Un pilote d’essai retraité de l’Indian Air Force (IAF) a révélé, dans une interview exclusive, les fonctionnalités stratégiques du drone CATS Warrior, une composante clé du programme Combat Air Teaming System (CATS) développé par Hindustan Aeronautics Limited (HAL). Il présente ce drone comme un véritable « amplificateur de capteurs » pour l’avion de combat léger indien Tejas, capable à la fois de mener des missions de reconnaissance avancée et d’opérer comme un drone kamikaze de longue portée.
Conçu pour accompagner le Tejas dans des opérations en équipe homme-machine (MUM-T), le CATS Warrior agit comme un « loyal wingman » en élargissant la conscience situationnelle sans exposer l’avion piloté à des risques excessifs. « Il vole en éclaireur devant l’appareil piloté et transmet en temps réel des données sur les positions ennemies, les menaces et le terrain au Tejas », explique le pilote. Cette transmission est assurée via des liaisons de données sécurisées, renforçant ainsi l’efficacité au combat du Tejas Mk1A par une intelligence opérationnelle accrue.
Le rôle du Warrior ne se limite pas à la reconnaissance. Pour des missions à courte portée, jusqu’à 350 km, adaptées à des frappes tactiques le long de la Ligne de Contrôle ou à des patrouilles maritimes dans la mer d’Arabie, le drone peut retourner automatiquement à sa base, se ravitailler puis repartir, optimisant ainsi son emploi lors d’opérations prolongées. En revanche, pour des missions à longue distance, jusqu’à 800 km, sa fonction évolue radicalement : le drone devient un engin sacrificiel. « Il s’écrasera volontairement sur la cible », précise l’expert, soulignant son caractère jetable dans ces scénarios. Face à un espace aérien hostile ou à un niveau de carburant critique, il peut être dirigé vers une cible à haute valeur stratégique, qu’il s’agisse d’un poste de commandement ou d’une colonne blindée, garantissant ainsi la réussite de la mission même sans possibilité de récupération.
Cette capacité kamikaze s’inscrit dans la tendance mondiale des drones attritables, comparable au programme américain Collaborative Combat Aircraft (CCA) ou au drone turc KızılElma, mais adaptée aux menaces asymétriques spécifiques à l’Inde. L’appareil présente un fuselage aérodynamique subsonique à voilure intégrée, avec des entrées d’air soulignées par des accents orange, comme illustré récemment dans les rendus HAL. Il dispose d’une architecture modulaire capable d’emporter des charges électro-optiques/infrarouges pour les missions courtes ou des munitions guidées de précision pour la phase kamikaze. Propulsé par une variante à sec du moteur GE F404 utilisé sur le Tejas, il offre une autonomie de 3 à 4 heures, bénéficie de caractéristiques furtives et est doté d’une autonomie assistée par intelligence artificielle afin de réduire la charge de travail du pilote.
Le témoignage du pilote intervient alors que le développement du CATS s’accélère. La branche Recherche & Développement aéronautique de HAL, en collaboration avec le DRDO, prévoit de présenter un prototype d’ici 2026, avec une entrée en service prévue dans l’Indian Air Force pour 2028-2029. Ce programme s’inscrit dans la montée en puissance du Tejas Mk2, où la coordination homme-machine constituera la pierre angulaire des tactiques de escadron – des drones agissant comme des éclaireurs numériques dans une formation technologique avancée. « En tant qu’atout non habité, il peut être dirigé vers une cible et sacrifié s’il n’est pas envisageable de le faire revenir », conclut le pilote, illustrant une approche pragmatique face aux aléas du champ de bataille où chaque kilomètre parcouru compte.