Le président argentin Javier Milei a profité de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies à New York mercredi 24 septembre pour relancer la revendication de souveraineté de son pays sur les îles Malouines.
Désignant l’archipel sous son nom espagnol, les « Islas Malvinas », il a affirmé avec véhémence : « Je souhaite réitérer notre légitime revendication en matière de souveraineté sur les Malouines et les zones maritimes environnantes qui continuent d’être occupées illégalement ».
Pour ceux d’une certaine génération, ce discours évoque un sentiment de déjà-vu. L’histoire des Malouines est encore fraîche dans les mémoires. En 1982, lors de la guerre des Malouines, l’Argentine avait envahi et occupé ce territoire britannique d’outre-mer, avant d’être repoussée par les forces armées britanniques au terme d’une campagne de 72 jours. Le conflit avait fait 649 morts argentins, 255 britanniques et trois habitants des îles.
La souveraineté britannique fut rétablie, marquant un moment emblématique de la carrière de Margaret Thatcher, alors Premier ministre. Cette légitimité fut confirmée par un référendum au cours duquel les Malouins se sont exprimés sur leur avenir politique, avec un résultat écrasant : 99,8 % ont choisi de rester un territoire britannique d’outre-mer.
Alors pourquoi Javier Milei relance-t-il ce dossier aujourd’hui ? Trois raisons principales peuvent être avancées.
La première tient à une conjoncture intérieure difficile. L’Argentine souffre d’une des plus fortes inflations annuelles au monde, tandis qu’une grande partie de sa population vit sous le seuil de pauvreté. Par ailleurs, Karina Milei, sœur du président et figure importante du gouvernement, est impliquée dans un scandale de corruption mêlant rétrocommissions financières et soupçons de pots-de-vin en cryptomonnaies, ce qui a freiné les investisseurs. Il est fort probable que le pays soit contraint de solliciter l’aide financière du FMI.
Dans ce contexte, le recours à la politique étrangère est une stratégie classique pour détourner l’attention des difficultés intérieures. La deuxième raison est liée à l’image perçue du gouvernement britannique actuel, incarné par le Premier ministre Keir Starmer et le ministre des Affaires étrangères David Lammy, qui est jugé conciliant. La cession controversée des îles Chagos à Maurice et la reconnaissance de l’« État de Palestine » par le Royaume-Uni laissent penser à certains que Londres serait vulnérable aux pressions diplomatiques, donnant ainsi un levier à Milei.
Enfin, la troisième raison, moins évoquée, est d’ordre économique : les Malouines pourraient prochainement connaître un important développement énergétique. Quatre zones juxtaposées au large de l’archipel présentent un potentiel d’exploitation d’hydrocarbures. Les licences d’exploration et d’exploitation ne sont pas encore délivrées mais pourraient l’être avant la fin de l’année. Pour un chef d’État aux prises avec de graves difficultés économiques, cette perspective est particulièrement séduisante.
Il convient toutefois de souligner que le gouvernement argentin ne menace pas, pour l’instant, de répéter l’invasion de 1982. Par ailleurs, les forces armées argentines sont aujourd’hui beaucoup plus limitées que durant la dictature de Galtieri. Elles ne disposent pas des capacités nécessaires pour une telle opération.
Quant à la présence militaire britannique, elle est relativement modeste : quatre avions Typhoon, un ravitailleur Voyager, un patrouilleur offshore de la Royal Navy et quelques centaines de soldats en relève permanente. Cette posture reste néanmoins dissuasive face à toute velléité de confrontation.
Malgré la fermeté de ses propos sur la « légitimité » des revendications argentines et la dénonciation des « solutions coloniales », Milei privilégie finalement la voie diplomatique par des négociations bilatérales avec le Royaume-Uni.
Il a aussi évoqué la nécessité de consulter les insulaires sur leur avenir, une position qui rejoint celle de Londres, qui défend depuis longtemps le droit à l’autodétermination des Malouines.
En définitive, malgré le ton conquérant de Milei à l’ONU, il réclame une approche similaire à celle prônée par le gouvernement britannique.
La parole finale revient à la baronne Chapman, ministre britannique en charge du développement international, de l’Amérique latine et des Caraïbes, qui a affirmé sans ambages : « Le soutien du Royaume-Uni au droit des habitants des Malouines à l’autodétermination est inébranlable ».