Les anciens combattants engagés lors de la guerre du Golfe, longtemps en quête de reconnaissance pour une maladie liée à leur service, ont obtenu une avancée majeure la semaine dernière.
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont récemment validé un code diagnostic officiel pour la « maladie du Golfe », entré en vigueur le 1er octobre. Cette reconnaissance médicale tant attendue permettra désormais aux médecins à travers le pays de diagnostiquer et traiter cette pathologie, une validation formelle qui faisait défaut à ces vétérans depuis plus de 30 ans.
La maladie du Golfe, ou GWI pour Gulf War Illness, est une pathologie chronique souvent invalidante, caractérisée par plusieurs symptômes tels que fatigue constante, troubles cognitifs, douleurs chroniques, difficultés respiratoires, problèmes cutanés et troubles gastro-intestinaux. Les chercheurs estiment qu’environ un tiers des 700 000 soldats déployés pendant la guerre du Golfe en sont atteints.
Désormais, la GWI figure dans la Classification internationale des maladies, version 10 (CIM-10-CM), gérée par les CDC.
Pour mieux saisir l’importance de la CIM-10-CM dans un contexte militaire ou vétéran, on peut la comparer à une mise à jour d’un manuel technique de l’armée de l’air, d’un manuel sur le terrain de l’armée de terre ou d’un NAVADMIN de la marine, mais à destination des médecins spécialistes des maladies — un ouvrage de référence définitif et actualisé qui prend désormais en compte la maladie du Golfe.
« Ce code diagnostic est extrêmement important dans ce domaine, » explique le Dr Kimberly Sullivan, responsable du Boston Biorepository, Recruitment and Integrative Network for GWI à l’université de Boston. « Il valide ces anciens combattants. Cela reconnaît officiellement une vraie maladie médicale liée au service militaire. »
Depuis des décennies, les vétérans signalent les symptômes de la GWI, mais ont reçu peu d’aide ou de reconnaissance formelle de la part du corps médical général, laissant nombre d’entre eux frustrés, sans traitement adapté et parfois en grande détresse, rapportent les médecins spécialisés qui se sont entretenus sur ce sujet.
La Dr Beatrice Golomb, professeure de médecine à l’Université de Californie San Diego et à l’origine de la soumission du code CIM, souligne que l’existence d’un code officiel offre non seulement une validation indispensable aux vétérans concernés, mais constitue également un outil précieux pour les médecins qui peuvent désormais diagnostiquer correctement cette maladie méconnue.
« Ces problèmes sont réels, liés à d’autres troubles, et proviennent de facteurs liés au déploiement, » précise-t-elle. « L’apparition de ce code diagnostic devrait encourager davantage de médecins à reconnaître cette pathologie officiellement reconnue et légitime, et à se pencher sur les essais thérapeutiques existants afin d’améliorer l’accès des vétérans à des traitements efficaces. »
De plus, la Dr Golomb rappelle que les vétérans ont souvent été confrontés à un scepticisme médical, certains médecins attribuant leurs symptômes à des causes psychologiques. « Ce déni était profondément traumatisant. Les expériences de soins pour les vétérans de la guerre du Golfe ont été très mauvaises. »
Les symptômes associés à la GWI étaient souvent pris en charge de manière fragmentaire, traitant certains troubles isolément, comme des problèmes cutanés ou gastro-intestinaux, sans considérer la maladie dans son ensemble. La nouvelle reconnaissance permet d’intégrer ces symptômes sous un diagnostic unifié, facilitant ainsi leur prise en charge globale, notamment dans les systèmes de facturation médicale.
En l’absence de code spécifique jusqu’à présent, les médecins ne pouvaient pas identifier, suivre, ni traiter efficacement les malades, que ce soit au sein du système de santé militaire ou en dehors, souligne l’association Veterans for Common Sense.
Les études établissent de manière récurrente un lien entre la maladie du Golfe et des expositions chimiques subies durant le conflit de 1990-1991. Cette pathologie est associée à des changements au niveau de la structure cérébrale, des dysfonctionnements mitochondriaux, des phénomènes inflammatoires et des anomalies du système immunitaire.
« Il est essentiel que nous disposions d’un code diagnostique uniforme que tous pourront utiliser, » insiste le Dr Sullivan. « Cela facilite la comparaison des études et l’analyse des données, en veillant à ce que l’on compare bien des choses identiques et non pas des éléments disparates. »