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Suite à l’opération Sindoor menée par l’Armée de l’air indienne (IAF), au cours de laquelle treize bases aériennes de la Force aérienne pakistanaise (PAF) ont été frappées avec précision et sans riposte, le Pakistan envisage désormais la construction de bases aériennes souterraines. Cette initiative vise à renforcer la survivabilité de ses avions de combat face à de telles frappes. Des images satellite et des rapports de renseignement ont révélé d’importantes vulnérabilités dans les infrastructures actuelles de la PAF, notamment un grand nombre de bases dépourvues d’abris renforcés, laissant ainsi des actifs stratégiques exposés à des attaques dévastatrices.

La perte confirmée d’un système d’alerte avancée et de contrôle aéroporté Saab 2000 Erieye AWACS, de trois chasseurs F-16, d’un hangar abritant des drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) chinois, ainsi que d’un autre hangar F-16 à Jacobabad lors de l’opération Sindoor, a souligné l’urgence d’une révision de la stratégie de défense des bases aériennes par Islamabad.

Le 7 mai 2025, en représailles à une attaque terroriste soutenue par le Pakistan dans la région de Pahalgam, Jammu-et-Cachemire, ayant fait 26 victimes, l’IAF a lancé l’opération Sindoor. Cette opération ciblait onze bases aériennes pakistanaises, parmi lesquelles Nur Khan, Rafiqui, Murid, Sukkur, Sialkot, Pasrur, Chunian, Sargodha, Skardu, Bholari et Jacobabad, ainsi que plusieurs camps terroristes situés au Pakistan et au Cachemire pakistanais. Des images satellites haute résolution fournies par Maxar Technologies ont révélé des dommages étendus sur les pistes, les hangars et les infrastructures de commandement et contrôle. Un cratère de trois mètres de large a notamment été observé à seulement 30 mètres d’une installation souterraine présumée sur la base de Murid, et un hangar de la base Shahbaz à Jacobabad a été entièrement détruit, les débris attestant de la perte d’équipements essentiels.

Ces frappes ont mis en évidence la dépendance de la PAF aux hangars conventionnels, offrant peu de protection contre les munitions guidées de précision modernes. La perte confirmée d’un Saab 2000 Erieye AWACS, estimé à environ 175 millions de dollars, ainsi que de trois F-16 stationnés dans un hangar vulnérable à Bholari, a révélé la fragilité des capacités aériennes pakistanaises. De plus, la destruction partielle du hangar à drones MALE à Murid a considérablement affaibli la flotte de véhicules aériens sans pilote chinois de reconnaissance et d’attaque. Un autre hangar F-16 à Jacobabad a aussi été touché, aggravant les pertes de la PAF.

Si les pistes et taxiways restent vulnérables aux attaques classiques, leur réparation peut souvent s’effectuer en quelques jours, selon les munitions employées. En revanche, remplacer des ressources coûteuses telles que les avions de chasse, les AWACS et les drones avancés relève d’un défi beaucoup plus complexe, tant sur le plan financier que stratégique. Les observations satellite montrent que plusieurs bases de la PAF, comme celles de Sargodha, Bholari et Jacobabad, s’appuient encore sur des hangars standards, sans abris renforcés (Hardened Aircraft Shelters – HAS). Ces structures, incapables de résister aux frappes de précision, ont exposé les aéronefs lors de l’opération Sindoor, causant des pertes sévères.

Historiquement, la PAF a opté pour des abris renforcés individuels pour chaque avion, associés à un réseau multiple de pistes et taxiways, afin de disperser et protéger son parc aérien. Bien que ces abris soient des cibles faciles à toucher individuellement, leur grand nombre complique la neutralisation complète d’une base lors d’une seule attaque. Toutefois, l’emploi de munitions de pointe comme les missiles BrahMos, Hammer et SCALP par l’IAF lors de l’opération Sindoor a démontré que même ces abris renforcés sont désormais sensibles aux tactiques de guerre modernes, surtout lorsqu’elles sont combinées à un renseignement précis et un guidage satellitaire.

Les pertes substantielles subies ont provoqué au sein de la PAF des discussions sur le développement de bases aériennes souterraines. Contrairement aux hangars conventionnels ou même aux abris renforcés, ces installations creusées dans des flancs de montagne ou protégées par des entrées blindées offrent une protection nettement supérieure contre les frappes aériennes et missiles. Ces infrastructures, plus vastes et plus solides que les HAS traditionnels, pourraient abriter durablement les avions de combat hérités, tels que les F-16, JF-17 Thunder et Mirage 5, ainsi que les précieuses flottes d’AWACS et de drones.

Selon des analystes de la défense, des rumeurs internes à la PAF indiquent qu’Islamabad privilégie désormais la préservation à long terme de ses atouts militaires aériens, même au détriment de leur disponibilité immédiate dans des conflits localisés. La construction de bases souterraines permettrait de protéger les appareils lors des frappes préventives, assurant ainsi que la PAF conserve des capacités opérationnelles après une première salve d’attaques. Cette orientation s’inscrit dans la volonté plus large du Pakistan de maintenir une posture de dissuasion crédible face à l’Inde, en particulier après la démonstration de capacité de l’IAF à opérer en profondeur sur le territoire pakistanais avec une grande précision.

La réalisation de bases aériennes souterraines comporte cependant des défis majeurs. Leur construction est coûteuse, longue et requiert une expertise d’ingénierie avancée. Les contraintes économiques du Pakistan et sa dépendance à l’aide militaire étrangère, notamment des États-Unis et de la Chine, pourraient compliquer le financement et l’achèvement de tels projets. De plus, bien que ces hangars souterrains optimisent la survie des aéronefs, ils ne pallient pas la vulnérabilité des pistes et taxiways, indispensables aux opérations de décollage et d’atterrissage. Une piste endommagée pourrait neutraliser l’utilité même d’un hangar fortifié, immobilisant les avions à l’intérieur.

Par ailleurs, le réseau de défense aérienne de la PAF, décrit comme un Air Defense Ground Environment System (ADGES) sophistiqué, intégrant surveillance et capacités de défense, a révélé certaines lacunes lors de l’opération Sindoor. Les frappes indiennes ont ciblé avec succès des nœuds essentiels, notamment des centres de commandement et des sites radar à Pasrur et Sialkot. La perte de deux AWACS Saab 2000 Erieye a de surcroît réduit les capacités de détection précoce, soulignant la nécessité d’une infrastructure plus résiliente.

L’intérêt manifeste de la PAF pour le développement de bases aériennes souterraines traduit un tournant stratégique, visant à garantir la continuité opérationnelle de ses avions de combat face à un adversaire technologiquement et militairement supérieur. L’opération Sindoor a révélé les failles critiques des infrastructures actuelles, notamment avec la destruction d’actifs à haute valeur comme les AWACS, les F-16 et les drones MALE chinois. Si les abris renforcés et la dispersion restent des mesures temporaires, la construction de bases souterraines pourrait constituer une solution plus robuste pour la préservation de la puissance aérienne pakistanaise dans les conflits à venir.