En 2001, via l’Agence de Gestion des Hélicoptères de l’OTAN (NAHEMA), la Norvège a commandé quatorze hélicoptères NH-90 au consortium NHIndustries, composé d’Airbus Helicopters, Leonardo et Fokker, pour environ 5 milliards de couronnes norvégiennes, soit environ 500 millions d’euros selon le taux de change de l’époque.
Cependant, les appareils livrés n’ont pas satisfait les forces armées norvégiennes. Un rapport de 2018 révélait que les NH-90 ne pouvaient assurer que 40 % des heures de vol prévues dans leur contrat opérationnel.
« Nous avons tenté à plusieurs reprises de résoudre les problèmes liés au NH90 en collaboration avec NHI, mais, plus de vingt ans après la signature du contrat, nous ne disposons toujours pas d’hélicoptères capables d’accomplir les missions pour lesquelles ils ont été acquis, et NHI ne nous propose aucune solution réaliste », déclarait Gro Jære, directeur de Forsvarmateriell (l’équivalent norvégien de la DGA), en juin 2022.
Cette situation a conduit à une décision radicale : retirer immédiatement les NH-90 du service, les retourner à NHIndustries, et exiger leur remboursement.
« Peu importe le nombre d’heures de travail de nos techniciens et les pièces que nous commandons, il sera impossible de rendre les NH90 compatibles avec les exigences de nos forces armées », affirmait Bjørn Arild Gram, alors ministre norvégien de la Défense.
Depuis cette décision, la Norvège a commandé des hélicoptères HH-60W auprès de l’américain Sikorsky, filiale de Lockheed Martin, afin de remplacer ses NH-90. La demande initiale de remboursement adressée à NHIndustries, d’un montant de 500 millions d’euros, a fait l’objet d’une médiation qui n’a finalement pas abouti. L’affaire sera donc portée devant les tribunaux.
Dans ce contexte, le gouvernement norvégien a considérablement renforcé ses exigences financières. Selon le magazine Teknisk Ukeblad, la Norvège réclame désormais 33 milliards de couronnes norvégiennes, soit environ 2,8 milliards d’euros, à NHIndustries. Cela représente un montant six fois supérieur à celui du contrat signé en 2001.
Cette somme inclut :
- le remboursement des sommes versées à NHIndustries,
- le coût de la commande des HH-60W passés par Oslo, évalué à 1,09 milliard d’euros,
- et les dépenses engagées pour maintenir les NH-90 en conditions opérationnelles.
Il reste à voir si le tribunal d’Oslo, qui examinera le dossier à partir du 10 novembre, donnera raison au ministère norvégien de la Défense.
Par ailleurs, il ne s’agit pas de la première fois que la Norvège réclame une compensation financière importante pour régler un différend avec un fabricant d’armement. Au début de l’année, elle avait réclamé 13,3 milliards de couronnes norvégiennes (environ 1,1 milliard d’euros) au chantier naval espagnol Navantia, suite au naufrage de la frégate KNM Helge Ingstad (classe Fridtjof Nansen) en octobre 2018. Cette demande s’appuyait sur une présumée malfaçon de construction du navire, alors même que l’Autorité norvégienne d’enquête de sécurité (Statens Havarikommisjon) avait pointé principalement un manque d’expérience de l’équipage.
Finalement, le ministère norvégien des Affaires étrangères et Navantia sont parvenus à un accord à l’amiable, évitant ainsi un procès. Sur la base des conclusions de la Statens Havarikommisjon, le constructeur espagnol a consenti à verser 47,5 millions d’euros sous forme de remise sur le soutien en conditions opérationnelles (SCO) des quatre frégates restantes de la classe Fridtjof Nansen pour les six prochaines années.
Laurent Lagneau