Article de 1238 mots ⏱️ 6 min de lecture

La Chine a lancé la construction de son quatrième porte-avions, le Type 004, premier modèle à propulsion nucléaire, selon des analystes militaires confirmant cette avancée le 29 septembre. Doté de catapultes électromagnétiques et d’une aviation de pointe, ce navire est pensé pour rivaliser avec la classe Gerald R. Ford de la marine américaine.

Cette étape marque un défi direct au leadership naval des États-Unis et soulève de nouvelles inquiétudes en matière de sécurité dans la région indo-pacifique.

Le Type 004 chinois et la classe Gerald R. Ford partagent des technologies de dernière génération, notamment des systèmes de catapultes électromagnétiques – EMALS pour le Ford et un équivalent chinois. Tous deux dépassent les 100 000 tonnes de déplacement. Cependant, ils diffèrent en termes de maturité technologique et d’intégration des missions.

Chaque porte-avions est propulsé par énergie nucléaire : le Ford utilise deux réacteurs A1B fournissant plus de 700 mégawatts, tandis que le Type 004 devrait embarquer deux réacteurs à eau sous pression, d’une puissance combinée estimée entre 450 et 500 mégawatts. La classe Ford dispose d’une aviation embarquée d’environ 75 appareils, dont des chasseurs furtifs F-35C, des avions AWACS E-2D Advanced Hawkeye et des Growler EA-18G pour la guerre électronique.

Le Type 004 est attendu avec plus de 90 aéronefs, mettant l’accent sur la quantité avec des chasseurs lourds J-15T, des avions furtifs de cinquième génération J-35, des plateformes AEW KJ-600 et des systèmes sans pilote encore à venir. La classe Ford se distingue par un système avancé de freinage, des ascenseurs à armement très automatisés et un pont d’envol conçu pour gérer jusqu’à 160 sorties par jour dans des conditions opérationnelles accrues. Si le Type 004 ambitionne d’égaler ces performances, son efficacité opérationnelle dépendra de sa capacité à maîtriser les opérations complexes de pont, le soutien logistique en mer et le commandement intégré, domaines où la marine américaine conserve un net avantage institutionnel.

Les évaluations initiales des experts chinois estiment que le nouveau porte-avions déplacera entre 110 000 et 120 000 tonnes, le classant dans la catégorie des superporteurs haut de gamme. Sa construction a démarré au chantier naval de Dalian, où des images satellites et des fuites internes montrent l’assemblage modulaire du navire et la mise en place d’une infrastructure adaptée au lancement par catapulte.

Une fois opérationnel, le Type 004 devrait embarquer plus de 90 avions à voilure fixe, comprenant 24 à 30 chasseurs lourds J-15T lancés par catapulte et plus de 20 chasseurs furtifs multifonctions J-35 conçus spécifiquement pour les opérations embarquées et les missions d’attaque discrètes.

La propulsion nucléaire du bâtiment, une nouveauté sur un navire de surface chinois, reposerait sur une version navalisation du réacteur à eau pressurisée chinois Longwei, garantissant un rayon d’action quasi illimité. Cela permettra à la marine populaire chinoise d’étendre ses opérations au-delà des zones côtières, jusqu’au Pacifique, et potentiellement dans l’océan Indien et au-delà.

Avec un pont d’envol CATOBAR complet et une capacité à générer des sorties rapides, le Type 004 est conçu pour la projection prolongée de puissance, la défense aérienne de flotte et la maîtrise des espaces maritimes contestés, des qualités essentielles dans tout futur affrontement avec un adversaire de taille.

Les conséquences pour la marine américaine sont immédiates et majeures. Depuis des décennies, ses superporteurs imposent un contrôle incontesté des océans, soutenus par un réseau logistique sophistiqué, des ailes aériennes complètes et des groupes de combat intégrés. L’émergence d’un porte-avions nucléaire chinois à capacité comparable annonce le début d’une véritable compétition en haute mer.

Bien que les États-Unis conservent un avantage en expérience et en technologies avancées telles que le F-35C et l’E-2D Advanced Hawkeye, le développement rapide des porte-avions chinois menace de réduire cet écart.

Les analystes chinois précisent que le Type 004 sera escorté par les navires les plus modernes de la marine populaire, notamment les destroyers lance-missiles furtifs de type 055A/B, les frégates nouvelle génération Type 054B et les sous-marins nucléaires d’attaque Type 095, encore classifiés.

Ces forces permettront à la marine chinoise de déployer un groupe de combat porte-avions cohérent, moderne et performant, comparable aux formations des groupes de combat américains en termes de structure et de fonction.

Par rapport aux trois porte-avions précédents – Liaoning (Type 001), Shandong (Type 002) et Fujian (Type 003) – le Type 004 représente un saut technologique sans précédent.

Le Liaoning, un navire soviétique de classe Kuznetsov remis à neuf, est limité par son système de lancement par tremplin et sa propulsion à vapeur traditionnelle, ce qui en fait davantage une plateforme de formation qu’un porte-avions opérationnel. Le Shandong, de construction nationale, conserve la même configuration STOBAR avec les mêmes contraintes sur la charge utile et le nombre de sorties aériennes.

Le vrai progrès est venu avec le Fujian, Type 003, qui a introduit des catapultes électromagnétiques et un pont plat, rompant avec le traditionnel tremplin. Néanmoins, sa propulsion conventionnelle limite son autonomie et son rayon d’action. Le Type 004, lui, conjugue propulsion nucléaire, catapultes électromagnétiques, un solide groupe aérien et la capacité d’opérer durablement en haute mer.

Le Type 004 devrait mesurer entre 330 et 340 mètres, légèrement plus long que le Fujian (estimé à 316 mètres) et proche des dimensions des Gerald R. Ford américains (337 mètres). Le Liaoning et le Shandong mesurent environ 305 mètres, reflétant leurs limites en capacité aéronautique et opérations sur pont.

La taille accrue du Type 004 offre plus d’espace dans les hangars, deux ascenseurs aéronautiques et une meilleure logistique interne pour munitions, carburant et pièces détachées, permettant une cadence de sorties accrue.

Côté aviation, le groupe aérien projeté de plus de 90 appareils constitue un bond considérable par rapport aux porte-avions précédents. Le Liaoning et le Shandong embarquent chacun entre 36 et 44 avions, principalement des J-15, freinés par l’absence de catapultes. Le Fujian peut transporter de 60 à 70 aéronefs, notamment des plateformes AWACS et furtives grâce aux catapultes EMALS.

Seul le Type 004 combinera la propulsion nucléaire et le lancement par catapulte, autorisant des déploiements plus longs et un groupe aérien plus diversifié, incluant des avions lourds AEW&C KJ-600 et des drones de combat.

En résumé, le Type 004 n’est pas une simple évolution des porte-avions chinois, mais une plateforme de rupture. Il vise à égaler, voire surpasser, ses homologues américains avec ses dimensions accrues, son moteur nucléaire, son large groupe aérien et son système de lancement adapté aux aéronefs habités et non habités de nouvelle génération. Ce bâtiment ouvre à la Chine une nouvelle ère dans la maîtrise des océans.

Pour la marine américaine, ce développement marque l’apparition d’un concurrent quasi-égal en haute mer, remettant en cause son contrôle historique de la projection de puissance aéronavale.

Alain Servaes