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Lors des derniers échanges du Dabolim Dialogues, le vice-amiral Sanjay Mahindru (retraité), ancien chef adjoint du personnel naval et expert en guerre sous-marine, a appelé la marine indienne à moderniser ses capacités de frappe sous-marine. Il préconise l’intégration de missiles tactiques hypersoniques à bord des futurs sous-marins du Projet-76, dépassant ainsi les trajets classiques des missiles balistiques lancés depuis des sous-marins (SLBM).

Face à l’évolution des menaces dans la région Indo-Pacifique, l’amiral a insisté sur la nécessité d’opter pour des missiles qui évitent les trajectoires prévisibles des SLBM traditionnels. Il s’est notamment inspiré du programme sud-coréen KS-III, visant à déployer des armes sous-marines innovantes. « La marine doit se doter de missiles ne suivant pas les trajectoires balistiques conventionnelles, capables d’offrir une véritable surprise tactique », a souligné Mahindru, mettant en avant l’importance d’armes hypersoniques agiles qui permettent de conserver un avantage stratégique tout en limitant la détection précoce.

Les Dabolim Dialogues, forum majeur organisé à l’INS Hansa pour débattre des questions de sécurité maritime, ont constitué le cadre de cette intervention suivie par des officiers en activité, des analystes de défense et des responsables industriels. Fort de son expérience à la tête de l’INS Shalki et du programme du sous-marin nucléaire Arihant, Mahindru donne un poids particulier à ses recommandations, alors que le Projet-76 s’apprête à obtenir l’aval du Comité de Sécurité du Cabinet pour la fabrication de six sous-marins diesel-électriques à propulsion indépendante de l’air (AIP) 100% indigènes.

Le Projet-76, qui vise à remplacer la classe Kalvari avec une plateforme polyvalente de 2 500 tonnes, devrait poser sa quille en 2028 et débuter les livraisons au début des années 2030. Les SLBM traditionnels, à l’image de ceux équipant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) Arihant, suivent une trajectoire balistique haute et parabolique que les satellites et radars à horizon lointain peuvent suivre, ce qui en limite l’efficacité dans des frappes tactiques. Mahindru a mis en lumière le programme KS-III sud-coréen, qui développe un missile hypersonique sous-marin non balistique avec des ogives manœuvrables offrant un vol à basse altitude et au ras de la mer, capable d’échapper aux systèmes de défense.

« Le KS-III nous montre la voie : des missiles tactiques hypersoniques lancés depuis des plateformes immergées, capables de traverser l’espace aérien ennemi sans révéler la signature caractéristique des SLBM », a expliqué Mahindru. Ces missiles, capables d’atteindre des vitesses supérieures à Mach 5 grâce à des planeurs ou une propulsion scramjet, permettraient aux sous-marins du Projet-76 d’exécuter des frappes précises sur des cibles côtières — aérodromes, centres de commandement ou bases navales — depuis des distances supérieures à 1 000 km, tout en restant indétectables dans les eaux littorales.

Cette intégration s’inscrit dans la continuité des développements hypersoniques du DRDO indien, notamment le HSTDV (Hypersonic Technology Demonstrator Vehicle) et une possible adaptation sous-marine du missile BrahMos-II. Contrairement aux arcs balistiques fixes, ces missiles effectuent des manœuvres imprévisibles, des plongeons propulsés et des accélérations en phase terminale, rendant inefficaces des systèmes d’interception tels que le S-400.

Type de missile Profil de trajectoire Vitesse/Portée Utilisation stratégique pour Projet-76
SLBM conventionnel Arc balistique en haute altitude Mach 10+ / 1 000+ km Dissuasion stratégique ; trajectoire prévisible
Missile tactique hypersonique Planeur manœuvrant à basse altitude Mach 5+ / 800-1 500 km Frappe tactique ; capacité d’évasion
Inspiré du KS-III Vol au ras de la mer avec impulsion hypersonique Mach 6+ / 500-1 000 km Lancements furtifs ; anti-accès

Mahindru a insisté sur la nécessité d’équiper les coques du Projet-76 de tubes lanceurs verticaux (VLS) adaptés, estimant qu’une modification limitée de 10 à 15 % de la structure suffirait pour intégrer ces charges hypersoniques plus fines.