Selon un récent sondage Reuters/Ipsos, une majorité d’Américains est favorable à ce que le président déploie les forces armées uniquement pour faire face à des menaces extérieures, et estime que les militaires ainsi que leurs commandants doivent rester apolitiques.
Interrogés sur une période de cinq jours à partir de la semaine dernière, aussi bien des Républicains que des Démocrates ont exprimé leur opposition aux actions du président Donald Trump, qui a ordonné cet été le déploiement de la Garde nationale et de certains soldats en service actif dans plusieurs villes américaines dirigées par des élus démocrates.
72 % des Démocrates pensent que l’armée doit être mobilisée uniquement pour contrer des menaces étrangères. Une majorité plus modeste de Républicains, 51 %, partage cet avis. Sur l’ensemble de la population sondée, toutes affiliations confondues, 58 % estiment que Trump ne devrait engager les forces armées que face à des dangers extérieurs.
Au cours de l’été, le président a déployé des unités fédéralisées de la Garde nationale et des Marines en service actif à Los Angeles. Ces déploiements croissants dans des villes américaines ont suscité de vives critiques et des recours judiciaires immédiats de la part des autorités démocrates locales.
Par exemple, à Chicago, environ 500 soldats de la Garde nationale originaires du Texas et de l’Illinois sont arrivés malgré les oppositions exprimées par le gouverneur JB Pritzker et le maire Brandon Johnson, qui ont engagé des poursuites. Trump est allé plus loin en affirmant que Pritzker et Johnson « devraient être en prison » pour ne pas avoir protégé les agents de l’Immigration and Customs Enforcement.
Dans l’Oregon, la Maison-Blanche a obtenu mercredi une victoire partielle auprès d’un tribunal fédéral concernant le déploiement de la Garde nationale à Portland. Le juge a autorisé la fédéralisation des troupes malgré l’opposition du gouverneur, mais leur déploiement effectif reste suspendu en attendant la résolution d’un procès prévu la semaine prochaine.
À Washington D.C., des unités de la Garde nationale continuent d’assurer leur service depuis leur arrivée en août. Leur présence a majoritairement été remarquée pour des opérations de nettoyage dans la ville, qui a elle aussi porté plainte contre cette mesure.
Ce sondage intervient après la convocation exceptionnelle d’une centaine de généraux et amiraux à Quantico, en Virginie, par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, durant laquelle Trump a évoqué l’utilisation des grandes villes américaines comme « terrains d’entraînement » pour l’armée. Il a aussi averti les hauts gradés que les forces armées faisaient face à une « guerre intérieure ».
Les sondés ont également été interrogés sur la question de savoir si le président doit pouvoir déployer des troupes dans un État malgré l’opposition du gouverneur. Sur ce point, l’opinion est divisée selon les lignes partisanes :
- Près de 80 % des Démocrates s’opposent à un tel déploiement contre la volonté des autorités locales.
- À l’inverse, 70 % des Républicains soutiennent cette prérogative présidentielle.
- Au total, 48 % des adultes sondés estiment que le président ne devrait pas pouvoir contourner les autorités étatiques.
Par ailleurs, une large majorité d’Américains – 93 % des Démocrates, 78 % des Républicains et 83 % de l’ensemble des adultes – souhaite que l’armée conserve une position politiquement neutre. Cette tradition, longtemps établie, a été remise en question à plusieurs reprises par Donald Trump au cours des derniers mois lors de discours à fort enjeu politique, notamment à Fort Bragg (Caroline du Nord) et Naval Station Norfolk, où les troupes ont applaudi ou hué selon les propos très partisanes du président.
Cette semaine, Trump a plusieurs fois laissé entendre qu’il pourrait invoquer l’Insurrection Act, une loi vieille de plusieurs siècles qui autorise le président à déployer l’armée sur le sol américain dans des cas précis, comme « toute insurrection, violences domestiques, combinaison ou conspiration illégale » entravant la « mise en œuvre des lois ». Cette loi constitue une exception majeure au Posse Comitatus Act, qui interdit aux soldats en service actif d’assurer des fonctions policières intérieures.