Dassault Aviation renforce son offre pour la fourniture de 114 chasseurs multirôles Rafale à l’Armée de l’air indienne, en mettant l’accent sur une intégration locale à hauteur de 60 % via une ligne d’assemblage à Nagpur et un plan de modernisation progressive de la flotte avec des mises à niveau vers la configuration F5. Cette proposition s’inscrit au cœur du vaste programme de modernisation de l’Inde, combinant rapidité de livraison et avancées technologiques dans le cadre du programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA).
Dans le cadre d’une collaboration gouvernementale, Dassault entend implanter une ligne finale d’assemblage à Nagpur, dans l’usine dédiée aux MiG-29 dans l’État du Maharashtra. Ce dispositif, calqué sur le succès de la co-production du C-295, vise à favoriser le transfert de compétences ainsi que la localisation des chaînes d’approvisionnement. Selon des sources proches des négociations, le premier Rafale assemblé en Inde devrait sortir des chaînes environ trois ans après la signature du contrat, avec une livraison complète des 114 avions prévu dans un délai de six ans.
Pour respecter ces échéances ambitieuses, Dassault prévoit d’atteindre un rythme de production maximal de 24 appareils par an, dès la deuxième année suivant le début des livraisons locales. Ce cap s’appuierait sur l’expertise française existante, tout en développant les contributions indiennes dans l’intégration des cellules, des systèmes avioniques et des pylônes d’armes. Cette montée en puissance pourrait créer plusieurs milliers d’emplois et renforcer l’écosystème industriel aérospatial indien.
La stratégie de modernisation des variantes apporte une valeur ajoutée notable. Le premier lot comprendra le standard F4.1, éprouvé en opération, intégrant une suite de guerre électronique avancée et les missiles Meteor à très longue portée, adaptés aux exigences des zones frontalières nord et ouest de l’Inde. Après 2030, une deuxième phase portera sur la version F5, équipée du nouveau moteur Safran T-Rex offrant une meilleure poussée et efficacité énergétique, ainsi que des capacités de Combat Collaboratif (CCA). Ce dispositif permettra au Rafale de coordonner une flotte de drones pour des missions de reconnaissance et d’attaque, multipliant les possibilités tactiques face à des adversaires de même niveau.
Un point délicat demeure toutefois concernant les capteurs. Dassault a averti que remplacer le radar à balayage électronique actif (AESA) Thales RBE2-AA par une version indigène – comme le radar Uttam développé par le DRDO – pourrait retarder le programme jusqu’à deux ans en raison des difficultés d’intégration. En alternative, la firme propose une version améliorée du radar Thales, avec une portée accrue, une meilleure résistance aux brouillages et un suivi automatique des cibles optimisé par intelligence artificielle. Cependant, le refus de Dassault de céder le code source du radar inquiète en Inde. Selon une source proche du dossier, « cela pourrait poser problème car cela limiterait l’intégration future d’armes indiennes, telles que les missiles Astra Mk-2 ou Rudram anti-radiation, dépendant alors des validations et du support de Dassault, compromettant l’autonomie à long terme. »
Ce contrat d’une valeur supérieure à 20 milliards de dollars s’appuie sur une première acquisition de 36 Rafale par l’Armée de l’air indienne, qui ont déjà démontré leur efficacité lors des exercices Tarang Shakti 2024. Les partisans du projet soulignent qu’il permettrait de combler les déficits critiques en escadrons et de porter la force à 42 unités d’ici 2035. Alors que Lockheed Martin avec son F-21 et Boeing avec le F/A-18 restent en lice dans la compétition MRFA, l’engagement de Dassault pour une localisation massive et des compensations industrielles dépassant 74 % lui confère un net avantage.