Article de 745 mots ⏱️ 4 min de lecture

Les équipes de maintenance de la Marine américaine sont contraintes de récupérer des pièces détachées en cannibalisant des sous-marins et des avions de chasse afin de réparer d’autres appareils, révèle un rapport d’un organisme de contrôle gouvernemental. Dans un cas particulier, des techniciens chargés de la maintenance d’un avion de chasse n’ont pas pu réparer une radio faute de câbles disponibles uniquement chez le fabricant.

« Seul ce fournisseur peut produire cette pièce, et en général, les réparations sont programmées selon le calendrier du constructeur d’origine », souligne le Government Accountability Office (GAO) dans un rapport publié fin avril. « Les responsables ont envisagé le rétroconception de la pièce ou la souscription à un contrat de stockage de pièces détachées, mais ces options ont été jugées trop coûteuses. Les mainteneurs n’ont donc d’autre choix que de récupérer les pièces sur des avions immobilisés. »

Le GAO pointe notamment des limitations liées aux droits de propriété intellectuelle et aux données techniques disponibles, cumulées à des retards dans la distribution des pièces, qui contraignent les techniciens à adopter des méthodes improvisées, notamment le cannibalisme de matériels pour maintenir certains équipements en condition opérationnelle.

Le rapport souligne que le Département de la Défense n’a pas pleinement évalué les droits relatifs aux données techniques sur certaines propriétés intellectuelles, ce qui génère des difficultés pour la maintenance des systèmes d’armes. Le GAO a examiné cinq contrats majeurs de la Marine américaine : les avions F/A-18 et F-35, les navires de combat littoraux, le véhicule de combat Stryker, ainsi que les sous-marins d’attaque de la classe Virginia. Partout, les équipes de maintenance font face à des délais récurrents, principalement dus au manque de pièces détachées résultant d’un approvisionnement limité.

« Le cannibalisme a plusieurs conséquences négatives, notamment une augmentation des coûts et de la charge de travail en maintenance, ainsi qu’un impact à long terme sur la disponibilité des avions lorsque cette pratique est trop largement employée », avertit le rapport.

Par ailleurs, les mainteneurs de la Marine sont également amenés à prélever des pièces sur d’autres sous-marins pour réparer ceux de la classe Virginia, afin d’éviter des retards trop longs en attendant l’envoi des pièces de rechange par les fabricants.

Un autre problème récurrent concerne l’absence de données techniques suffisantes, notamment sur le F-35, ce qui empêche les techniciens basés sur site d’intervenir efficacement. « Dans certains cas, les équipes de maintenance au niveau dépôt ne disposent pas des droits techniques nécessaires pour effectuer des réparations sans recourir à l’assistance ou à la contractualisation avec les fabricants », précise le GAO.

Dans ces situations, les réparations requièrent souvent la présence d’entrepreneurs externes, soit au port, soit en déploiement en mer. Pour faire face à ces contraintes, la Marine a mis en place plusieurs solutions de fortune, allant de la constitution de stocks de matériaux à longue durée de commande à la négociation de droits d’accès aux données techniques dans les contrats subséquents avec les fournisseurs.

Ces conclusions interviennent alors que la Marine, à l’instar d’autres composantes des forces armées américaines, milite pour le « droit à la réparation ». Aujourd’hui, les militaires se heurtent à des garanties et des restrictions en matière de propriété intellectuelle qui les empêchent d’effectuer des réparations, y compris sur le terrain, alors qu’ils pourraient en être capables.

Ce rapport fait écho à une étude du GAO publiée en septembre dernier, qui révélait des pénuries similaires de pièces détachées affectant les véhicules terrestres de l’Armée de Terre et du Corps des Marines, contraignant également les troupes à récupérer des morceaux sur d’autres véhicules pour les maintenir en état. La raréfaction tant des pièces que des manuels techniques à jour a provoqué une diminution progressive du nombre de réparations majeures et révisions, réduisant ainsi le nombre de véhicules déclarés aptes à être engagés en mission.