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Des avions chinois ont simulé des attaques contrôlées contre des navires de la Marine royale britannique au large des îles Spratly, dans un contexte de tensions croissantes en mer de Chine méridionale. Ces manœuvres, qualifiées d’ »attaques constructives » par des officiers britanniques, visaient à afficher une présence tout en évitant tout risque d’escalade directe.

Selon les informations, des avions chinois ont emprunté les trajectoires qu’ils utiliseraient en cas d’attaque sur les bâtiments britanniques avant de se détourner à la dernière minute. Parallèlement, des navires chinois ont suivi étroitement le porte-avions HMS Prince of Wales ainsi que la frégate HMS Richmond dans la zone disputée. Ces opérations font suite à un précédent incident où le HMS Richmond a fait face à des exercices d’attaque simulés lors de son passage dans le détroit de Taïwan, un point de passage maritime stratégique, où ces manœuvres accroissent les risques d’erreurs de calcul.

Le 12 septembre dernier, le HMS Richmond, accompagné du destroyer américain USS Higgins, avait déjà traversé le détroit de Taïwan, ce que Pékin a dénoncé comme une “provocation” en déployant ses moyens aériens et navals pour surveiller les bâtiments. Londres et Washington, en revanche, ont insisté sur le caractère routinier de cette traversée en eaux internationales.

Le HMS Prince of Wales est un porte-avions de 65 000 tonnes de la classe Queen Elizabeth. Il embarque des F-35B, avions à décollage court et atterrissage vertical, ainsi que des hélicoptères Merlin dédiés à l’alerte précoce aérienne et à la lutte anti-sous-marine. Cette combinaison permet au groupe aéronaval de créer une bulle de protection air-mer couvrant plusieurs centaines de milles nautiques. Sa plateforme STOVL et ses systèmes embarqués offrent une capacité de sorties aériennes soutenues dans un environnement contesté, tout en fournissant un volume significatif de commandement et contrôle pour les opérations alliées.

La frégate HMS Richmond, de type 23, est optimisée pour la guerre anti-sous-marine avec un sonar fixé au coque, un sonar remorqué, des missiles CAMM Sea Ceptor pour la défense aérienne locale, et un hangar pouvant accueillir des Merlin ou Wildcat. Elle constitue un élément clé de la détection et de l’alerte précoce du groupe d’attaque. L’USS Higgins, destroyer de classe Arleigh Burke Flight IIA équipé du système Aegis, combine un radar SPY-1, des missiles sol-air SM-2 ou SM-6, ainsi que des capacités de frappes de précision, offrant une défense aérienne multicouche et une protection renforcée pour la formation alliée.

La tactique dite « d’attaque constructive » consiste à ce que les pilotes chinois montent en altitude, entrent dans une enveloppe d’attaque crédible, simulent la préparation d’un tir, puis se retirent. Du côté britannique, les officiers décrivent cette manœuvre comme une forme de guerre de l’information destinée à signaler que les avions chinois « les ciblent », tout en conservant une marge de sécurité. Les avions engagés, des chasseurs multifonctions à long rayon d’action, sont capables d’emporter des missiles air-air au-delà de la portée visuelle et des charges anti-navires. Les versions les plus récentes intègrent des radars AESA, permettant des approches très réalistes sans avoir besoin d’engager le feu.

Le HMS Prince of Wales commande le Groupe de 25 du Porte-avions dans le cadre de l’opération Highmast, une campagne de huit mois opérant vers et à travers l’Indopacifique. Cette mission combine plusieurs objectifs : exercices multinationales, démonstrations diplomatiques et validation des capacités tactiques et logistiques du groupe aéronaval. Concrètement, le porte-avions génère des sorties de F-35B et supervise le contrôle de l’espace aérien tactique. Le HMS Richmond joue un rôle d’escorte anti-sous-marine et de surveillance rapprochée, détectant les signaux sous-marins et neutralisant les menaces de missiles de croisière lancés depuis la mer grâce à ses systèmes de défense à courte portée.

L’USS Higgins augmente la capacité de défense aérienne et le contrôle simultané de salves grâce à son système de conduite de tir et ses liaisons de données intégrant les capteurs alliés en une image tactique partagée. Cette configuration triangulaire classique mais efficace renforce la confiance des équipages lors des épisodes de harcèlement.

Autour des îles Spratly, les plateformes chinoises multipliaient suivis, approches et démonstrations de présence à proximité des unités alliées, modulant leur pression juste au-dessus ou au-dessous des seuils contestés. Des équipages britanniques ont rapporté la présence de quatre à cinq navires chinois tentant de s’approcher du HMS Prince of Wales pour tester les réactions. Ces unités de surface sont dotées de radars de surveillance, de moyens optiques longue portée et de communications robustes, souvent avec un appui de la garde côtière, leur permettant un contact très étroit et un usage stratégique des zones juridiques grises.

Le détroit de Taïwan, voie d’eau étroite, revêt une importance juridique et politique capitale. Pékin le considère régulièrement comme des eaux intérieures, tandis que les marines occidentales invoquent la liberté de navigation garantissant le passage dans les eaux internationales, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CONVEMAR). En pratique, chaque transit génère des déclarations publiques, un suivi aérien et maritime coordonné, une collecte d’images puis un retour au calme. Dans ce contexte, la présence conjointe d’un destroyer américain de l’Aegis et d’une escorte anti-sous-marine britannique, soutenus par un porte-avions PDV équipé de F-35B munis de capteurs avancés et de liaisons sécurisées, a limité la portée coercitive des démonstrations chinoises.

Sur le plan stratégique, l’opération Highmast dépasse une simple manifestation d’alliances. Elle constitue un test à grande échelle de la Royal Navy sur la capacité à générer des sorties aériennes depuis un porte-avions STOVL, à maintenir un écran anti-sous-marin efficace autour d’un groupe d’escorte, à gérer la saturation des capteurs et à coordonner les efforts alliés. Le destroyer de classe Burke est l’axe central de la défense aérienne et antimissile intégrée, la frégate de type 23 comble les lacunes anti-sous-marines, tandis que le porte-avions assure une supériorité en termes d’information. Face à cela, les moyens chinois démontrent une interception coordonnée dans une zone contestée, une collecte affirmée de renseignements ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et un message de détermination, tout en restant en deçà du seuil létal. Cette dynamique crée un environnement de friction persistante où chaque opération de harcèlement nourrit l’apprentissage tactique des deux camps.

Trois enseignements principaux se dégagent :

  • Le passage du HMS Richmond dans le détroit de Taïwan et la pression exercée sur le Prince of Wales autour des îles Spratly illustrent une démonstration chinoise calibrée et non létale.
  • Le Groupe de Porte-avions 25 (CSG25), commandé dans le cadre de Highmast, poursuit un double objectif : affirmer la présence alliée dans l’Indopacifique et renforcer sa crédibilité opérationnelle via une triade cohérente porte-avions – lutte anti-sous-marine – Aegis.
  • La zone restera propice à ce type d’incidents tant que les interprétations du droit maritime et les revendications territoriales ne seront pas réconciliées à court terme.

Les événements rapportés couvrent les dates du 12 et du 30 septembre 2025, selon les sources officielles et médiatiques britanniques, soulignant la persistance des tensions dans cette zone stratégique.