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Le Naval Science and Technological Laboratory (NSTL), laboratoire de premier plan sous l’égide de l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO), prépare une version améliorée de sa torpille légère indigène. Cette nouvelle variante intégrera des améliorations internes significatives tout en conservant la portée opérationnelle éprouvée de 25 km. Selon des sources proches du dossier, l’accent est mis sur l’augmentation de la vitesse sous-marine et l’amélioration de l’autonomie lors des longues missions de poursuite des sous-marins et navires de surface. Ce développement s’inscrit dans la stratégie plus large d’autonomie de l’Inde en matière de guerre sous-marine, face aux menaces croissantes dans la région indo-pacifique, exacerbées par les tensions maritimes avec la Chine et le Pakistan.

La torpille légère, souvent appelée Advanced Light Weight Torpedo (ALWT) ou successeur du système Shyena, constitue un pilier des capacités de guerre anti-sous-marine (ASM) de la marine indienne. Développée par le NSTL à Visakhapatnam et fabriquée par Bharat Electronics Limited (BEL), la version actuelle, lancée depuis des avions, hélicoptères et navires, offre un compromis efficace entre agilité et puissance. Pesant environ 300 kg, avec un diamètre de 533 mm et une ogive à haute explosive de 50 kg, elle utilise un guidage acoustique actif/passif pour un ciblage précis en eaux profondes comme littorales, même face à des contre-mesures intenses. Sa vitesse sous-marine actuelle, d’environ 33 nœuds (61 km/h), a été jugée satisfaisante lors des essais, mais le NSTL souhaite accroître cette performance sans compromettre le design compact ni la portée de la torpille.

Les nouvelles versions intègreront de « modifications majeures en interne », notamment des technologies avancées de propulsion et de batteries pour améliorer la vitesse de déplacement sous-marin et l’endurance. La portée reste limitée à 25 km, adaptée aux applications légères et à la compatibilité avec les plateformes comme l’avion de patrouille maritime P-8I Poseidon et l’hélicoptère HAL Dhruv. Ces améliorations visent à augmenter la vitesse de 42 %, pouvant atteindre 47 nœuds (87 km/h). Ce gain est rendu possible grâce aux recherches en cours du NSTL sur des batteries au chlorure de magnésium-argent (Mg-AgCl), développées pour délivrer une puissance nominale de 100 kW avec une densité énergétique élevée, assurant ainsi une propulsion soutenue à grande vitesse.

Le principal défi réside dans la stabilité du fonctionnement du système de propulsion et des capteurs lors de longues phases de recherche. Les torpilles légères actuelles, telles que l’ALWT basé sur Shyena, utilisent des moteurs électriques alimentés par des batteries au zinc-argent, souvent rapidement déchargées en mode haute vitesse ou lors de manœuvres d’évitement complexes. Les modifications prévues par le NSTL incluent une gestion améliorée de l’énergie pour prolonger la durée de « patrouille motorisée », permettant à la torpille de poursuivre activement sa recherche de cibles furtives, qu’il s’agisse de sous-marins très silencieux ou de navires de surface, sans s’éteindre prématurément. D’autres améliorations internes pourraient toucher les algorithmes de guidage acoustique pour une meilleure résistance aux contre-mesures et renforcer la structure pour supporter les contraintes de vitesse élevée, forts des enseignements tirés de plus de 24 essais de développement menés entre 1998 et 2005.

Cette évolution intervient à un moment critique, alors que la Marine indienne voit ses stocks de torpilles héritées, comme le modèle italien A244-S, diminuer. L’ALWT, déjà considéré comme un système de seconde génération, dispose de guidage assisté par microprocesseur et d’une commande par fil. La nouvelle version pourrait intégrer une autonomie assistée par intelligence artificielle pour une discrimination plus fine des cibles, conformément aux initiatives plus larges du NSTL en matière de torpilles à guidage IA lancées dès 2019.

Le domaine sous-marin indien devient de plus en plus disputé, notamment en raison du déploiement par la marine chinoise (PLAN) de sous-marins avancés de la classe Yuan Type 039A et de son accroissement de présence dans l’océan Indien. Les améliorations apportées à la torpille légère renforceront la capacité de la Marine indienne à neutraliser ces menaces depuis des plateformes aériennes et de surface, tout en complétant les systèmes lourds comme la torpille Varunastra — une torpille lourde de 1 500 kg, lancée depuis navire, avec une portée de 40 km et une vitesse supérieure à 40 nœuds, développée par le NSTL et en service depuis 2016. Des commandes récentes de Varunastras supplémentaires, validées par le Conseil d’acquisition de défense en mars 2025, confirment l’engagement de la Marine pour les torpilles indigènes, tandis que le NSTL développe actuellement des versions sous-marines avec des portées supérieures à 50 km.

Les travaux du NSTL s’étendent au-delà des torpilles légères. Le laboratoire développe simultanément des torpilles à supercavitation, capables d’atteindre plus de 80 nœuds (148 km/h) en créant une bulle gazeuse autour de l’engin, réduisant ainsi la traînée hydrodynamique. Ces torpilles sont adaptées aux sous-marins de classe Scorpène et aux destroyers de classe INS Visakhapatnam. Par ailleurs, la torpille lourde électronique Takshak, intégrée aux sous-marins de classe Kalvari via un contrat de 877 crores signé en décembre 2024 avec le groupe naval français Naval Group, dispose de contre-mesures électroniques avancées. Ces initiatives accompagnent le développement du système SMART (Supersonic Missile-Assisted Release of Torpedo), capable d’atteindre des portées jusqu’à 900 km, confirmant la position du NSTL comme un centre de pointe pour les armements navals de nouvelle génération.

Le programme de torpilles légères soutient également les ambitions d’exportation dans le cadre de l’initiative « Make in India ». Avec plus de 95 % de contenu indigène, notamment sur des systèmes comme la Varunastra, les améliorations du NSTL pourraient séduire des pays amis comme le Vietnam, à qui des variantes de Varunastra sont proposées depuis 2016. La production, assurée par BEL et Bharat Dynamics Limited (BDL), impliquera aussi des PME locales, générant ainsi des emplois et des retombées technologiques pouvant profiter à des applications civiles comme la robotique sous-marine.