L’Inde et la Russie discutent de la construction de navires renforcés aptes à naviguer dans l’Arctique, notamment pour circuler sur la Route maritime du Nord. Cette coopération, portée par Vladimir Panov, représentant spécial pour le développement arctique chez Rosatom, vise à renforcer le fret commercial entre les deux pays via cette voie stratégique.
Selon Vladimir Panov, la coopération se déroule dans le cadre d’un groupe de travail intergouvernemental russo-indien dédié à la Route maritime du Nord, rattaché à la Commission intergouvernementale russo-indienne pour la coopération commerciale, économique, scientifique, technique et culturelle. Le premier rendez-vous de ce groupe a eu lieu le 10 octobre 2024 à New Delhi.
Renforcer le transport via la Route maritime du Nord
L’objectif principal de ce partenariat est d’augmenter les volumes de fret acheminés entre la Russie et l’Inde sur la Route maritime du Nord. Pour cela, il faut développer des navires modernes de classe arctique capables d’assurer une navigation toute l’année, y compris de nouveaux porte-conteneurs à haute capacité de glace. Ces navires font partie de projets innovants communs que discutent actuellement les deux pays.
La ville indienne de Chennai, située dans le sud du pays, est déjà connectée au port russe de Vladivostok, un point clé sur cette route arctique. Le flux de marchandises entre la Russie et l’Inde est important et Chennai pourrait devenir un centre d’agrégation pour le trafic conteneurisé, avec un seuil minimal de 100 conteneurs par semaine pour assurer une liaison dédiée avec Vladivostok. L’amélioration de l’infrastructure de la Route maritime du Nord devrait également constituer un sujet central lors de la prochaine visite de Vladimir Poutine en Inde.
Un corridor stratégique entre Eurasie occidentale et Asie-Pacifique
La Route maritime du Nord est la voie maritime la plus courte reliant l’Europe de l’Ouest et la région Asie-Pacifique. Depuis 2018, Rosatom a été désigné par le gouvernement russe comme opérateur de cette infrastructure stratégique. L’entreprise est en charge du projet fédéral de développement de la Route maritime du Nord et contribue à sa planification jusqu’en 2035, dans le cadre de la stratégie socio-économique russe jusqu’en 2030.
L’objectif de Rosatom est de faire de cette route un axe de transport efficace reliant l’Europe, la Russie et l’Asie-Pacifique. En 2024, le trafic a atteint 37,9 millions de tonnes, soit une hausse de 4,5 % par rapport à 2023. Le transit domestique a progressé de près de 50 %, à 3,1 millions de tonnes, porté par les exportations issues de projets russes dans l’Arctique vers les marchés asiatiques.
De janvier à septembre 2025, environ 23 millions de tonnes ont été transportées via la Route maritime du Nord. L’intérêt pour le transit international augmente, notamment pour le fret conteneurisé, avec 14 voyages réalisés entre la Russie et la Chine lors de la saison de navigation estivale et automnale 2024, un volume 56 % supérieur à celui de l’année précédente. Pour la première fois, des marchandises ont été acheminées de Shanghai vers la Biélorussie via cette route.
Un développement soutenu par une flotte de brise-glace nucléaires
La navigation dans l’Arctique nécessite des brise-glace puissants. Rosatom dispose actuellement de 11 brise-glace opérant sur la Route maritime du Nord, dont 8 à propulsion nucléaire. Trois nouveaux brise-glace universels du projet 22220 sont en construction, capables d’opérer aussi bien dans les eaux profondes de l’océan Arctique que dans les deltas fluviaux peu profonds. Un autre brise-glace, le Rossiya, est en cours de réalisation et aura une capacité double de celle des navires du projet 22220.
Selon Alexey Likhachev, directeur général de Rosatom, une flotte de 15 à 17 brise-glace sera nécessaire pour soutenir un trafic de 100 millions de tonnes sur cette route arctique. L’expansion future de la flotte sera ajustée en fonction de l’évolution des volumes de transport.
Respect de l’environnement et développement durable
Le développement de la Route maritime du Nord s’inscrit dans un contexte écologique sensible. L’Arctique, région à l’écosystème fragile et aux conditions climatiques extrêmes, fait l’objet d’une attention particulière. Rosatom met en œuvre des mesures strictes de protection environnementale, notamment la restauration des terrains perturbés, la conservation de la biodiversité et l’évaluation rigoureuse des impacts avant tout projet.
Une surveillance environnementale complète de la Route maritime du Nord a été lancée en 2021 en partenariat avec le Centre de recherche marine de l’Université d’État de Moscou M.V. Lomonossov, et se poursuivra jusqu’en 2025. Un groupe international d’experts en surveillance environnementale a été mis en place pour garantir la conformité aux standards internationaux.
Les défis de la navigation arctique
La Route maritime du Nord traverse une zone peu développée, ce qui impose de relever des défis d’infrastructure et de sécurité pour assurer une navigation toute l’année. Le plan de développement jusqu’en 2035 prévoit des mesures dans quatre domaines clés : l’élargissement de l’assise de fret, le développement des infrastructures portuaires et énergétiques, la modernisation des flottes de brise-glace et de navires marchandises, ainsi que le renforcement de la sécurité maritime.
À ce jour, 30 navires de haute classe arctique évoluent sur cette route. Ces navires, appelés double action ships, ont la particularité de se déplacer arrière en cas de navigation dans la glace et avant en eaux libres, combinant ainsi forte capacité de brise-glace et vitesse en haute mer.