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Le chef de l’Armée de l’air indienne (IAF), le maréchal de l’air AP Singh, a annoncé une modernisation majeure concernant près de 75 % de la flotte de Su-30MKI, soit environ 200 appareils. Ce programme ambitieux, connu sous le nom de « Super Sukhoi », débutera avec une première phase portant sur 84 avions, suivie de deux autres étapes pour couvrir l’ensemble de la flotte ciblée. Ces mises à niveau transformeront cet avion des années 1990 en un chasseur de 4,7e génération de pointe, surpassant de nombreux appareils actuels de 4,5e génération.

Un responsable de l’IAF a souligné l’importance de cette évolution : « Le Super-30, équipé du radar AESA Virupaksha en nitrure de gallium (GaN) avec plus de 2 400 modules TRM, ainsi que d’une importante modernisation des systèmes avioniques incluant un affichage panoramique (Wide Area Display – WAD), fera passer ce jet des années 1990 à une classe 4,7 beaucoup plus avancée que les avions 4,5 génération actuels. » Cette déclaration illustre la volonté de l’IAF de maintenir la pertinence du Su-30MKI face à des menaces aériennes en constante évolution.

Le Su-30MKI, pilier de la flotte de combat aérienne indienne avec plus de 270 unités en service, symbolise depuis longtemps la polyvalence multirôle de l’IAF. La force prévoit de prolonger l’utilisation de cette flotte au-delà de 2050, potentiellement jusqu’en 2060. Le programme Super Sukhoi est au cœur de cette stratégie, garantissant la compétitivité des avions face notamment aux chasseurs furtifs chinois J-20.

La modernisation intègre des technologies indigènes afin de prolonger la durée de vie opérationnelle tout en permettant une intégration fluide avec des plateformes de cinquième génération, comme le futur Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) indien. La configuration biplace unique du Su-30MKI facilite en outre les améliorations en matière de Manned-Unmanned Teaming (MUM-T), offrant la capacité de coordonner des essaims de drones et d’autres actifs sans pilote dans des espaces aériens contestés, un atout crucial dans les conflits modernes.

Au cœur de la transformation figure le radar à balayage électronique actif (AESA) Virupaksha, développé par le Laboratoire d’électronique et de développement radar (LRDE) du DRDO. Doté de plus de 2 400 modules TRM en nitrure de gallium, ce radar offre une portée de détection dépassant les 300 km, avec la capacité de suivre des cibles furtives jusqu’à 200 km. Ce radar représente un saut technologique majeur par rapport au système N001VE d’origine, améliorant significativement les capacités d’engagement au-delà de la portée visuelle et la résilience en guerre électronique.

Les systèmes avioniques seront profondément modernisés, avec notamment l’intégration d’un affichage panoramique (WAD) pour une conscience situationnelle élargie ainsi qu’un cockpit entièrement numérisé. Pionniers à l’échelle mondiale, les Su-30MKI indiens bénéficieront d’un cockpit doté d’une intelligence artificielle (IA) conçue pour alléger la charge de travail des pilotes en automatisant les tâches routinières telles que la priorisation des menaces et les ajustements de navigation. Un officiel de l’IAF a précisé que cette IA, bien que moins avancée que celle prévue sur l’AMCA, contribuera néanmoins à réduire la charge de travail du pilote.

La capacité défensive sera renforcée par un nouveau pod de brouillage autoprotégé (Airborne Self-Protection Jammer – ASPJ) développé localement, offrant une couverture spectrale élargie et des capacités de brouillage adaptatif contre les radars et missiles ennemis, une avancée significative par rapport aux systèmes russes existants.

Le calculateur de commandes de vol numérique (Digital Flight Control Computer – DFCC), système hybride indo-russe, bénéficiera d’une refonte complète. S’appuyant sur l’architecture avancée 64 bits développée pour le Tejas MkII, cette mise à niveau offrira une puissance de calcul nettement supérieure, améliorant le suivi en temps réel des paramètres de vol, la fusion des capteurs et la fiabilité globale, rapprochant ainsi le Su-30MKI des standards de traitement informatique de la 5e génération.

Hindustan Aeronautics Limited (HAL) remplacera également le système infrarouge de recherche et de poursuite (IRST) obsolète par une version de pointe issue du Tejas MkII. Ce nouvel IRST propose de meilleurs taux de balayage et portées de détection passive, permettant l’acquisition discrète de cibles sans émission radar, un atout crucial dans les environnements à haute menace.

Le calendrier de mise à niveau s’inscrit dans la feuille de route globale de modernisation de l’IAF. L’usine de HAL à Nashik commencera les travaux sur les 84 premiers avions après 2030, en ciblant en priorité les appareils les plus anciens. Les phases suivantes porteront la cadence à 12-15 exemplaires par an d’ici 2035, avec des révisions moteur prévues à Koraput. Doté d’un budget initial de 20 000 crores de roupies (environ 2,5 milliards d’euros) approuvé en 2023, le programme s’inscrit dans un investissement plus large entre 60 000 et 70 000 crores, visant une indigenisation de 70 à 80 % grâce à la collaboration DRDO-HAL.

Ce « renouveau », selon les mots du maréchal Singh, tire des enseignements d’opérations récentes comme l’opération Sindoor en mai 2025, où les Su-30 modernisés ont démontré des capacités accrues dans les missions de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD/DEAD). L’intégration d’armes telles que le missile BrahMos-NG et les missiles air-air à longue portée Astra BVRAAM renforcera encore leur potentiel de frappe.