Le programme phare de l’avion de combat indigène indien connaît une remontée des coûts significative : le récent contrat de 62 370 crores de roupies (7,4 milliards de dollars) pour 97 exemplaires du Tejas Mk1A fixe un prix unitaire supérieur à 70 millions de dollars, dépassant ainsi même le Su-30MKI produit localement. Dans un contexte où aucun chasseur ne bénéficie d’un prix stable, des responsables de l’Indian Air Force (IAF), sous couvert d’anonymat, expliquent cette hausse par les perturbations persistantes liées à la pandémie de COVID-19, qui ont bouleversé les chaînes de production mondiales et fait grimper les coûts à tous les niveaux, transformant des commandes auparavant stables en paris incertains.
Signé le 25 septembre 2025 avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), ce contrat, le plus important de l’histoire de la société, porte sur 68 monoplaces et 29 biplaces. Il vise à renforcer les effectifs de l’IAF dans un contexte de retrait progressif des MiG-21 vieillissants. Avec un coût moyen estimé à 76 millions de dollars par appareil, soit une hausse de 17,6 % par rapport à la commande de 83 avions passée en 2021, cette augmentation est attribuée à l’intégration d’avioniques améliorées, au moteur GE F414 et à l’inflation touchant les matériaux bruts comme le titane et les composites. Une nette inversion de tendance pour cette plateforme légère multirôle, initialement annoncée comme économique, à moins de 50 millions de dollars l’unité.
Comparativement, le Su-30MKI, principal avion lourd de l’IAF assemblé à l’usine HAL de Nashik, a longtemps été considéré comme un investissement rentable. Les premières unités, dans les années 2000, s’étaient négociées autour de 40 millions de dollars pièce, tandis que les versions ultérieures richement dotées en avioniques avoisinaient les 102 millions de dollars. Les commandes récentes, notamment celle de 12 nouveaux Su-30MKI en 2024 d’une valeur de 1,5 milliard de dollars, impliquent un coût unitaire de l’ordre de 125 millions lorsqu’on tient compte de la production locale et des compensations industrielles. Pourtant, le coût « flyaway » de base reste aux environs de 70 millions de dollars, soulignant l’ironie du positionnement tarifaire du Tejas Mk1A, désormais plus cher. « Le scénario est inversé : notre avion indigène ‘abordable’ est devenu plus onéreux que notre appareil russe lourd », commente un cadre de l’IAF, soulignant comment les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement ont grignoté l’avantage économique du Tejas.
La raison principale ? Un impact mondial post-pandémie qui a fait flamber les prix des chasseurs, les fabricants devant composer avec des interruptions dans les usines de semi-conducteurs, des pénuries de main-d’œuvre et des coûts énergétiques en forte hausse. « Aucun avion n’a désormais de prix fixe ; tout est sujet à des révisions et escalades », déplore un responsable, en référence aux arrêts imposés lors de la crise sanitaire qui ont fragmenté la production mondiale, depuis les usines de moteurs américaines jusqu’aux lignes européennes d’avioniques. Cette tendance à la hausse n’est pas spécifique à l’Inde : les contrats récents en Occident témoignent d’une inflation surprenante qui redéfinit les règles d’acquisition.
Par exemple, le F-35 Lightning II, emblème furtif du Pentagone, voit son coût unitaire dépasser les 100 millions de dollars dans le cadre du Lot 18 de production finalisé fin 2024, contre 80-83 millions pour les lots précédents, impacté notamment par une hausse de 20,4 millions de dollars du prix du moteur par avion. La proposition suisse de 2022 pour 36 F-35A subit une augmentation prévue de 610 millions de dollars due à cette escalade, ce qui place le prix unitaire autour de 110 millions de dollars. Le F-15EX Eagle II, dernière version 4.5 génération de Boeing, atteint 94 millions de dollars par appareil dans des contrats d’octobre 2023, soit une hausse de 20 % par rapport aux estimations pré-pandémie, portée par des radars AESA avancés et des améliorations du système de commandes de vol.
Même le vétéran F-16 Fighting Falcon n’échappe pas à cette envolée des prix. La version Block 70/72, jadis « roi du budget » à 40-50 millions, exige désormais des primes importantes. Une approbation américaine de 2025 pour des ventes de Block 70 à des alliés atteint 285 millions par unité une fois armes et soutien inclus, alors que le coût « flyaway » seul a bondi de 30 à 40 % post-COVID, atteignant 70-80 millions, incitant des acheteurs comme le Pérou à envisager des alternatives telles que le Gripen ou le Rafale. L’Eurofighter Typhoon est également concerné : la commande allemande de 38 avions de la Tranche 4 en 2023 est facturée 110 millions d’euros (118 millions de dollars) l’unité, soit une hausse de 15 % par rapport à 2020, en raison de l’inflation des composants avioniques et des retards d’approvisionnement.
| Avion de Combat | Contrat récent (2023-2025) | Coût unitaire (flyaway) | Référence pré-COVID | Facteur d’augmentation |
|---|---|---|---|---|
| F-35A Lightning II | Lot 18 USA (2024) | +100 M$ | 78 M$ (Lot 14) | ~28 % |
| F-15EX Eagle II | US Air Force (2023) | 94 M$ | 80 M$ | ~18 % |
| F-16 Block 70 | Export (2025) | 70-80 M$ (est.) | 50 M$ | ~40-60 % |
| Eurofighter Typhoon | Allemagne Tranche 4 (2023) | 118 M$ | 100 M$ | ~18 % |