Le Dr Kota Harinarayana, architecte visionnaire derrière le chasseur léger indigène indien LCA Tejas, appelle une nouvelle fois à l’autonomie stratégique de l’Inde en défense. Il exhorte le pays à rejeter les offres séduisantes des avions russes Su-57 Felon et américains F-35 Lightning II, et à se concentrer sur le développement de l’AMCA, son programme national de chasseur furtif de 5e génération.
À 82 ans, ce vétéran de l’aéronautique indienne, ancien directeur de programme de l’agence de développement aéronautique ADA, a transformé le Tejas d’un prototype hésitant en un avion multirôle de pointe composant aujourd’hui l’ossature de l’Indian Air Force (IAF). Son message est clair : privilégier les acquisitions étrangères à court terme pourrait compromettre l’avenir de l’AMCA, un projet phare qui incarne la souveraineté aérienne indienne.
« L’Inde ne doit pas acheter le Su-57 », affirme le Dr Harinarayana, rappelant que la véritable autonomie stratégique passe par le développement de compétences nationales plutôt que par la cession aux pressions géopolitiques.
Le Su-57 russe, réputé pour sa grande maniabilité, ses moteurs à poussée vectorielle et son système de fusion des capteurs, est proposé comme une solution rapide à la pénurie de chasseurs dans l’IAF. Moscou a accepté les principales demandes indiennes, y compris le transfert de technologie et la production locale via Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, avec un premier lot de 84 appareils et la perspective d’en acquérir jusqu’à 140 supplémentaires. Ce revirement intervient après le retrait indien du projet conjoint FGFA en 2018 en raison de doutes sur les performances, et dans un contexte de tensions renouvelées avec les États-Unis.
Par ailleurs, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont intensifié leur proposition en 2025 en offrant plusieurs milliards de dollars de contrats incluant le F-35 lors de la visite de Narendra Modi à la Maison-Blanche. Le F-35 est vanté pour sa furtivité avancée et son intégration réseau dans le cadre de stratégies indo-pacifiques, mais New Delhi a refusé l’offre en août, évoquant une hausse tarifaire de 25 %, un refus d’accès au code source et un désalignement avec la politique Atmanirbhar Bharat, centrée sur l’autonomie.
Pour le Dr Harinarayana, ces options présentent de lourds écueils. Il pointe du doigt les revêtements furtifs immatures du Su-57 et la limitation des capacités de production pouvant accroître la dépendance aux chaînes d’approvisionnement russes, fragiles en cas de sanctions. Le F-35, bien que technologiquement avancé, impose des « contraintes stratégiques » liées aux restrictions d’utilisation et aux difficultés d’intégration avec les systèmes indigènes comme le Tejas. « Pourquoi courir après des chasseurs à empennage quand on peut dominer le concept de flying wing ? », questionne-t-il en référence à la configuration plus furtive de l’AMCA comparée au Su-57.
| Avion de chasse | Points forts | Inconvénients pour l’Inde | Coût unitaire estimé |
|---|---|---|---|
| Su-57 | Grande agilité, moteurs AL-41F1 | Furtivité incomplète, versions export downgradées | 80-100 millions $ |
| F-35 | Fusion de capteurs, logistique globale | Pas de transfert complet de technologie, risques liés au CAATSA | 110-130 millions $ |
| AMCA | Conception indigène, 50 % de furtivité | Retards de développement | 60-80 millions $ (prévisionnel) |
Le programme AMCA, lancé par le DRDO et l’ADA, mise sur un chasseur multirôle furtif bimoteur de 25 tonnes. Validé en mai 2025 par le Cabinet Committee on Security, il vise un premier vol de prototype en 2029 et une mise en service opérationnelle prévue pour 2035. Cette semaine, le programme a dévoilé ses premiers panneaux composites, essentiels pour l’absorption radar, mettant en avant sept avancées majeures dans les matériaux légers et furtifs. La compétition attire 28 entreprises privées, incluant des consortiums tels que Bharat Forge-BEML-Data Patterns et L&T-BEL, sous la conduite de HAL. La date limite pour les maquettes à l’échelle réelle est fixée au 30 septembre.
Pour le Dr Harinarayana, qui travaille aussi sur des concepts de 6e génération et d’appareils sans pilote, l’AMCA représente le « Tejas 2.0 », intégrant moteurs à cycle variable, électronique avionique pilotée par intelligence artificielle et armes à énergie dirigée. « Nous maîtrisons la technologie d’un chasseur de 6e génération sans pilote basé sur le UCAV Ghatak », révèle-t-il, suggérant que l’appui gouvernemental pourrait accélérer ces développements. Soutenir l’AMCA permettrait non seulement de combler le déficit actuel de l’IAF de 36 escadrons, mais aussi de créer un écosystème à même d’exporter vers les alliés du QUAD, contrairement à la dépendance étrangère induite par le Su-57.
Cette position s’inscrit dans un débat plus large : l’Inde a clairement fait savoir son refus d’acquérir les jets étrangers, préférant bâtir l’AMCA pour éviter le choix illusoire entre F-35 et Su-57. L’entrée en scène d’acteurs privés majeurs comme Tata et Kalyani, cherchant à soumettre leurs propres offres, renforce une dynamique où l’approche évolue de la simple acquisition de plateformes vers une logique intégrée de systèmes.