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La Défense indienne renforce sa capacité de frappe maritime avec l’intégration en cours du missile de croisière anti-navire NASM-MR (Naval Anti-Ship Missile-Medium Range) sur les avions MiG-29K de la Marine. Ce missile de précision, lancé depuis les airs, est spécifiquement conçu pour répondre aux exigences d’une guerre antisurface en assurant des frappes au-delà de l’horizon avec une furtivité accrue et une grande létalité.

Développé par le Research Centre Imarat (RCI) du DRDO, en collaboration avec d’autres laboratoires indiens, le NASM-MR se positionne comme une alternative subsonique au très connu missile supersonique BrahMos. Ce système « air-navire » exécute des trajectoires proches de la surface maritime, à seulement 5-10 mètres d’altitude, ce qui lui permet d’échapper efficacement aux radars ennemis. Il suit des points de passage préprogrammés pour s’adapter aux contre-mesures et aux mouvements des cibles telles que les frégates, destroyers et corvettes.

L’année 2023 a marqué un tournant majeur avec la finalisation de l’intégration du missile sur les MiG-29K à l’atelier naval de Goa. Cette étape a permis de valider l’interopérabilité entre systèmes avioniques, systèmes de contrôle de tir et interfaces des pylônes, ainsi que la mécanique de séparation en vol et les liaisons de données. Elle ouvre la voie à la certification opérationnelle imminente.

Parallèlement, le ministère indien de la Défense a accordé en 2023 l’Acceptance of Necessity (AoN), autorisant l’achat et le démarrage des essais en conditions réelles. Cette décision fait suite à l’examen préliminaire de la conception achèvement en novembre 2023, qui a permis d’optimiser l’aérodynamique du missile en soufflerie. L’AoN reflète la priorité donnée à ce nouveau missile pour remplacer les anciennes plateformes comme le Kh-35 Uran, avec des commandes initiales prévues entre 200 et 300 unités d’ici 2027.

Le NASM-MR illustre l’accent mis par le DRDO sur les technologies de faible observabilité, adoptant un profil de vol « Low-Low-Low » qui maintient le missile à très basse altitude en phase d’approche, pour finalement exécuter une phase terminale dite « pop-up » favorisant l’acquisition de la cible. Propulsé par une version dérivée du turboréacteur Manik développé par le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), le missile atteint des vitesses subsoniques élevées proches de Mach 0,9 et dispose d’une portée estimée à plus de 350 km, surpassant des références mondiales comme les missiles américains Harpoon ou français Exocet.

Le guidage est assuré par un chercheur à antenne active à balayage électronique (AESA), capable de suivre des cibles dans un environnement maritime encombré. Il est complété par un système de navigation inertielle, GPS et une liaison de données pour effectuer des corrections en vol. Pesant entre 400 et 450 kg, le NASM-MR permet à un MiG-29K d’emporter jusqu’à quatre missiles, offrant ainsi la possibilité de mener des attaques coordonnées contre des groupes navals adverses. Sa résistance aux brouillages électroniques et contre-mesures garantit un taux de succès élevé même dans des environnements électromagnétiques contestés.

Caractéristique Détail
Plateforme de lancement MiG-29K (chasseur embarqué)
Portée Supérieure à 350 km
Vitesse Subsonique élevée (Mach 0,9)
Trajectoire Vol à faible altitude, trajectoire avec points de passage ; phase terminale pop-up
Guidage Rechercheur AESA + INS/GPS/Liaison de données
Masse 400-450 kg
Charge militaire Hautement explosive (capacité à préciser)
Propulsion Dérivé du turboréacteur Manik

Présenté sous forme de maquette à Aero India 2025, le missile a suscité un intérêt certain quant à son intégration future sur d’autres plateformes comme le Rafale-M et l’avion de patrouille maritime P-8I. Les essais de développement, prévus fin 2025 au centre d’essais intégré (ITR) de Chandipur, couvriront les phases de transport sous aile, tirs réels et validation en conditions maritimes. Des discussions début 2025 ont évoqué une coopération avec Boeing pour la certification du NASM-MR sur le P-8I, ce qui pourrait étendre son emploi.

Quatre variantes du missile sont à l’étude, incluant des versions lancées depuis la surface et à portée étendue, afin d’établir un réseau d’armes anti-navires multi-couches à l’horizon 2030. Ce programme s’inscrit dans la feuille de route technologique quinquennale de la Marine indienne, dévoilée en septembre 2025, qui met l’accent sur l’autonomie stratégique dans les munitions pour contrer la montée en puissance navale chinoise dans la zone de l’océan Indien.