L’Aeronautical Development Agency (ADA) a récemment présenté les premiers panneaux composites développés pour le programme indien Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), lors d’un épisode du podcast « Ctrl + Alt + Defence » diffusé le 28 septembre 2025. Cette révélation offre un aperçu concret des avancées du futur chasseur furtif de cinquième génération, soulignant l’importance croissante des matériaux composites légers et fabriqués localement pour améliorer les capacités aériennes.
Le programme AMCA, approuvé en mai 2025 par le Cabinet Committee on Security, vise un premier vol de prototype en 2029 et une mise en service opérationnelle en 2035. L’un des axes majeurs de sa conception repose sur l’intégration d’environ 38 à 40 % de composites dans la structure de l’appareil. Cet objectif vise à réduire la masse, optimiser la consommation de carburant et diminuer la signature radar grâce à des structures absorbantes. L’ADA, agence principale relevant du DRDO, travaille discrètement sur ces matériaux depuis la phase conceptuelle, en collaboration avec des entreprises privées comme Azista Composites pour le prototypage.
Une image tirée du segment diffusé dévoile un exemplaire préliminaire : un large panneau en courbe, recouvert d’une couche d’apprêt jaune vif, évoquant l’aspect brut des premières pièces en aéronautique. Des rangées de rivets et boulons, alignés avec précision, renforcent les joints et témoignent de tests d’assemblage axés sur la durabilité. De légères inscriptions, probablement des jauges de contrainte ou des identifiants matériaux, ornent la surface, tandis que des soudures et recouvrements suggèrent des techniques hybrides d’assemblage métal-composite. Ce panneau, d’environ un mètre, pourrait correspondre à une section du fuselage ou à la racine d’aile.
Si cette image manque de flamboyance, elle est riche en enseignements. La teinte jaune est typique des prototypes non finis, facilitant la détection de défauts comme la délamination ou les vides dans la matrice en polymère renforcé de fibres de carbone (CFRP). Le recours massif à des fixations mécaniques atteste d’une conception en phase d’expérimentation, privilégiant la robustesse avant d’explorer l’intégration automatisée par co-cuisson. L’absence de défauts visibles indique un processus de pose et de durcissement réussi dans les installations contrôlées de l’ADA.
Ce panneau illustre parfaitement la montée en puissance de l’industrie composite indienne. Les améliorations validées en soufflerie par l’ADA se traduisent par des composants pouvant rivaliser avec les structures du F-35 en termes d’économies de poids — environ 20 à 30 % plus légers que les alliages classiques. Les traces visibles de leur conception caractérisent un « travail en cours », illustration d’une transparence bienvenue dans le développement. Après des retards moteurs et des débats budgétaires, cette étape confirme que l’évolution de la cellule est bien engagée.
Cependant, des défis subsistent. La production de composites exige un contrôle qualité impeccable : une micro-fissure unique peut provoquer une défaillance à pleine vitesse de croisière supersonique (Mach 1,5). Par ailleurs, la couche verte évoquée lors des présentations antérieures, intégrant des métamatériaux non toxiques, devra être compatible avec les prises d’air serpentines et les compartiments internes pour que le projet atteigne son plein potentiel de furtivité. Globalement, cette avancée concrète signe un saut qualitatif en matière de furtivité.
Alors que le secteur privé intensifie ses candidatures pour devenir partenaire dans le développement de la cellule, les panneaux composites de l’ADA ouvrent la voie à un écosystème estimé à 15 000 crores de roupies (~1,8 milliard d’euros) impliquant HAL et de nombreuses startups.
Dans un contexte régional où le Pakistan s’oriente vers le chasseur chinois J-35 et où la Chine poursuit l’évolution de son J-20, l’avantage offert par les composites de l’AMCA pourrait réduire l’écart technologique, permettant des frappes en profondeur et des tactiques de saturation. D’ici 2027, des prototypes structurels seront soumis à des tests extrêmes pour valider la résistance de ces panneaux, conformément à la feuille de route du programme.