Dans une montée en puissance audacieuse de sa stratégie de défense spatiale, l’Inde développe des satellites armés innovants inspirés du concept de « poupées russes », destinés à être déployés en orbite terrestre basse (LEO). Ces systèmes sophistiqués pourraient libérer de plus petits sous-satellites capables de neutraliser des dizaines d’actifs militaires ennemis en cas de conflit. Face à la constellation PIESAT pakistanaise, nouvellement annoncée et identifiée comme une cible prioritaire, cette évolution marque une nouvelle étape dans la rivalité spatiale en Asie du Sud, mêlant haute technologie et dissuasion stratégique.
Ce programme est né d’un récent incident orbital révélant les vulnérabilités du réseau satellitaire indien. Il y a quelques semaines, un engin spatial indien a frôlé la collision avec un satellite en manœuvre appartenant vraisemblablement au Pakistan, déclenchant des appels urgents pour renforcer la surveillance spatiale.
En réponse, le gouvernement indien a accéléré le développement de « satellites gardiens » chargés d’accompagner et de protéger des actifs critiques, tels que les satellites de reconnaissance et de communication. Conçus en collaboration avec des start-ups privées et l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO), ces satellites intégreront des capteurs avancés pour la détection des menaces et disposeront d’une capacité de manœuvre pour intercepter d’éventuels agresseurs.
Cette initiative a ensuite évolué vers des plateformes offensives basées sur le concept des « poupées russes ». S’inspirant des systèmes russes Kosmos 2542/2543, où un satellite principal déploie des sous-unités armées, la version indienne permettra à un seul lanceur en orbite basse de mettre en œuvre plusieurs intercepteurs agiles.
Chaque niveau pourra embarquer différents armements : projectiles cinétiques, armes à énergie dirigée, ou charges cybernétiques visant à neutraliser ou détruire les cibles tout en limitant la production de débris spatiaux, conformément aux normes internationales sur la durabilité dans l’espace. Le déploiement est prévu entre 2028 et 2030, en lien avec la volonté accrue de l’Inde pour l’autonomie spatiale, portée notamment par le programme humain Gaganyaan et l’Agence de Défense Spatiale (DSA).
Ce n’est pas la première incursion de l’Inde dans le domaine des armes anti-satellites. Le test Mission Shakti de 2019 avait démontré la capacité de destruction au sol d’un satellite indien en orbite basse, rejoignant ainsi les États-Unis, la Russie et la Chine au sein du club restreint des nations ASAT.
Cependant, les systèmes orbitaux comme les « poupées russes » offrent une réponse persistante et disponible à la demande, réduisant la dépendance aux lancements de missiles coûteux et limitant les risques d’escalade.
Au cœur de ces tensions figure la constellation ambitieuse PIESAT du Pakistan, issue d’un contrat de 406 millions de dollars signé avec la société chinoise PIESAT début septembre 2025.
Ce partenariat, conduit par la Commission pakistanaise de l’espace et de la haute atmosphère (SUPARCO), prévoit le lancement de plus de 20 satellites d’imagerie haute résolution et de communication en orbite entre 500 et 600 km, une zone privilégiée en orbite basse. Destinée à l’observation terrestre en temps réel, à la surveillance maritime dans l’Indo-Pacifique et aux communications sécurisées, la constellation PIESAT comble des lacunes essentielles dans l’architecture du renseignement pakistanais, offrant une capacité potentielle de suivi permanent des mouvements militaires indiens.
Pour l’Inde, PIESAT représente une menace à double usage : sous couvert d’imagerie civile, se cache un outil de reconnaissance militaire, rappelant les inquiétudes suscitées par la série chinoise Yaogan. Les analystes craignent qu’en cas de conflit, par exemple au Cachemire ou en mer d’Arabie, ces satellites puissent guider des frappes de précision ou brouiller les signaux GPS indiens. Le recours de Islamabad à la Chine pour se procurer des missiles anti-satellites alarme également New Delhi, face à la volonté pakistanaise d’émuler la réussite de 2019.
Face à cela, les « poupées russes » indiennes constituent un essaim évolutif capable de cibler et de neutraliser la constellation PIESAT en orbite. L’incident proche, évoqué dans les cercles de défense, impliquait un satellite pakistanais effectuant une manœuvre non autorisée à proximité d’un actif indien, perçue comme une intimidation dans le contexte des affrontements frontaliers. Cette tactique de « coupe-salami » spatiale, calquée sur des méthodes terrestres, a conduit New Delhi à investir 5 000 crores de roupies dans la division défense orbitale de la DSA.
Le concept des « poupées russes » repose sur la modularité. Un satellite porteur, de la taille d’une petite voiture, est lancé en orbite basse par les lanceurs ISRO PSLV ou GSLV Mk-III. Lorsqu’une menace est détectée via ses radars et capteurs optiques embarqués, il déploie successivement des sous-unités de tailles décroissantes — allant de brouilleurs gros comme un pamplemousse à des intercepteurs cinétiques de la taille d’une balle.
Ces sous-satellites, propulsés par des moteurs ioniques leur permettant des manœuvres précises de rapprochement ou d’impact, seraient capables de neutraliser jusqu’à 50 cibles par groupe, submergeant des constellations comme PIESAT par leur nombre.
L’avantage indien repose sur des technologies locales : autonomie pilotée par intelligence artificielle développée par les Instituts Indiens de Technologie (IIT), revêtements furtifs en métamatériaux issus du Département de Recherche et Développement pour la Défense (DRDO), ainsi que la propulsion hybride de start-ups comme Skyroot Aerospace. Contrairement aux prototypes russes encombrants, les systèmes indiens privilégient des impacts cinétiques générant peu de débris et des outils cyber réversibles, conformément aux traités internationaux sur l’espace.
Les essais pourraient s’appuyer sur les simulations prévues dans le prochain rapport d’évaluation de la situation spatiale (SSAR), avec une capacité opérationnelle complète attendue d’ici 2032.