Les États-Unis ont décidé de fournir à l’Ukraine des renseignements militaires ciblés sur des infrastructures énergétiques situées en territoire russe, dans un contexte d’escalade des tensions autour du conflit ukrainien. Cette initiative, inédite, s’inscrit dans une volonté de renforcer les capacités de Kiev à frapper des biens stratégiques russes, notamment dans le secteur énergétique.
Selon deux responsables américains, Washington partagera désormais des données de renseignement sur des cibles énergétiques à longue portée en Russie, parmi lesquelles des raffineries, des oléoducs et des centrales électriques. Cette collaboration vise à permettre à l’Ukraine de porter des coups plus précis et efficaces, en visant des infrastructures clés qui alimentent financièrement la guerre menée par Moscou.
Par ailleurs, les États-Unis encouragent leurs alliés de l’OTAN à fournir un soutien similaire à Kiev, amplifiant ainsi la pression collective sur la Russie. Ce changement de politique représente la première mesure connue prise par le président Donald Trump depuis qu’il a durci son discours envers Moscou ces dernières semaines, cherchant ainsi à mettre un terme au conflit armé qui dure depuis plus de trois ans.
Washington a longtemps partagé des renseignements avec l’Ukraine, mais cette décision marque un pas significatif vers une aide offensive. En misant sur des frappes contre les infrastructures énergétiques russes, l’objectif est de réduire les revenus du Kremlin, notamment issus de la vente de pétrole et de gaz, principales sources de financement pour l’effort de guerre.
Une possible livraison de missiles Tomahawk
Dans le même temps, les États-Unis étudient une requête ukrainienne portant sur la fourniture de missiles de croisière Tomahawk, capables d’atteindre une portée de 2 500 kilomètres. Si ces missiles étaient déployés depuis le territoire ukrainien, ils pourraient frapper Moscou ainsi que la majeure partie de la Russie européenne.
Par ailleurs, l’Ukraine travaille également au développement d’un missile de longue portée baptisé Flamingo. Ce missile est cependant à un stade précoce de production et ses quantités disponibles restent inconnues.
Selon les responsables américains, l’autorisation d’un partage accru de renseignements intervient peu après que Donald Trump ait exprimé sur les réseaux sociaux son optimisme quant à la capacité de l’Ukraine de reprendre l’ensemble du territoire occupé par la Russie.
« Après avoir vu les problèmes économiques que cette guerre cause à la Russie, je crois que l’Ukraine, soutenue par l’Union européenne, est en position de lutter et de reprendre toute l’Ukraine dans sa forme originelle », a écrit Trump récemment, peu après une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy.
Réactions russes
La Russie a lancé une invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, qualifiant cette opération de « spéciale » visant à contrer le basculement géopolitique de Kiev vers l’Ouest et à stopper l’expansion de l’OTAN selon elle menaçante.
Kiev et ses partenaires occidentaux dénoncent en revanche une agression impérialiste et un déni de souveraineté territoriale.
Donald Trump, qui a entamé son second mandat présidentiel en janvier, s’était engagé à mettre rapidement fin à ce conflit.
« Le président Trump est un politique spécial. Il aime les solutions rapides, or dans ce cas, les solutions rapides ne fonctionnent pas », a déclaré le mercredi 1er octobre l’ambassadeur russe auprès de l’ONU, Vassily Nebenzia, à l’occasion du lancement de la présidence russe au Conseil de sécurité de l’ONU.
Nebenzia a aussi cité le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui estime que si les États-Unis fournissaient des Tomahawks à l’Ukraine, cela ne changerait pas la situation sur le terrain.
La stratégie énergétique comme levier de pression
Cette aide américaine aux frappes ukrainiennes contre des cibles énergétiques en Russie constitue une nouveauté.
Les revenus liés à l’exportation d’énergie représentent la principale source de financement pour l’effort de guerre russe. Cette réalité fait des secteurs du pétrole et du gaz des cibles privilégiées des sanctions occidentales.
Dans ce cadre, l’administration Trump a pris des mesures pour imposer des droits de douane additionnels sur les importations en provenance de l’Inde, afin de la pousser à cesser ses achats de brut russe à prix réduit. Parallèlement, les États-Unis font pression sur des pays comme la Turquie pour qu’ils arrêtent également d’acheter du pétrole russe.
Le 1er octobre, les ministres des Finances du G7 ont annoncé leur intention de coordonner une réponse pour intensifier la pression économique sur Moscou, en ciblant notamment ceux qui continuent d’augmenter leurs achats d’énergie russe et ceux qui facilitent l’évasion des sanctions.