Sanctions, discours et mises en scène : analyse des grands défis géopolitiques actuels
Alors que la scène géopolitique mondiale reste marquée par de nombreuses tensions, plusieurs grandes puissances et acteurs clés voient leurs stratégies évoluer face à des défis complexes. De la guerre en Ukraine aux négociations nucléaires en Iran, en passant par la montée des tensions en Asie et au Moyen-Orient, voici un panorama des dynamiques majeures qui façonnent l’ordre international.
Russie
<pSur le front ukrainien, la Russie a adopté une stratégie dite des « mille coupures », privilégiant des raids de moindre envergure visant à affaiblir progressivement l’adversaire. Le 27 septembre, les forces russes ont mené la troisième plus importante attaque combinée par missiles et drones depuis le début du conflit. Dans le même temps, le président Vladimir Poutine a lancé un nouveau cycle de conscription semestriel.
En réponse, l’Ukraine a ciblé plusieurs raffineries de pétrole russes, provoquant d’importantes pénuries de carburant. Les réparations dans les principales raffineries ont engendré un déficit de 20 % en essence et une baisse de 15 % de la production de diesel en septembre. Ces ruptures d’approvisionnement sont particulièrement aiguës dans l’Extrême-Orient russe, la région de Belgorod en première ligne, ainsi qu’en Crimée. Par ailleurs, les États-Unis envisagent désormais d’autoriser des frappes à longue portée sur le territoire russe, selon les déclarations de Keith Kellogg, envoyé spécial pour l’Ukraine.
En Europe, Moscou a intensifié ses actions hybrides. Un incident a perturbé les systèmes d’enregistrement dans plusieurs grands aéroports, tandis que des incursions répétées d’aéronefs, des violations d’espaces aériens et des brouillages GPS ont conduit l’OTAN à renforcer sa vigilance dans la région baltique. Dans le même temps, la Russie a interféré dans les élections parlementaires moldaves via des campagnes de désinformation, des manipulations financières et des tentatives d’incitation à des émeutes.
Sur le plan économique, le budget fédéral récemment publié traduit une situation dégradée : les dépenses militaires devraient légèrement diminuer en 2026 avant de reprendre à la hausse en 2027. La TVA sera relevée et étendue aux petites entreprises, tandis que le déficit budgétaire 2025 est confirmé à un niveau record de 5,7 trillions de roubles.

Le Service d’urgence de l’État ukrainien neutralise une bombe aérienne non explosée issue d’un raid russe sur Kherson.
Iran
Les contacts diplomatiques entre représentants iraniens, européens et américains lors de l’Assemblée générale des Nations unies n’ont pas permis de trouver une solution de compromis dernière minute pour reporter la réimposition des sanctions contre Téhéran. Depuis le 27 septembre, six résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptées entre 2006 et 2010 et suspendues dans le cadre du Plan d’action global conjoint, sont de nouveau en vigueur. Celles-ci couvrent un large spectre, incluant le développement nucléaire et balistique, le transfert d’armes, ainsi que des sanctions visant plus de 120 personnes et entités iraniennes.
À présent, la norme « zéro enrichissement » est formellement exigée à l’échelle mondiale à l’encontre de l’Iran, bien que cette exigence ait déjà été largement contournée avant l’accord nucléaire de 2015. Cela rend encore moins probable le retour des inspecteurs internationaux dans les installations nucléaires iraniennes ou la transparence sur les stocks d’uranium enrichi. Avec la remise en vigueur des sanctions, une perspective d’allégement semblait lointaine, ce dont l’économie iranienne aurait pourtant grand besoin. L’insistance de Téhéran sur son droit à enrichir l’uranium reste ferme, mais la poursuite de cette politique depuis les ruines de ses infrastructures préexistantes fait peser un risque d’escalade pouvant mettre fin à la trêve fragile avec Israël.

David Lammy, secrétaire britannique aux Affaires étrangères, lors des négociations renouvelées avec des officiels iraniens en juin 2025.
Chine
La deuxième moitié de septembre a été riche en événements pour la politique intérieure et extérieure chinoises. Le 20e Congrès du Parti communiste tiendra sa quatrième session plénière du 20 au 23 octobre, centrée sur le 15e plan quinquennal de développement. Par ailleurs, la deuxième conversation téléphonique entre Donald Trump et Xi Jinping, le 19 septembre, a abouti à un accord sur le sort de TikTok, un obstacle majeur aux négociations commerciales sino-américaines.
Une délégation parlementaire américaine, la première depuis la pandémie de Covid-19, a rencontré des hauts responsables chinois. La Chine a aussi renforcé ses liens avec la Corée du Nord après la visite de Kim Jong Un à Pékin pour le défilé militaire de septembre. La ministre nord-coréenne des Affaires étrangères a effectué son deuxième déplacement en Chine en un mois, accueillie par le Premier ministre Li Qiang ; les deux pays ont réaffirmé leur opposition commune à l’hégémonisme.
Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre chinois a surpris en renonçant à toute demande de « traitement spécial et différencié » dans les négociations actuelles et futures de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans son allocution au Sommet sur le climat 2025, Xi Jinping s’est engagé à réduire d’ici 2035 les émissions totales de gaz à effet de serre de 7 à 10 % et à porter la part des énergies non fossiles à plus de 30 % dans le mix énergétique d’ici 2030.

Xi Jinping, Kim Jong Un et Vladimir Poutine réunis lors du défilé pour la Journée de la Victoire, septembre 2025.
Corée du Nord
Le leader nord-coréen Kim Jong Un a récemment visité plusieurs sites militaires, notamment le Complexe de technologie aéronautique sans pilote, afin de superviser les développements récents comme les drones tactiques de la série Kumsong. Il a souligné l’importance de moderniser et d’accroître les capacités, notamment via un développement rapide des technologies d’intelligence artificielle.
Il a également inspecté l’Institut des armes nucléaires, discutant avec des scientifiques les progrès accomplis dans la production de matières nucléaires et s’informant sur l’échelle du programme pour l’année à venir, insistant sur la nécessité de développer régulièrement des capacités nucléaires défensives.
Le 21 septembre, Kim s’est adressé à l’Assemblée populaire suprême sur l’état d’avancement de son plan quinquennal, mettant en avant le renforcement des capacités d’auto-défense comme priorité nationale pour éviter toute forme de domination étrangère. Il a critiqué l’Occident pour sa provocativité grandissante, notamment à travers des exercices militaires intégrant des éléments nucléaires et des doctrines d’emploi des armes nucléaires. Malgré ce ton ferme, Kim a ouvert la possibilité de négociations bilatérales avec l’administration Trump, conditionnées non pas à la dénucléarisation, mais à une relation directe. En revanche, il a rejeté toute reprise des pourparlers avec Séoul.

Kim Jong Un visite le Complexe de technologie aéronautique sans pilote, 18 septembre 2025.
Groupes jihadistes
Ces dernières semaines ont été marquées par une recrudescence des activités jihadistes dans la guerre entre Gaza et Israël. À la fin septembre, les services israéliens ont déjoué un projet d’attentat à la bombe visant des soldats des Forces de défense d’Israël à Akko. L’arrestation concerne un individu en contact avec des planificateurs virtuels de l’État islamique probablement basés en Syrie ou en Turquie. Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre précédent, Israël a démantelé 31 projets liés à l’État islamique, malgré un attentat réussi contre un colon en Cisjordanie.
Par ailleurs, Liwa al-Tawhid, groupe salafiste-jihadiste actif à Gaza depuis au moins dix ans, a revendiqué trois attaques contre les forces israéliennes dans Gaza le mois dernier, pour la première fois depuis novembre 2024. Bien que le bilan en blessés israéliens reste flou, le groupe affirme avoir endommagé des véhicules et chars militaires. Avant cette reprise, Liwa al-Tawhid avait mené une campagne intense entre juillet et novembre 2024. Une branche d’al-Qaïda, Huras al-Masra, avait également été active dans la région à la même période, mais est restée silencieuse depuis.

Décombres dans la rue Wehda, Gaza, zone affectée par les combats récents.