Le chef de l’Indian Air Force (IAF), l’Air Chief Marshal Amar Preet Singh, a récemment qualifié le futur avion de chasse national Light Combat Aircraft (LCA) Tejas Mk2 de « prolongement naturel » de la version Mk1A lors d’une conférence de presse à New Delhi. Il a mis en avant les améliorations du Mk2 en termes de charge utile, d’autonomie et de portée, soulignant son rôle capital pour combler les lacunes actuelles des escadrons de l’IAF face aux tensions régionales croissantes.
Cette déclaration, prononcée avant la 93e célébration de la Journée de l’Armée de l’Air le 8 octobre, intervient alors que l’Inde accélère ses acquisitions indigènes pour contrer le renforcement aérien de la Chine.
Lors de la conférence de presse du 3 octobre, sa première interaction médiatique majeure depuis la réussite de l’opération Sindoor en mai, Singh a répondu à diverses questions portant notamment sur les livraisons du système S-400 et les besoins en avions de 5e génération. Toutefois, ses propos sur le Tejas Mk2 ont particulièrement retenu l’attention, en insistant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un changement radical mais d’une version agrandie et améliorée du Mk1A.
« En ce qui concerne le LCA Mk2, selon moi, il s’agit plutôt d’une extension du Mk1A. C’est une plateforme plus grande, du même ordre de génération, mais capable de transporter une plus grande variété d’armes. Il offrira de meilleures performances en termes de portée et d’autonomie et pourra emporter des armements plus lourds. C’est pourquoi ce projet s’inscrit parfaitement dans notre stratégie », a expliqué Singh, soulignant l’adaptation de cet avion aux exigences multirôles de l’IAF, que ce soit pour la supériorité aérienne ou les missions de frappe.
Cette vision correspond à la conception du Mk2 : un fuselage allongé de 14,2 mètres contre 13,2 mètres pour le Mk1A, des ailerons canards étroitement couplés pour plus d’agilité, et un moteur GE F414-INS6 délivrant une poussée de 98 kN, contre 84 kN sur le Mk1A. Ces améliorations permettront un rayon d’action supérieur à 1 000 km et une meilleure capacité de carburant interne pour des missions prolongées sans ravitaillement en vol, facilitant ainsi la pénétration en profondeur dans des zones contestées.
Bien que le Mk2 conserve l’architecture de 4,5e génération du Mk1A – commandes de vol électriques (fly-by-wire) et cellule en matériaux composites – il corrige les limites de cette version plus légère. Le Mk1A, avec un poids à vide de 6,5 tonnes et une masse maximale au décollage de 13,5 tonnes, privilégie la maniabilité et la légèreté mais ne peut pas embarquer d’armes lourdes comme le missile de croisière BrahMos de 2 500 kg.
Le Mk2, plus massif, affiche 7,8 tonnes à vide et 17,5 tonnes au décollage. Il offre 11 points d’emport contre 8 pour le Mk1A, avec une charge utile maximale de 6,5 tonnes, intégrant notamment des armements indigènes tels que le missile au-delà de l’horizon Astra Mk2 et la variante anti-radiation Rudram. L’avionique fait également un bond en avant grâce au radar AESA Uttam, plus volumineux, comportant plus de 2 000 modules émetteurs-récepteurs et une portée de détection de 200 km. L’équipement est complété par un système IRST (recherche infrarouge) et une suite de guerre électronique adaptée à la guerre en réseau. Selon Singh, cette « plateforme plus grande » garantit une polyvalence opérationnelle sur différents théâtres, de la haute altitude à la frontière du Ladakh jusqu’aux frappes maritimes dans l’océan Indien.
Les avancées du programme se matérialisent par des jalons significatifs. Le Comité de Sécurité du Cabinet a approuvé en septembre 2022 un budget d’environ 10 000 crores de roupies pour la réalisation des prototypes et les essais, avec une progression de 60 % à la date de juin 2025. L’usine de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Bengaluru a presque finalisé la fabrication de la partie avant du fuselage et des ailes. La présentation du prototype est prévue d’ici la fin de l’année, avec un premier vol attendu au premier trimestre 2026, potentiellement dès octobre 2025 selon des estimations précédentes. Le développement complet en phase d’ingénierie devrait s’achever en décembre 2027, ouvrant la voie à une première commande de 108 à 126 appareils d’ici 2029, destinés à remplacer les flottes vieillissantes de MiG-29, Mirage 2000 et Jaguar.
Le ton optimiste de Singh intervient alors que le programme Tejas Mk1A connaît certaines contraintes. Sur un total prévu de 83 exemplaires pour un budget d’environ 48 000 crores, 31 avions ont été livrés à la fin du troisième trimestre 2025. Les retards d’approvisionnement du moteur GE F404 ont limité la cadence à 8-10 unités par an, alors que l’IAF vise la formation de 18 escadrons d’ici 2035. Des critiques passées de Singh, notamment prononcées en mai 2025 lors d’une allocution à la Confédération de l’Industrie Indienne (CII), soulignaient l’absence de disponibilité immédiate du Mk1, du Mk2 et de l’AMCA, pointant du doigt des goulots d’étranglement de production.
Malgré ces défis, la tendance s’inverse. Plus de 200 exemplaires des versions Mk1 et Mk1A sont commandés, avec une montée en cadence de HAL à 24 appareils par an prévue dès 2026 grâce à des partenariats industriels privés. Ancien pilote d’essais du Tejas, Singh a rappelé son lien personnel avec le programme. « Le Tejas me tient à cœur », a-t-il déclaré en octobre 2024, réaffirmant la priorité donnée désormais à la transition vers le Mk2 et l’AMCA. Le fait que le Mk2 soit une « extension » du Mk1A limite les risques, puisque 70 % des sous-systèmes du Mk1A seront réutilisés pour accélérer la certification.