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Des images circulant sur les réseaux sociaux chinois montrent le drone armé AVIC CH-3D en phase d’essais en vol, révélant l’intention de Pékin de concurrencer le Bayraktar TB2 turc sur le marché des drones de moyenne altitude et longue endurance.

Ces photos, apparemment prises sur un site d’essai d’AVIC et largement relayées depuis Weibo, mettent en évidence un carénage SATCOM et un train d’atterrissage rétractable, positionnant ainsi le CH-3D comme une plateforme aux performances comparables au TB2, dont l’efficacité opérationnelle a été démontrée en combat réel.

Le fuselage du drone chinois affiche une autonomie d’environ 20 heures, un plafond opérationnel de 7 200 mètres et une vitesse de croisière proche de 280 km/h, avec une capacité à transporter bombes de précision et missiles guidés. Le TB2 turc, lui, est un drone d’environ 700 kg avec une autonomie pouvant atteindre 27 heures et une charge utile de 150 kg, généralement équipée de munitions de la famille MAM de Roketsan, célèbres des champs de bataille de Syrie à l’Ukraine.

Les principales différences techniques du CH-3D résident dans l’intégration du contrôle SATCOM et la présence d’un train d’atterrissage rétractable. Le système SATCOM est crucial car il dépasse la limitation de la ligne de vue directe qui contraint le TB2 à opérer dans un rayon restreint autour de sa station de contrôle au sol. Concrètement, cela étend les zones de surveillance, facilite la coordination interthéâtres et réduit la vulnérabilité liée aux relais de communication.

Le train d’atterrissage rétractable réduit la traînée aérodynamique, améliorant ainsi l’efficacité en croisière et augmentant le temps de stationnement par kilogramme de carburant consommé, un choix souligné dans les images et les rapports récents. En comparaison, le TB2 de base est conçu pour des opérations simples avec un train fixe et un contrôle en ligne de vue, bien que la version TB2S intègre également le SATCOM, réduisant cet écart pour les clients qui en ont besoin.

Concernant l’endurance pure, le TB2 conserve un avantage avec des missions documentées jusqu’à 27 heures et un plafond dépassant 7 600 mètres, des performances adaptées à des environnements de conflits faibles à modérés. Le CH-3D sacrifie quelques heures d’endurance au profit d’une vitesse supérieure et d’un meilleur rayon d’action des communications.

Les deux drones affichent un poids maximal au décollage proche des 700 kg, mais leurs écosystèmes d’armement diffèrent sensiblement. Le TB2 utilise principalement des munitions légères MAM-L et MAM-C offrant une efficacité démontrée contre blindés, artillerie et centres de commandement, tout en limitant les dégâts collatéraux – une caractéristique clé de son adoption sur les théâtres d’opérations. Le CH-3D est présenté par des sources chinoises comme capable d’emporter des combinaisons de bombes guidées et de missiles ; bien que la gamme exacte dépende des autorisations d’exportation, la configuration des points d’emport suggère une flexibilité proche des charges d’attaque des modèles précédents de la série CH.

Le TB2 offre une chaîne opérationnelle éprouvée alliant renseignement, surveillance, reconnaissance (ISR) et capacité de frappe de précision depuis des aérodromes rudimentaires. Il excelle dans les missions distribuées, la détection d’artillerie, les défenses antiaériennes, l’appui aux forces terrestres et la pénétration des zones sécurisées SHORAD (défense aérienne à courte portée). L’atout du CH-3D réside dans son rayon d’action étendu et sa résilience. Avec le SATCOM intégré, les opérateurs peuvent l’utiliser pour la surveillance maritime, les missions de sécurité frontalière en profondeur ou le soutien aux forces expéditionnaires sans nécessiter de relais multiples.

Sa vitesse de croisière accrue facilite le repositionnement rapide entre différentes zones d’intérêt et les fenêtres météorologiques, optimisant ainsi le temps passé en mission lorsque cela est crucial. Alors que le TB2 constitue un « bistouri » fiable pour les campagnes terrestres, le CH-3D vise à être un « rover » à longue portée adapté aux États nécessitant des contrôles étendus et des missions combinant terre et mer.

La renommée du TB2 repose sur des victoires visibles sur plusieurs champs de bataille, ainsi que sur la rapidité des livraisons, qui ont transformé les politiques d’acquisition du Caucase au nord de l’Afrique et en Europe de l’Est, consolidant la Turquie comme un fournisseur de premier plan pour les armées aux budgets serrés. La Chine s’adresse aux mêmes marchés avec un système promettant un contrôle au-delà de la ligne de vue et des tarifs compétitifs sous la tutelle étatique d’AVIC, bénéficiant de moindres contraintes politiques et élargissant les options de financement.

Si le CH-3D confirme sa fiabilité lors des essais et de ses premiers déploiements à l’export, Pékin pourrait séduire des clients recherchant des systèmes d’attaque et de renseignement équipés de SATCOM, sans pour autant devoir opter pour des drones plus lourds et coûteux. Les douze prochains mois s’annoncent décisifs, dépendant de la capacité à démontrer une télémétrie de combat fiable, des plans d’intégration robustes et une maintenance efficace — des critères historiquement favorables à Baykar, mais désormais explicitement challengés par AVIC.

Alain Servaes