Le Japon poursuit ses efforts pour renforcer ses capacités en matière de missiles de croisière longue portée, avec la signature de contrats portant sur une nouvelle capacité de défense antimissile pour sa flotte de sous-marins, ainsi que sur des missiles antinavires améliorés pour ses destroyers. Ces contrats, engagés en production de masse, s’inscrivent dans une stratégie de renforcement du pays face aux menaces croissantes de la Chine et de la Corée du Nord, en permettant d’attaquer des cibles terrestres comme navales ennemies.
Le ministère japonais de la Défense a annoncé mardi la signature de ces nouveaux contrats portant sur une version améliorée du missile antinavire Type 12, destiné à être lancé depuis les navires, ainsi que sur un missile de croisière sous-marin encore non nommé, lancé depuis des tubes lance-torpilles. Ces deux contrats ont été attribués à Mitsubishi Heavy Industries (MHI).
Dans un communiqué, le ministère précise que ces contrats font partie d’un « renforcement des capacités de défense à distance pour intercepter et éliminer précocement et à grande distance les forces d’envahisseurs contre le Japon ». Il souligne travailler à l’acquisition rapide de missiles longue portée de fabrication nationale.
Le dernier Livre blanc sur la défense détaille cette capacité de défense à distance, qui constitue un pilier fondamental du programme de modernisation japonais.
Selon ce document, « le Japon développera des capacités pour contrer les navires et forces de débarquement susceptibles d’envahir le Japon, y compris ses îles éloignées, à partir d’emplacements situés hors des zones de menace ». Ce programme implique notamment de poursuivre le développement du missile Type 12 amélioré, visant à finaliser la version navale d’ici la fin de l’exercice fiscal 2026.
Le Livre blanc évoque également la « création de capacités de défense de type sous-marin, pouvant être lancées depuis des sous-marins opérant avec un haut niveau de discrétion ».
Les informations à propos du missile sous-marin restent limitées, mais des rapports de 2021 suggéraient l’introduction prochaine d’une telle capacité, soit sur la flotte de sous-marins existante, soit sur les futurs modèles.
À cette époque, ce missile devait disposer d’une portée de plus de 1000 kilomètres et être opérationnel dans la seconde moitié des années 2020.
Cette munition lancée depuis sous-marin fournira ainsi à la Force d’Autodéfense Maritime japonaise (JMSDF) une nouvelle capacité d’attaque à grande distance, capable de frapper aussi bien des cibles terrestres que des navires de guerre ennemis.
Bien que le type exact de missile et son nom restent inconnus, des sources avaient indiqué qu’il pourrait être dérivé du Type 12, un missile antinavire subsonique, dont la première version a été mise en service dans la Force Terrestre d’Autodéfense du Japon (JGSDF), avec une portée d’environ 200 km.
Le missile antinavire Type 12 lancé depuis la terre :
Le fait que MHI ait obtenu simultanément un contrat pour une version améliorée du Type 12 destinée aux navires laisse entendre que le missile sous-marin pourrait constituer un dérivé de ce même missile.
Avant cela, il avait été envisagé que la JMSDF utilise soit un système de lancement vertical (VLS), soit des tubes lance-torpilles classiques pour le tir du missile en milieu sous-marin. Vu l’urgence de mise en service, la version lancée depuis les tubes apparait comme la plus logique, la JMSDF ne disposant actuellement d’aucun VLS sous-marin.
Un rapport antérieur du journal Yomiuri Shimbun indiquait que la JMSDF équipera d’abord ses sous-marins avec une version antinavire du missile, avant d’introduire la version à capacité d’attaque terrestre.
Actuellement, les sous-marins japonais sont armés de missiles Harpoon, lancés depuis des tubes lance-torpilles standards. Toutefois, leur portée reste bien inférieure à celle des nouveaux missiles, et ils ne disposent pas d’une capacité d’attaque terrestre. La dernière version UGM-84L Harpoon Block II en service dans la JMSDF a une portée d’environ 130 km.
Un missile de croisière longue portée pour la flotte de sous-marins représente donc une avancée considérable, augmentant rapidement les capacités d’attaque globales du Japon.
La JMSDF exploite actuellement une flotte de 23 sous-marins conventionnels en première ligne, et prévoit d’ajouter au moins quatre unités supplémentaires de la classe avancée Taigei.
Le lien exact entre ce missile sous-marin et le Type 12 reste à préciser. Le développement d’une version à portée étendue du Type 12 a débuté lors de l’exercice fiscal 2018 ; ce missile repensé bénéficie d’une plus grande surface portante, d’un moteur plus performant et d’un carburant supplémentaire.
Ainsi, la portée du Type 12, initialement de 200 km, serait portée à environ 900 km, voire jusqu’à 1500 km. Même la première version améliorée suffirait pour répondre aux exigences du missile sous-marin.
Parmi les autres améliorations, le Type 12 amélioré bénéficie d’une capacité d’attaque terrestre accrue et d’une réduction de sa signature radar.
Dans l’ensemble, ces évolutions traduisent aussi l’inquiétude japonaise face à la montée en puissance de la flotte de surface de la Chine. L’activité de la Marine de l’Armée Populaire de Libération (APL) s’accroît en mer de Chine Orientale ainsi que dans les mers de Chine Méridionale et Orientale.
La mer de Chine Orientale est également le théâtre d’un long conflit territorial autour d’un archipel inhabité, avec des tensions renforcées depuis quelques années, notamment par les patrouilles de porte-avions chinois. Cette zone est évoquée dans le dernier Livre blanc sur la défense :
« L’ordre mondial actuel est gravement menacé, et le Japon fait face à l’environnement de sécurité le plus sévère et complexe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Chine a rapidement accru ses dépenses de défense nationale, améliorant rapidement sa capacité militaire de manière qualitative et quantitative, et intensifiant ses activités en mer de Chine Orientale, y compris autour des îles Senkaku, ainsi que dans le Pacifique. »
Concernant les capacités d’attaque terrestre, ce développement représente aussi une avancée majeure pour la flotte de sous-marins japonaise.
Un missile de croisière à lancement sous-marin, capable d’attaquer les terres, permettrait de toucher des objectifs stratégiques, incluant la capacité croissante de missiles balistiques et nucléaires nord-coréenne.
Pyongyang a effectué à plusieurs reprises des tirs de missiles balistiques pouvant atteindre le Japon et ses eaux. Par ailleurs, un missile de croisière longue portée pourrait frapper des infrastructures militaires et de commandement critiques, ainsi que des bases aériennes ou sites de défense aérienne, en cas de conflit.
Comparé à d’autres moyens d’attaque terrestre à longue distance, un missile lancé depuis un sous-marin offre une meilleure capacité de survie, assurant une capacité de réplique même si une partie importante de l’aviation japonaise venait à être détruite lors de la première offensive ennemie.
Cette arme bénéficierait également des technologies avancées des derniers sous-marins de la JMSDF, notamment du système de propulsion à batteries lithium-ion installé sur les derniers modèles, qui rend ces sous-marins particulièrement silencieux et difficiles à détecter.
En attendant le déploiement de cette nouvelle capacité, la JMSDF s’appuie provisoirement sur le missile de croisière américain Tomahawk. En 2017, le Japon avait déjà annoncé l’achat initial de ces missiles.
Le ministère japonais de la Défense décrit le programme Tomahawk comme un effort soutenu destiné à compléter le développement local de missiles longue portée. Une fois en service, ces Tomahawks amélioreront considérablement la capacité d’interception et d’élimination des forces ennemies à grande distance contre le Japon. Une livraison de 400 missiles Tomahawk (200 Block IV et 200 Block V) est prévue entre 2025 et 2027.
Le Tomahawk Block IV peut atteindre des cibles jusqu’à près de 1600 km avec une ogive unique de 450 kg, tandis que le Block V, version améliorée, peut aussi être utilisé contre des cibles mobiles, notamment des navires ennemis.
Le premier navire de guerre japonais destiné à recevoir les capacités Tomahawk a récemment quitté la base de Yokosuka en direction des États-Unis pour subir les modifications nécessaires.
En définitive, la JMSDF emploiera le Tomahawk sur ses huit destroyers équipés du système Aegis, ainsi que sur ses deux futurs navires Aegis destinés à la défense antimissile (ASEV), sans toutefois envisager pour l’heure son déploiement sur les sous-marins.
À noter également que le Japon acquiert des missiles de croisière air-sol pour ses missions d’attaque terrestre.
Il est clair que renforcer ses capacités de missiles longue portée, tant pour les missions d’attaque terrestre qu’antinavire, demeure une priorité stratégique pour le Japon. Les derniers contrats garantissent que ses sous-marins et navires de surface seront au premier plan de cette nouvelle orientation plus offensive.