L’Indian Air Force (IAF) prépare une importante montée en gamme pour ses avions de chasse Tejas Mk1. Afin d’harmoniser sa flotte indigène et de prolonger la durée de vie opérationnelle des premières variantes, elle planifie des modernisations majeures des radars sur ces appareils, qui devraient intervenir après la montée en puissance des escadrons équipés des Tejas Mk1A, d’ici 2028.
Entré en service en 2015, le Tejas Mk1 utilise le radar israélien EL/M-2032 Multi-Mode Radar, un système à impulsion-Doppler fiable mais désormais vieillissant. Bien qu’adapté aux missions air-air et à la cartographie au sol à son époque, ce radar montre ses limites face aux défis modernes, notamment en matière de résistance aux brouillages électroniques et de suivi simultané de cibles multiples. Cette lacune devient critique face à des appareils avancés comme le J-20 chinois ou les potentiels J-35 pakistanais.
Le plan d’actualisation de l’IAF mise sur une harmonisation avec le radar AESA EL/M-2052 équipé sur le Mk1A. Ce radar de nouvelle génération compte plus de 900 modules d’émission et réception, offrant une portée de détection étendue jusqu’à 200 km ainsi qu’une meilleure résistance aux contre-mesures électroniques. Cette modernisation représente une refonte profonde pour hisser le Mk1 au standard 4.5 génération, dans la continuité du programme global de modernisation engagé avec la commande de 83 Mk1A évaluée à 48 000 crores de roupies, avec une cadence de production en augmentation depuis le premier exemplaire livré en juillet 2024.
Les premières étapes porteront sur des améliorations moins invasives, comme l’intégration de radios définies par logiciel (Software Defined Radios – SDR) pour des communications cryptées et plus résistantes au brouillage. Inspirées des essais menés avec l’AESA Uttam sur le Mk1A, ces évolutions seront déployées d’ici 2027, permettant d’améliorer les échanges de données pour la guerre en réseau sans immobiliser la flotte.
La substitution du radar est une opération complexe, nécessitant un câblage avionique repensé, un recalibrage des calculateurs de mission et de nombreux essais en vol. Ces interventions peuvent immobiliser chaque appareil entre six et douze mois. Pour éviter toute disruption opérationnelle, le remplacement complet est programmé après 2028, période où Hindustan Aeronautics Limited (HAL) prévoit une production maximale de 16 à 24 Mk1A par an dans ses usines de Nashik et Bengaluru.
À ce moment, le nombre de Mk1A en service pourrait dépasser 100 exemplaires, ce qui facilitera la gestion de la maintenance et permettra la mise hors-service temporaire des Mk1 sans affecter la défense aérienne. « L’IAF souhaite disposer d’au moins deux escadrons complets équipés de radars de même capacité afin d’assurer des opérations coordonnées, notamment des engagements au-delà de la portée visuelle », explique une source proche de l’Aeronautical Development Agency (ADA). Ce positionnement est en phase avec la confirmation récente de HAL sur l’intégration du radar AESA Uttam pour les lots Mk1A à venir, ainsi que pour d’éventuelles rétrofits sur les Mk1 afin d’optimiser les coûts.
Ce calendrier s’inscrit dans la vision à long terme de l’IAF, qui entend maintenir ses plateformes 4.5 génération comme le Tejas en service jusque dans les années 2070, selon les déclarations d’Air Chief Marshal V.R. Chaudhari en septembre 2025. Avec une commande prévue de 97 Mk1A supplémentaires d’ici fin 2025, cette montée en gamme garantit que les avions plus anciens restent un atout stratégique.
Le besoin de standardisation radar découle des difficultés rencontrées face à la diversité des systèmes. Si des appareils comme le Mirage 2000 et le Su-30MKI bénéficient d’une évolution commune vers l’AESA, le décalage entre Mk1 et Mk1A pourrait compliquer la coordination tactique lors d’opérations conjointes. En adoptant majoritairement l’EL/M-2052 ou son équivalent indigène Uttam, l’IAF bénéficiera d’un guidage intégré simplifié pour les armements tels que les missiles Astra BVRAAM et les munitions anti-radars Rudram, augmentant la cadence des sorties de 20 à 30 %.
D’un point de vue économique, rénover 30 à 40 Mk1 coûterait environ 5 000 à 7 000 crores de roupies, nettement moins onéreux qu’un achat de nouveaux avions, tout en capitalisant sur le réseau industriel croissant de HAL. Le partenariat avec Israël reste un élément clé, illustré par le succès des tirs réels du missile Astra Mk1 depuis les prototypes Mk1A équipés du radar EL/M-2052 en février 2025.