Lors d’une audition parlementaire en 2016, le général Jean-Daniel Testé, alors chef du Commandement spatial interarmées français, avait révélé qu’un satellite de télécommunications militaires de la constellation Syracuse avait été approché par un « autre objet », sans fournir plus de détails.
Il soulignait alors : « Nous sommes convaincus que Russes, Chinois et Américains ont développé des systèmes capables d’observer et d’écouter de près les plateformes spatiales d’autres pays, ce qui soulève de sérieuses questions en matière de sécurité. »
Par la suite, plusieurs incidents similaires ont été rapportés, mais ce n’est qu’en septembre 2018 que davantage d’informations ont été dévoilées, à propos notamment d’un cas précis.
Alors que le satellite militaire de télécommunications franco-italien Athena-Fidus poursuivait sa rotation silencieuse autour de la Terre, un autre satellite s’est rapproché de manière inquiétante, au point de sembler vouloir intercepter ses communications. Tenter d’écouter un satellite voisin n’est pas seulement hostile, c’est un acte d’espionnage. Ce satellite espion est le Loutch-Olymp, un engin russe bien connu, mais particulièrement indiscret », expliquait Florence Parly, alors ministre des Armées, lors d’un discours au Centre national d’études spatiales (CNES).
Depuis, la France a adopté une stratégie de défense spatiale concrétisée par la création du Commandement de l’Espace (CdE) et le lancement du programme ARES (Action et Résilience Spatiale), visant à développer des moyens d’interventions en orbite avec des projets tels que YODA (Yeux en Orbite pour un Démonstrateur Agile), TOUTATIS (Test en Orbite de l’Utilisation de Techniques d’Action contre des Tentatives d’Interférence Spatiale) et SALAZAR.
Force est de constater que les approches rapprochées de satellites militaires et civils par des engins dits « navigateurs » se multiplient, sans qu’aucune communication officielle ne soit systématiquement émise.
« Dans l’espace orbital, beaucoup de choses se passent, notamment de très nombreux rapprochements rapprochés entre objets. Ces phénomènes touchent désormais toutes les altitudes, alors qu’ils étaient initialement cantonnés aux orbites géostationnaires », expliquait le général Stéphane Mille, alors chef d’état-major de l’Armée de l’Air et de l’Espace, en 2023.
Bien évidemment, la France n’est pas la seule cible. Les États-Unis ont également signalé des incidents similaires, malgré leurs propres satellites espions, tout comme l’Allemagne. Le mois dernier, Boris Pistorius, ministre de la Défense allemand, révélait que la Russie suivait « deux satellites Intelsat » utilisés par la Bundeswehr. Cette menace explique en partie l’investissement de 35 milliards d’euros destiné à développer les capacités spatiales de l’armée allemande.
De son côté, lors d’une interview à la BBC le 3 octobre, le général Paul Tedman, chef du Commandement spatial britannique, a déclaré que « chaque semaine » la Russie tente de perturber le fonctionnement des six satellites militaires du Royaume-Uni, parfois même « avec des moyens terrestres ».
« Les Russes s’intéressent à nos activités et évoluent relativement près de nos satellites. Ils disposent de charges utiles capables de détecter nos plateformes et cherchent à collecter des informations à leur sujet.
Nous observons des interférences persistantes sur nos satellites », a précisé le général Tedman, ajoutant que « cette activité s’est intensifiée depuis l’invasion russe en Ukraine ».
Cependant, la Russie n’est pas la seule à être active dans l’espace : la Chine est aussi très présente et probablement encore plus. Cela préoccupe naturellement les États-Unis. D’après le général Tedman, « les Chinois possèdent incontestablement les capacités les plus sophistiquées, mais les Russes sont plus enclins à les utiliser ».
Enfin, si les satellites militaires font l’objet de surveillances et de menaces, les engins civils ne sont pas épargnés. Le général Tedman a rappelé que « l’économie britannique, valorisée à 450 milliards de livres, dépend fortement de l’espace ».
Le ministère de la Défense britannique a ainsi précisé que « près de 20 % du PIB repose sur les services satellitaires, essentiels au quotidien pour les communications, les transactions financières, la navigation, les services d’urgence et la météorologie ».
Le ministère a également annoncé le lancement d’un projet visant à développer une « nouvelle technologie de détection capable de localiser les lasers que des adversaires pourraient utiliser pour éblouir les satellites et intercepter les communications ».
« Cette nouvelle génération de capteurs permettra de caractériser ces lasers, qu’ils soient spatiaux ou terrestres, et d’évaluer s’ils représentent une menace pour les satellites. Cela fournira aux forces armées des informations cruciales pour protéger et défendre les systèmes ainsi que les actifs spatiaux du Royaume-Uni et de ses alliés », a indiqué le ministère.
Le budget alloué à ce programme reste modeste, à hauteur de « seulement » 500 000 livres. Il sera mené conjointement par le Commandement spatial britannique (UKSC) et l’Agence spatiale du Royaume-Uni (UKSA), une organisation civile.