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Dans un contexte de renforcement de l’autonomie des forces blindées indiennes, l’Organisation de Recherche et Développement pour la Défense (DRDO) accélère la mise au point d’une tourelle indigène destinée au char léger Zorawar, dont l’entrée en service est prévue d’ici deux ans. Ce projet, conduit en partenariat avec le Combat Vehicles Research and Development Establishment (CVRDE) et le groupe Larsen & Toubro (L&T), vise à remplacer la tourelle belge John Cockerill Defence (JCD), actuellement utilisée, afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’Inde face aux défis croissants sur ses frontières.

Dévoilé en 2024, le char Zorawar est une plateforme blindée de 25 tonnes conçue pour des opérations en haute altitude, notamment le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC). Après des essais initiaux réussis en terrain désertique, démontrant agilité et puissance de feu, les essais utilisateur sont programmés pour fin 2025 avec une induction opérationnelle prévue pour 2027. L’intégration d’une tourelle indigène représente une avancée majeure dans la réduction des dépendances extérieures, conformément à la politique Atmanirbhar Bharat.

La tourelle actuelle, la JCD 3105, équipée d’un canon rayé de 105 mm à haute pression adapté aux exigences indiennes, constituait une solution intermédiaire pragmatique depuis le lancement du programme. La nouvelle tourelle développée par la DRDO entend renforcer la capacité offensive du Zorawar en combinant des fonctions anti-aériennes et anti-terrestres grâce à une meilleure polyvalence. Parmi ses innovations, la prise en charge des missiles guidés antichars (ATGM) lancés depuis le canon pour des frappes de précision longue portée face aux véhicules blindés adverses, ainsi que des munitions intelligentes multi-usages adaptées aux environnements de combat évolutifs. Ce dispositif est conçu pour contrer efficacement les drones (UAV) ainsi que les chars légers concurrents comme le Type 15 chinois, répondant ainsi aux vulnérabilités mises en lumière lors des affrontements de Galwan en 2020.

Modulaire et développé au sein d’une collaboration impliquant petites et moyennes entreprises ainsi que des industriels de la défense indiens, cette tourelle ouvre également des perspectives d’exportation et de rapide évolutivité. « Cette tourelle indigène accroîtra la polyvalence opérationnelle du char, garantissant son adaptabilité face aux menaces de nouvelle génération », souligne le projet collectif, tout en restant discret sur des détails techniques tels que le calibre exact ou le niveau d’automatisation. La transition depuis la tourelle JCD, dont la fabrication locale par Electro Pneumatics & Hydraulics à Pune est planifiée pour 2027, permet de réduire les coûts et de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement dans un contexte de tensions mondiales.

Le déroulement exact du programme reste toutefois entouré d’incertitudes : la tourelle DRDO est-elle une initiative isolée ou s’appuie-t-elle sur des prototypes développés par le secteur privé, notamment la Kalyani Group ? La division Kalyani Strategic Systems Ltd. (KSSL) a présenté début 2025 une tourelle indigène de 105 mm intégrant un système automatisé de gestion des munitions et une interface de tir numérique innovante, se posant en concurrent crédible pour l’équipement des chars légers. Dès 2023, Kalyani avait annoncé son ambition de disputer avec la DRDO le contrat portant sur les 354 exemplaires du Zorawar, s’appuyant sur son expertise en artillerie et systèmes blindés.

Les analyses défensives évoquent des synergies possibles, envisageant une collaboration entre DRDO et Kalyani pour la co-conception du canon et de la tourelle, dans la continuité de joint-ventures antérieures. Néanmoins, les sources officielles insistent sur le rôle central du duo CVRDE-L&T sans mention directe de Kalyani. Cette dualité reflète les tensions institutionnelles dans la recherche et développement indienne en matière de défense, entre innovation étatique et agilité du secteur privé. Comme l’a résumé un expert sur la plateforme X, « DRDO collabore avec Kalyani pour la tourelle et le canon indigènes du Zorawar », suggérant une convergence tout en restant non confirmée officiellement.

Le développement du Zorawar répond à un besoin urgent : les chars lourds classiques comme le T-90 et l’Arjun peinent à évoluer efficacement dans les conditions extrêmes du Ladakh où la haute altitude et la logistique complexifient leur emploi. L’armée indienne se tourne ainsi vers des véhicules plus légers et transportables par voie aérienne (quatre avions C-17 peuvent acheminer un peloton rapidement vers Kargil). Propulsé par un moteur Cummins de 760 ch (avec des variantes indigènes entre 800 et 1 000 ch en développement) et doté d’un blindage composite modulaire, le char promet une vitesse de 70 km/h et un armement complémenté par des missiles antichars.