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Le programme indien de développement d’hélicoptères de reconnaissance et de surveillance (RSH) repart de plus belle avec la publication, en août 2025, d’une nouvelle demande d’information (RfI) par le ministère de la Défense. Cette relance, après plusieurs années d’interruption depuis 2008, vise à combler les lacunes critiques dans les capacités de reconnaissance aérienne, en particulier le long des frontières en haute altitude, en remplaçant les flottes vieillissantes de Cheetah (Aérospatiale SA 315B Lama) et Chetak (SA 316 Aérospatiale Alouette III) qui servent depuis plus de cinquante ans les forces armées indiennes.

Le plan prévoit environ 200 hélicoptères, dont 120 destinés au Corps d’aviation de l’armée indienne et 80 à l’Indian Air Force (IAF). Ces appareils obsolètes font face à des taux de disponibilité faibles et à de sérieux problèmes de maintenance dans des environnements extrêmes, ce qui souligne l’urgence de disposer d’alternatives nationales conformes aux initiatives Atmanirbhar Bharat (autosuffisance) et Make in India.

La récente demande d’information, datée du 8 août, ouvre le champ à des propositions portant sur des hélicoptères monomoteurs ou bimoteurs aptes à remplir diverses missions : reconnaissance et surveillance de jour comme de nuit, transport de troupes et d’équipes de réaction rapide, transport de charges internes et externes pour appuyer les troupes au sol, missions de reconnaissance accompagnant les hélicoptères de combat, évacuation sanitaire et opérations de recherche et sauvetage. Une session d’échange avec les fournisseurs a eu lieu le 22 août, les réponses étant attendues pour le 18 octobre, avec un accent particulier sur le transfert de technologies et les partenariats locaux avec les constructeurs d’équipement d’origine internationaux.

Hindustan Aeronautics Limited (HAL), le principal constructeur aéronautique indien, mise fortement sur son hélicoptère léger utilitaire (Light Utility Helicopter – LUH) indigène pour ce programme. Selon des sources proches, HAL vise une commande pouvant atteindre 400 unités, soit le double de la demande initiale. Le LUH, un hélicoptère monomoteur de classe 3 tonnes ayant obtenu sa certification opérationnelle initiale en 2021, est particulièrement adapté aux opérations en haute altitude jusqu’à 6 500 mètres. Il dispose d’une capacité utile de 1 000 kg, d’un cockpit numérique avancé et d’équipements prévus pour des capteurs électro-optiques et infrarouges. Malgré sa motorisation simple, la flexibilité de la RfI le place parmi les favoris, d’autant que HAL a déjà accéléré sa production pour atteindre 30 unités par an, ce qui lui permettrait de répondre à des commandes plus importantes.

Cette dynamique s’explique aussi par l’échec d’un projet parallèle concernant l’hélicoptère bimoteur russe Kamov Ka-226T. Selon un accord intergouvernemental signé en 2015, l’Inde et la Russie envisageaient une co-production de 200 Ka-226T via une joint-venture HAL-Kamov, dans le cadre d’un besoin global de 400 hélicoptères légers utilitaires répartis entre les deux modèles. Ce programme a cependant été bloqué par des tensions géopolitiques, notamment un embargo français sur les moteurs Safran-Arriel destinés à la Russie, imposé en raison du conflit en Ukraine, mais aussi par des retards de production et des dépassements de coûts. Avec cette option en déclin, HAL s’est repositionné pour regrouper l’intégralité de la commande autour du LUH, capitale étant donnée les vols de prototypes réussis depuis 2016 et les améliorations en cours, comme la certification de l’autopilote.

Les analystes de la défense considèrent cette relance comme une victoire stratégique pour l’autonomie industrielle, mettant potentiellement de côté des concurrents étrangers comme les Airbus H125, Bell 407GXi ou Leonardo AW119Kx, qui, bien que proposant une fiabilité bimoteur, pourraient se heurter aux exigences de contenu local imposées par le gouvernement. Un haut responsable du ministère de la Défense a souligné sous couvert d’anonymat : « Le redémarrage du programme RSH modernise non seulement nos capacités de surveillance, mais renforce aussi la résilience de nos chaînes d’approvisionnement face aux perturbations globales. »