Le géant finlandais ICEYE propose à l’Inde le déploiement de ses satellites radar à synthèse d’ouverture (SAR) de quatrième génération (Gen4), offrant une résolution ultra haute définition. Cette technologie de pointe pourrait transformer les capacités de défense, de renseignement et de gestion des catastrophes dans un contexte régional marqué par des enjeux sécuritaires croissants.
Basée à Helsinki, ICEYE est une entreprise pionnière dans la micro-satellite SAR. Sa plateforme Gen4, présentée début 2025, représente le sommet de l’imagerie orbitale commerciale. Lancés en juin 2025 lors de la mission Transporter-14 de SpaceX, les satellites Gen4 délivrent des images radar d’une résolution inédite, jusqu’à 16 cm, surpassant ainsi les générations précédentes et rivalisant avec les systèmes optiques en termes de clarté. Cette performance est rendue possible grâce à l’intégration d’antennes à réseau phasé sophistiquées et au traitement par intelligence artificielle, permettant de détecter avec précision de petits détails comme les types de véhicules ou des anomalies sur les infrastructures, même à travers les nuages, la nuit ou par mauvais temps.
Conçus pour des constellations extensibles, les satellites Gen4 sont parfaitement adaptés à une couverture de vastes zones, ce qui en fait un outil idéal pour les applications de sécurité nationale. Chaque satellite peut capturer jusqu’à 500 images par jour sur une bande orbitale large de 2 000 km, avec un corridor à haute résolution de 400 km dédié à la surveillance ciblée. Cette capacité permet de suivre, par exemple, un groupe aéronaval entier dans la mer d’Arabie ou d’observer en détail une zone frontalière contestée comme la Ligne de Contrôle Réelle indienne, en une seule orbite, tout en assurant des revisites fréquentes sur des zones critiques toutes les quelques heures.
Pour l’Inde, cette proposition arrive à un moment stratégique. L’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO) intensifie ses efforts en matière de SAR avec la série RISAT, tandis que des acteurs privés comme Pixxel renforcent l’écosystème spatial national. Les partenariats internationaux restent essentiels pour combler certaines lacunes technologiques. La persistance d’imagerie tout temps de Gen4 pallie notamment les limites de la reconnaissance optique, un atout crucial face à la constellation PIESAT du Pakistan ou aux activités navales chinoises dans l’océan Indien. Des analystes militaires soulignent aussi le potentiel d’intégration de ces données avec l’Agence de l’espace de défense indienne (DSA), pour améliorer l’évaluation en temps réel des dommages de combat ou le suivi des mouvements des troupes le long de la LAC.
En outre, dans un pays régulièrement frappé par des cyclones et des inondations, la capacité de Gen4 à fournir des images rapides peut renforcer considérablement la réponse aux catastrophes, conformément aux objectifs de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA) visant à déployer des systèmes d’alerte basés sur l’espace. ICEYE affiche un solide carnet de commandes international, avec plus de 300 clients dont plusieurs agences américaines, et des contributions reconnues lors du conflit en Ukraine ou pour la surveillance des feux de forêt.
Ce qui distingue cette offre, c’est la solution clé en main proposée par ICEYE : achat et lancement des satellites via des plateformes fiables comme le PSLV de l’ISRO, déploiement orbital, mise en place de stations au sol, formation des opérateurs, ainsi que des mises à jour logicielles permanentes. Le constructeur finlandais garantit une opérationnalité complète dans les 12 mois suivant la conclusion du contrat, évitant ainsi les délais habituellement très longs des programmes sur mesure.
Proposée à un prix compétitif pour des opérateurs commerciaux, cette solution inclut des canaux sécurisés de transmission de données conformes aux exigences de souveraineté numérique indienne, un point sensible dans un contexte géopolitique complexe. « Gen4 n’est pas seulement un matériel, c’est un accélérateur de capacités souveraines », a commenté le responsable Asie-Pacifique d’ICEYE, évoquant également des opportunités de co-développement avec des entreprises locales telles que Tata Advanced Systems.
Alors que l’Inde prévoit d’investir 10 000 crores de roupies dans la défense spatiale d’ici 2030, Gen4 pourrait ouvrir la voie à des constellations hybrides combinant technologies étrangères et lancements nationaux. Ce mouvement s’inscrit dans la continuité d’accords récents comme le cadre iCET entre les États-Unis et l’Inde, tout en répondant à la domination chinoise dans le domaine des satellites SAR avec la série Gaofen. Toutefois, des interrogations subsistent concernant les contrôles à l’exportation et les transferts technologiques, des défis qu’ICEYE, appuyée par ses racines européennes, semble prête à relever.