appareil doit remplacer les vieillissants HPT-32. Le contrat initial porte sur 70 exemplaires, avec une option portant la commande à 106. Cependant, sa motorisation repose sur le Honeywell TPE331-12B, un moteur américain de 1 100 chevaux, dont le contrat prévoit 88 kits livrables depuis 2022, mais qui connaît des retards récurrents.

Ces retards d’approvisionnement, aggravés par la pénurie mondiale de semi-conducteurs et les restrictions à l’export, repoussent la première livraison à janvier 2026, suivie de 11 autres machines d’ici la fin de l’exercice financier. Avec un coût unitaire de 2 à 3 millions de dollars par moteur, ces importations alourdissent à 1,5 milliard de dollars le budget total du programme et engagent HAL dans des mises à jour doctrinaires dictées par le fournisseur. Le chef de l’IAF, le Maréchal de l’Air A.P. Singh, a récemment souligné ces vulnérabilités, insistant sur l’importance de solutions « plug-and-play » locales pour maintenir 18 000 heures annuelles de vol d’entraînement.

La conversion du HTSE-1200 en turbopropulseur, calibrée pour correspondre à la puissance du TPE331 grâce à un engrenage finement ajusté, pourrait s’adapter facilement au nacelle du HTT-40, avec des modifications aux commandes de pas d’hélice et aux dispositifs d’amortissement des vibrations. Ce jumelage protégerait la flotte indienne de toute pression politique liée aux sanctions et ouvrirait la porte à l’exportation de variantes d’entraînement, sur un marché mondial estimé à 10 milliards de dollars.

Sur le plan technique, le passage d’un turboshaft à un turbopropulseur est relativement direct : la turbine libre transmet la puissance mécanique à un arbre de sortie via une boîte de réduction planétaire (typiquement un rapport de 10:1), convertissant un couple à très haut régime en une force à faible régime compatible avec un rendement optimal en propulsion par hélice. Pour le HTSE-1200, cela implique de garder les sections compresseur, chambre de combustion et turbine, tout en ajoutant des équipements spécifiques à l’hélice comme le mécanisme d’emplumage, s’appuyant sur l’expertise de HAL acquise lors du programme moteur Adour.

Les avantages sont nombreux : économies estimées entre 20 et 30 % par rapport à un moteur Honeywell grâce à la production locale, transfert complet de technologie pour l’entretien et la maintenance tout au long du cycle de vie, ainsi qu’une capacité de montée en charge rapide face à des menaces multidimensionnelles. Les essais d’intégration pourraient s’appuyer sur la procédure de certification en cours du HTT-40, avec une version turbopropulseur prête à alimenter des prototypes d’ici 2027-2028. Ce projet s’inscrit aussi dans la dynamique du DRDO visant des solutions hybrides, avec la possibilité d’assistances électriques pour rendre les entraînements plus écologiques.