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L’US Air Force a attribué à Boeing un contrat de 173 millions de dollars pour huit hélicoptères MH-139A Grey Wolf supplémentaires, renforçant ainsi la sécurité nucléaire et accélérant le remplacement de sa flotte vieillissante de UH-1N Huey.

Boeing a annoncé le 9 octobre que l’Air Force Command avait validé un contrat pour un troisième lot, d’un montant supérieur à 173 millions de dollars. Cette commande comprend huit hélicoptères MH-139A, ainsi que la formation et la maintenance associées, faisant suite à l’acquisition de sept appareils en avril 2024.

Ce nouveau contrat porte à 34 le nombre total de Grey Wolf commandés, conformément au plan de recapitalisation des UH-1N Huey. Le MH-139A, plus rapide et doté d’une plus grande autonomie, est spécifiquement conçu pour assurer la protection des sites de missiles balistiques intercontinentaux, transporter les forces de sécurité et appuyer le déplacement des hauts commandements. À ce jour, 18 appareils ont été livrés, tandis que le programme d’essais opérationnels et d’évaluation (IOT&E) se termine et que les unités se préparent à leur déploiement opérationnel.

Le MH-139A : une plateforme militaire dérivée d’un civil éprouvé

Le MH-139A n’est pas un prototype expérimental, mais une adaptation militaire de l’AW139 de Leonardo, assemblée et militarisée par Boeing. Il est destiné à des missions de sécurité nucléaire, recherche et sauvetage, ainsi que le transport de troupes et de matériel. L’objectif principal de l’US Air Force est clair : remplacer la flotte vieillissante de UH-1N qui protège encore les sites de missiles balistiques et assure le transport des hauts responsables.

Ce dernier contrat reflète une maturation continue du programme, suite au lot de sept hélicoptères livré l’an passé, et s’inscrit dans l’effort de déploiement du Grey Wolf sur l’ensemble du réseau des sites de missiles du Northern Tier.

Un hélicoptère pensé pour la protection nucléaire

« Le MH-139A offre une vitesse, une portée et une capacité de charge utiles accrues, indispensables pour soutenir les missions de sécurité nationale des États-Unis », a déclaré Azeem Khan, directeur du programme MH-139 chez Boeing. Leonardo a quant à lui souligné l’intérêt d’appuyer le service militaire sur une plateforme civile éprouvée.

Les escadrons du Air Force Global Strike Command ont achevé cette année leurs premiers vols d’essais et évaluations opérationnelles depuis la base de Malmstrom, une étape clé nécessaire pour le déploiement.

Propulsé par deux turbomoteurs Pratt & Whitney Canada PT6 contrôlés par un FADEC, le MH-139A dispose d’une boîte de transmission principale conçue pour une survivabilité élevée. Son système d’avionique garantit des communications et une navigation sécurisées pour les opérations militaires.

Selon les données fournies par l’Air Force, cet hélicoptère est équipé d’une cabine blindée, de réservoirs auto-obturants, d’un système d’alerte et de contre-mesures antimissiles, avec la possibilité d’installer deux mitrailleuses M240.

En service, sa portée opérationnelle atteint environ trois heures à une vitesse de croisière proche de 135 nœuds, soit une performance nettement supérieure à celle du Huey, notamment en conditions hivernales.

Cette combinaison permet des temps d’intervention plus rapides, indispensables lors d’escortes ou d’incidents sécuritaires sur des étendues vastes de sites balistiques. L’appareil assure ainsi une meilleure performance en haute altitude et en environnements exigeants, tout en offrant une conscience situationnelle renforcée grâce à ses capteurs intégrés et radios sécurisées.

La cabine peut transporter les forces de sécurité avec leur équipement tout en conservant une capacité suffisante pour un évacuation médicale ou le transport de détenus, offrant ainsi une flexibilité opérationnelle sans nécessité de reconfiguration entre patrouille et missions de récupérations.

Une architecture modulaire et évolutive

Le MH-139A repose sur une architecture à système ouvert modulaire, facilitant les mises à jour futures des capteurs et logiciels au rythme des évolutions des systèmes d’alerte menaces. Ces qualités sont déjà mises en œuvre dans les missions de niveau escadron durant la phase IOT&E.

Le contexte d’acquisition illustre la montée en puissance du programme : le lot de sept hélicoptères commandé en avril 2024 a lancé la production à plein régime. Ce nouveau lot de huit appareils confirme cette tendance et annonce des préparations accrues en bases, formation et maintenance des unités concernées.

Les chiffres de coûts unitaires avancés par l’industrie suggèrent une consolidation de l’apprentissage industriel, tandis que Boeing poursuit les livraisons aux premières unités opérationnelles basées à Malmstrom et prépare l’entrée en service à Minot.

Une réponse adaptée aux enjeux géostratégiques contemporains

Le total actuel s’élève donc à 34 Grey Wolf sous contrat. Cette commande constitue un maillon discret mais essentiel de la dissuasion nucléaire américaine. Alors que Washington modernise également ses forces terrestres avec le système Sentinel et renforce ses capacités de commandement et contrôle, la mobilité aérienne doit assurer la survivabilité et la continuité des missions en toutes circonstances, y compris face aux aléas climatiques, aux interférences et aux menaces adverses.

Les tensions liées aux postures nucléaires russes et la montée en puissance stratégique de la Chine imposent une vigilance accrue dans la protection quotidienne des champs de missiles. Le remplacement des UH-1N par le Grey Wolf ne bouleversera pas la dissuasion à lui seul, mais consolide le socle opérationnel d’une force nucléaire crédible, où la réponse rapide et fiable est aussi cruciale que les vecteurs et les ogives eux-mêmes.