Le ministère de la Défense irakien a annoncé que les chars T-90S/IQ de la 35e Brigade Blindée ont été équipés d’un blindage supérieur de type « cage » ainsi que de protections latérales renforcées. Cette modernisation vise à protéger ces chars contre les drones FPV et les menaces d’attaques en hauteur, illustrant la volonté de l’Irak d’intégrer les enseignements tirés du conflit en Ukraine.
Cette adaptation traduit l’évolution des champs de bataille où les drones FPV et les munitions d’attaque en altitude sont devenus prédominants, déplaçant l’attention de la protection frontale vers une défense contre les frappes verticales et obliques. Contrairement aux solutions improvisées, l’Irak institutionnalise ces leçons à l’échelle du bataillon, se rapprochant des pratiques observées en Ukraine.
Ce développement est particulièrement important pour les forces lourdes irakiennes engagées dans la sécurité intérieure, la défense des frontières et les missions de réaction rapide. Il illustre une doctrine pragmatique qui privilégie la protection de la tripulation et la réussite de la mission par des solutions standardisées et maintenables.
Le dispositif amélioré repose sur des jaquettes de protection couvrant la tourelle, conçues pour gêner la pose et la détonation des drones kamikazes, tout en atténuant les effets des charges explosant en hauteur et des munitions guidées. Sur le châssis et les flancs de la tourelle, l’ajout de blindage réactif explosif (ERA) souple de type 4S24 ainsi que d’autres modules en « paquet » renforce la résistance contre les charges creuses et les ogives en tandem, sans compromettre la mobilité, la rotation de la tourelle ni l’accès de l’équipage.
Ce package, conçu pour le niveau unité, permet une installation, une réparation et une reproduction rapide au sein des ateliers des brigades, offrant une solution économique en attendant la généralisation des systèmes de protection active et des ensembles de capteurs plus sophistiqués. Le profil visuel des cages et la disposition des modules latéraux reflètent une couverture ciblée des axes d’attaque FPV les plus courants dans les conflits récents, mettant l’accent sur la fonctionnalité et la simplicité de maintenance plutôt que l’esthétique.
La démarche suivie est itérative et basée sur la pratique : identifier d’abord les modes de destruction les plus fréquents sur les théâtres d’opérations récents, prioriser ensuite la protection géométrique du toit de la tourelle, de l’optique du chef de char, du système de munitions et du câblage, puis valider que le poids supplémentaire ne détériore pas le rapport puissance/poids, la durée de vie de la suspension ni l’équilibre de la tourelle.
Le déploiement à l’échelle du bataillon démontre que les forces terrestres irakiennes ne considèrent pas cette initiative comme une simple expérimentation, mais comme une norme à reproduire et à améliorer, notamment par des retours issus des exercices au tir réel et des patrouilles opérationnelles.
Comparée au M1A1M Abrams en service en Irak et aux variantes plus anciennes du T-72, cette modernisation du T-90S/IQ montre comment un châssis russe peut intégrer des cages supérieures et de l’ERA souple sans modifications structurelles majeures, permettant ainsi un déploiement plus rapide et économique. Alors que les formations Abrams dans le monde développent leurs propres concepts de protection supérieure, Bagdad a déjà adopté une solution opérationnelle sur la plateforme principale du 35ème régiment.
Le résultat final est une base de protection anti-FPV solide, pouvant être complétée ultérieurement par des brouilleurs à effet doux, des capteurs de détection et, à terme, par des intercepteurs à effet dur. Les parallèles avec l’adaptation du front russe en Ukraine sont évidents : maximiser la couverture du toit et des flancs, accepter une pénalité modérée en mobilité et favoriser une réparabilité facile avec des sections produites localement que les unités peuvent changer en quelques heures au lieu de plusieurs semaines.
Stratégiquement, cette mise à jour ajuste les forces lourdes irakiennes à un environnement de menace dominé par la prolifération des drones suicides FPV employés par les groupes insurgés et certains acteurs étatiques le long de la frontière irako-syrienne. Elle réduit les risques lors des opérations antiterroristes et des missions de sécurisation frontalière, où les embuscades et les tirs assistés par drones gagnent en sophistication.
Le message est clair : l’Irak est passé de l’observation à l’action. En modernisant ses chars T-90S/IQ avec des tourelles supérieures et un blindage latéral renforcé à l’échelle du bataillon, Bagdad transforme son expérience récente du combat en un standard pratique et reproductible améliorant la survie des équipages face aux menaces actuelles sur le champ de bataille.
C’est une démarche réaliste et opportune qui maintient la capacité opérationnelle, préserve des ressources blindées précieuses et pose un jalon régional pour une protection rapide et locale des véhicules blindés de combat.
Teoman S. Nicanci