L’armée indienne souhaite renforcer ses capacités antichar face à la menace croissante des chars principaux de combat (MBT) et des véhicules de transport blindés ennemis. Dans ce cadre, elle développe un chasseur de chars innovant monté sur un châssis à roues, capable d’emporter plus d’une douzaine de missiles antichars guidés (ATGM) lancés verticalement. Selon des sources proches du secteur de la défense, l’armée cherche à collaborer avec l’industrie indienne pour concevoir cette plateforme indigène.
Si le châssis à roues sera conçu localement, le choix du missile antichar et du système de lancement—qu’il soit à froid ou à chaud—n’est pas encore arrêté, ce qui constitue une étape clé dans la phase de conception du projet. Cette initiative, rapportée en septembre 2025, illustre la volonté de l’Inde d’améliorer ses capacités de guerre mécanisée pour faire face aux menaces régionales, en particulier celles émanant de la Chine et du Pakistan.
La démarche de l’armée indienne en faveur d’un chasseur de chars sur roues reflète l’évolution des conflits blindés, où la mobilité rapide, la puissance de feu et la survie opérationnelle sont essentielles. Le conflit indo-pakistanais de 2025, marqué par l’utilisation pakistanaise de missiles Fatah-1 et Fatah-II, ainsi que le déploiement chinois de chars avancés Type 99A et Type 15 le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC), ont mis en lumière le besoin de plateformes polyvalentes à fort potentiel de destruction des blindés ennemis à distance. Les MBT traditionnels comme le T-90 MkIII et l’Arjun Mk1A, bien que performants, doivent désormais composer avec des menaces antichars modernes telles que les munitions de surveillance persistante, les drones kamikazes et des ATGM sophistiqués comme le Javelin américain, largement utilisés dans le conflit russo-ukrainien.
L’adoption de missiles antichars guidés lancés verticalement constitue une rupture majeure avec les lanceurs traditionnels inclinés ou sur rails, offrant plusieurs avantages tactiques :
- Capacité accrue : Les systèmes de lancement vertical (VLS) peuvent embarquer entre 12 et 16 missiles, contre 4 à 8 pour les configurations inclinées, augmentant ainsi la puissance de feu et la capacité à mener plusieurs engagements sans rechargement fréquent.
- Couverture à 360 degrés : Le VLS permet un ciblage omnidirectionnel, autorisant le véhicule à traiter les menaces venant de n’importe quelle direction sans avoir besoin de pivoter le châssis ou la tourelle, réduisant ainsi le temps de réaction et l’exposition.
- Silhouette réduite : Contrairement aux lanceurs inclinés qui rehaussent le profil du véhicule, le VLS s’intègre de manière compacte au châssis, améliorant la survivabilité en limitant la détection et les chances d’être ciblé.
Le choix entre système de lancement à froid ou à chaud reste indécis. Le lancement à froid, où le missile est éjecté verticalement avant l’allumage du moteur, réduit le stress thermique sur le véhicule et minimise la détection par capteurs infrarouges, comme dans le cas du système russe S-400. Le lancement à chaud, où le missile s’enflamme dans le lanceur, est plus simple et moins coûteux, mais génère une signature thermique importante et impose des matériaux résistants à la chaleur. La décision de l’armée reposera sur un compromis entre coûts, complexité technique et besoins opérationnels, avec l’appui du DRDO et des partenaires industriels.
Quelles options de missiles antichars ? Indigènes ou étrangères ?
Le choix précis du missile antichar n’a pas encore été arrêté, mais plusieurs candidats sont à l’étude :
- DRDO Nag et MPATGM : Le Nag est un missile antichar de troisième génération « tir et oublie », avec une portée de 4 à 7 km. Il est équipé d’une ogive tandem à haute explosive anti-blindage (HEAT) capable de percer 800 mm de blindage homogène roulé (RHA), ce qui le rend efficace contre les MBT modernes dotés de blindages réactifs explosifs (ERA). Le MPATGM, portable par un opérateur, offre une portée de 2,5 à 4 km pour une utilisation rapide et flexible. Ces deux systèmes sont en phase d’essais pour intégration sur des plateformes telles que le char Arjun, avec une possible adaptation pour le lancement vertical.
- DRDO Helina : Initialement développé pour des applications aériennes, le Helina offre une portée de 7 à 10 km et est doté d’un guidage résistant aux contre-mesures électroniques (ECM). Il pourrait être adapté à un lancement vertical depuis véhicule, avec une ogive tandem apte à contrer des systèmes de protection active (APS) comme ceux montés sur le Type 99A chinois.
- Options étrangères : L’armée privilégie les missiles indigènes, mais la production sous licence du russe 9M113 Konkurs est encore en cours malgré son obsolescence technologique par rapport aux missiles « tir et oublie ». Il existe aussi la possibilité d’une collaboration avec Israël pour acquérir le Spike-LR II, à guidage « tir et oublie » et portée de 5,5 km, comme solution intermédiaire.
L’attention portée par l’armée indienne à la lutte contre les APS et les « cages à copeaux » (blindage en treillis observé en Ukraine) oriente sa préférence vers des missiles dotés d’ogives tandem et de capteurs avancés, incluant la désignation laser ou le suivi infrarouge, garantissant une grande probabilité d’impact sur des cibles en mouvement. Le savoir-faire du DRDO en matière de munitions résistantes aux contre-mesures, illustré par le Helina, place les ATGM indiens en tête, même si l’intégration pour un lancement vertical pourrait nécessiter un appui technique étranger.