Face à une concurrence mondiale accrue dans le domaine de la propulsion aéronautique de nouvelle génération, le Gas Turbine Research Establishment (GTRE) envisage des partenariats internationaux pour répondre aux besoins des moteurs de sixième génération. Selon des échanges offerts, l’Inde pourrait négocier avec un constructeur étranger distinct ou s’intégrer à un programme multinational déjà établi, afin d’accélérer l’accès aux technologies avancées telles que les architectures à cycle adaptatif et les commandes optimisées par intelligence artificielle.
Alors que le programme indien de cinquième génération Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) progresse avec un accord de co-développement dédié, l’initiative autonome pour un chasseur de sixième génération reste encore floue. Cette orientation vers des partenariats traduit une stratégie pragmatique visant à combler les écarts technologiques et à maintenir la compétitivité de l’Indian Air Force (IAF) face à des concurrents tels que le J-50 chinois ou les prototypes NGAD américains.
La priorité actuelle en propulsion est le moteur destiné à l’AMCA Mk2, fruit d’une collaboration entre le GTRE et Safran Aircraft Engines, dans le cadre d’une joint-venture majeure évaluée à 7 milliards de dollars. Ce turboréacteur à postcombustion, ciblant une poussée de 120 à 140 kN, permettra au chasseur furtif de cinquième génération d’assurer une capacité de supercroisière, une meilleure discrétion radar et une polyvalence multirôle. Plus de 400 exemplaires modulables sont prévus, avec une possible extension au projet naval Twin Engine Deck Based Fighter (TEDBF).
Ce moteur intègre des technologies de cinquième génération telles que des pales monocristallines avancées et des revêtements thermiques, tout en s’affranchissant des caractéristiques à cycle variable (VC) – comme les rapports de dérivation adaptatifs – qui sont typiques des conceptions de sixième génération pour une meilleure efficience énergétique et des capacités de poussée vectorielle. Neuf prototypes devraient voir le jour dans les 12 prochaines années, avec des essais initiaux ciblant une température d’entrée turbine de 2100 K, gage de fiabilité dans des environnements contestés. Le transfert complet de technologies et la propriété intellectuelle indienne sont des points essentiels du partenariat, visant à une production nationale d’ici le milieu des années 2030.
Pour les moteurs de sixième génération – prévus pour des plates-formes post-2040 intégrant notamment des systèmes à énergie dirigée et des capacités hypersoniques –, le GTRE envisage différents scénarios. Une négociation avec un nouvel acteur étranger, comme Rolls-Royce ou General Electric, permettrait de concevoir des solutions adaptées aux besoins spécifiques de l’Inde. Alternativement, une participation à des programmes comme le britannique Tempest (GCAP) ou le NGAD américain offrirait une intégration dans un consortium partageant risques et innovations. Des discussions exploratoires concernent notamment l’accès au moteur à cycle adaptatif du projet Tempest, estimé entre 4,5 et 5 milliards de dollars, ce qui pourrait accélérer la transition vers une motorisation de sixième génération.
Le GTRE a confirmé sa capacité indigène à développer un moteur de cinquième génération délivrant 120 kN de poussée, avec un cœur modulaire pouvant évoluer jusqu’à 145 kN, mais les ressources s’orientent désormais vers des projets de co-développement afin d’intégrer les meilleures pratiques mondiales et réduire les délais. Le directeur du DRDO, Dr Samir V. Kamat, a rappelé que les moteurs de sixième génération nécessitent des partenariats étrangers pour des avancées cruciales en matériaux et en simulation. Une nouvelle installation d’essai de 130 kN, bientôt achevée au GTRE, soutiendra ces efforts parallèles de R&D indigène.
Un flou subsiste quant à l’existence d’un programme indien spécifique de sixième génération au-delà des évolutions de l’AMCA. Si l’AMCA Mk2 intègre déjà certains éléments de cette génération, comme des diagnostics par intelligence artificielle, un programme complet représenterait un investissement de 10 à 15 milliards de dollars et une durée supérieure à 15 ans, orientant ainsi naturellement vers la joint-venture.
| Programme moteur | Plage de poussée | Technologies clés | Partenaires | Calendrier |
|---|---|---|---|---|
| AMCA Mk2 (5e génération) | 120-140 kN | Supercroisière, refroidissement avancé (sans VC) | GTRE-Safran | Prototypes : 2026-2038 ; Mise en service : 2035 |
| Potentiel 6e génération | 140-160 kN+ | Cycle variable, commandes IA, modes hypersoniques | GTRE + Rolls-Royce / GCAP / Tempest | Exploration : dès 2026 ; Opérationnel : années 2040 |
| Voie indigène parallèle | 120-145 kN (modulable) | Cœur modulaire, revêtements furtifs | GTRE-DRDO-HAL | Bancs d’essai : 2027 ; Maturité : 2035 |
Ces démarches témoignent d’une maturité croissante de l’industrie aérospatiale indienne, qui cherche à conjuguer alliances internationales et autonomie stratégique. D’ici 2060, ces moteurs pourraient équiper des forces exportatrices et des essaims de drones, réduisant la dépendance aux importations qui a posé problème à des programmes comme le Tejas. Cependant, certains alertent sur les risques d’un trop grand recours aux joint-ventures, qui pourrait diluer les transferts technologiques, et plaident pour un financement parallèle en faveur de filières entièrement indigènes.