Pascale Sourisse, vice-présidente exécutive chargée du développement international chez Thales, a appelé le gouvernement indien à autoriser un investissement direct étranger (IDE) à 100 % en automatique dans le secteur de la défense, à condition que des contrôles stricts à l’exportation soient maintenus. Selon elle, cette mesure permettrait de renforcer significativement les capacités de production indigènes en Inde et d’attirer plus efficacement les acteurs internationaux.
Actuellement, la réglementation indienne permet aux investisseurs étrangers de détenir jusqu’à 74 % dans des entreprises de défense via une procédure d’approbation automatique. Au-delà de ce seuil, l’investissement nécessite un long processus d’examen et d’approbations multiples par les autorités, que Mme Sourisse qualifie de « facteur limitant ».
« Soumettre une proposition d’investissement dans le secteur de la défense avec une propriété étrangère à 100 % n’est pas impossible, mais cela demande de nombreuses discussions et beaucoup de temps », explique-t-elle. Elle compare cette situation avec celle des autres sites d’implantation de Thales, où de telles restrictions n’existent pas : « Thales est basé en France. Si nous voulons investir dans d’autres pays européens, il n’y a aucune limitation. Il n’y en a pas non plus aux États-Unis ou en Australie, où nos filiales sont détenues à 100 % par Thales. Nous pensons donc que, pour faciliter l’expansion des acteurs mondiaux dans le domaine de la défense, il serait souhaitable que l’Inde ne limite pas la propriété économique des investisseurs étrangers dans son secteur de la défense. »
Consciente de la sensibilité du secteur, Pascale Sourisse assure que des filiales en propriété exclusive peuvent prospérer tout en respectant des contrôles stricts à l’exportation, comme cela se pratique dans des juridictions plus souples. « Le secteur de la défense est extrêmement délicat, ajoute-t-elle, Thales est habitué à travailler avec des réglementations strictes sur le contrôle des exportations. » Elle propose également un modèle où la propriété intellectuelle des équipements militaires pourrait rester localisée en Inde, même si la société mère conserve la pleine propriété de la filiale, favorisant ainsi le transfert technologique sans compromettre la sécurité.
Elle critique également le régime actuel des coentreprises à 74-26 %, qui oblige à choisir prématurément un partenaire local avant d’avoir validé la viabilité commerciale du projet. « Avant même d’avoir testé la pertinence de la proposition, il faut déjà sélectionner un partenaire local. C’est difficile de convaincre ce partenaire car il n’y a pas encore de modèle économique confirmé », déplore-t-elle.
Ces déclarations interviennent dans un contexte où l’Inde, sous l’initiative Atmanirbhar Bharat (Inde autosuffisante), cherche à renforcer son autonomie dans le domaine de la défense. Depuis 2020, les flux d’IDE dans ce secteur ont dépassé 2 milliards de dollars. Mais les obstacles bureaucratiques freinent encore des engagements à grande échelle de la part des multinationales, ralentissant l’implantation locale de technologies avancées telles que les radars, les systèmes de guerre électronique ou les missiles.
Thales, acteur majeur français de l’aéronautique et de la défense avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 18 milliards d’euros, a renforcé sa présence en Inde par le biais de partenariats stratégiques. En avril 2025, l’entreprise a collaboré sur la commande de 26 avions de combat Rafale Marine pour la Marine indienne, fournissant des systèmes clés comme le radar RBE2 et la suite de guerre électronique SPECTRA, avec des livraisons prévues fin 2029.
En février 2025, Thales a également signé un contrat avec Bharat Dynamics Ltd (BDL) pour les systèmes de défense aérienne portables STARStreak (MANPADS), intégrant plus de 60 % de contenu local et accompagnés d’un transfert de technologie. Par ailleurs, un partenariat établi en juin 2024 avec Adani Defence & Aerospace prévoit la production de roquettes de calibre 70 mm, avec des installations dédiées d’assemblage et de test sur le sol indien.