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Confrontée à un déficit criant dans ses capacités de transport aérien, aggravé par le retrait prochain de ses vieux An-32 et Il-76, l’Indian Air Force (IAF) pose à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) un défi stratégique majeur. Le géant public de l’aéronautique doit rapidement proposer des projets indigènes pour les programmes relancés de l’appareil de transport moyen (Medium Transport Aircraft – MTA) et le remplacement tant attendu de l’Il-76, sous peine de céder du terrain face à un secteur privé indien de plus en plus dynamique. Des entreprises comme Tata Advanced Systems Limited (TASL), porteuses de succès tels que le contrat de fabrication du C-295, sont en effet prêtes à exploiter leurs partenariats étrangers pour s’imposer sur ces opportunités multi-milliardaires, ce qui pourrait marginaliser HAL dans la stratégie indienne d’« Atmanirbhar Bharat » (autonomie stratégique).

Le programme MTA, en sommeil depuis plus d’une décennie, reprend avec force en réponse aux besoins urgents de l’IAF. Le ministère de la Défense prévoit un appel d’offres pour jusqu’à 80 avions de transport moyen, estimé à environ 5 milliards de dollars, selon la politique « Make in India », afin de combler le vide laissé par les An-32 soviétiques et d’alléger partiellement la charge sur les Il-76. Des concurrents étrangers comme l’Embraer C-390 Millennium et le Lockheed Martin C-130J sont en lice, mais ce sont les acteurs privés indiens, avides de montée en puissance, qui représentent le véritable bouleversement. Par ailleurs, le remplacement des Il-76, portant sur 10 à 12 appareils lourds d’ici 2035, a vu l’IAF écarter la version modernisée russe Il-76MD-90A au profit d’alternatives polyvalentes favorisant la production locale plutôt que l’importation de matériels anciens.

Le cas du C-295 illustre parfaitement les défis de HAL. En 2021, un contrat historique de 2,5 milliards de dollars a été attribué à TASL et Airbus pour la production locale de 56 appareils de transport tactique C-295, inaugurant ainsi la première chaîne d’assemblage militaire privée en Inde. L’usine de Vadodara, inaugurée en octobre 2024 par le Premier ministre Narendra Modi, livrera 40 avions sur 15 ans, tandis que 16 ont déjà été fournis directement depuis l’Espagne, avec le dernier lot attendu en août 2025. HAL, pourtant expérimenté dans la fabrication de chasseurs Tejas, n’a pas figuré sur la liste finale, une désillusion révélatrice de l’agilité du secteur privé à nouer rapidement des partenariats internationaux et à développer des chaînes de production efficaces.

Ce revers a renforcé encore la détermination des entreprises privées. La réussite de TASL avec le C-295, qui affiche désormais un taux d’intégration locale supérieur à 75 % sur les derniers appareils, ouvre l’appétit pour des contrats plus ambitieux. Adani Defence, Bharat Forge et Mahindra cherchent à s’associer avec Embraer et Lockheed pour répondre au programme MTA, capitalisant sur leur savoir-faire en assemblage et sur leurs réseaux d’approvisionnement. Avec la volonté du ministère de la Défense de garantir 70 % de valeur ajoutée locale, ces groupes peuvent devancer HAL en alliant transferts technologiques étrangers et sites industriels domestiques, calquant leur stratégie sur celle du C-295. Comme le souligne un analyste du secteur, « les acteurs privés ont goûté à la victoire, ils visent maintenant le festin ».

Pour contrer cette montée en puissance, HAL ne peut se permettre l’immobilisme. L’entreprise doit diversifier son catalogue, jusqu’ici largement centré sur les avions de combat — fraîchement confortée par un contrat de 62 370 crores de roupies pour 97 Tejas Mk1A en septembre 2025 — et prendre le leadership dans le développement d’une gamme indienne de transports. Le projet pourrait débuter par un avion de transport moyen capable d’emporter une charge utile d’environ 30 tonnes, répondant aux exigences du MTA, et s’appuyer sur l’expérience d’HAL avec les modernisations du Dornier 228 et la collaboration sur le projet Regional Transport Aircraft (RTA) des Laboratoires Aérospatiaux Nationaux (NAL). Ce programme pourrait ensuite évoluer vers un appareil lourd de 60 tonnes, destiné à remplacer l’Il-76, avec des conceptions modulaires favorisant la rapidité de prototypage et la maîtrise des coûts.

Même un projet conceptuel ainsi présenté retiendrait l’attention du ministère de la Défense. L’attachement du gouvernement aux plateformes autarciques, illustré par la création en mars 2025 d’une SPV pour la production régionale d’avions et le développement par HAL-NAL du RTA de 90 places, valorise les initiatives audacieuses. Une candidature HAL pour les programmes MTA et Il-76, associée à NAL et intégrant l’électronique embarquée du DRDO, pourrait bénéficier de financements dédiés via les dispositifs iDEX, calqués sur le modèle suivi par le développement du Tejas. Négliger ce secteur transformerait HAL en un acteur historique dépassé, éclipsé par des innovateurs privés qui considèrent les avions de transport comme la prochaine étape après les missiles et les drones.