À Fort Sill, Oklahoma, les élèves du seul centre de formation conjoint du Département de la Guerre dédié à la lutte contre les menaces aériennes s’entraînent sur une cible surprenante : des ballons attachés à de petits drones, souvent plus difficiles à abattre que les drones eux-mêmes.
Les drones évoluent à des vitesses équivalentes à celles de voitures de course, ce qui rend leur neutralisation particulièrement ardue pour un opérateur au sol. Au sein de la Joint Counter-Small Unmanned Aircraft System University (JCU), les stagiaires utilisent des dispositifs portables intelligents afin d’améliorer leurs chances de toucher leur cible.
Dronebuster et Smart Shooter sont deux systèmes portables complémentaires qui composent une défense à plusieurs niveaux, combinant guerre électronique et intervention cinétique pour faciliter la tâche du tireur.
Les stagiaires découvrent une large gamme de drones ainsi que les systèmes spécifiques à chaque arme des forces armées pour les contrer. Néanmoins, le Dronebuster et le Smart Shooter figurent parmi les rares équipements employables par des militaires en patrouille ou ceux assurant la protection des tours de surveillance.
Comment fonctionnent ces dispositifs en tandem ?
Lorsqu’une présence de drone est signalée, le Dronebuster se déploie comme un système de détection active. Il scanne la zone à la manière d’une arme, et une fois la cible hostile identifiée, l’opérateur appuie sur un bouton pour perturber les communications entre le drone et son télépilote via des émissions de guerre électronique.
« Cela commence à brouiller les commandes et contrôle, coupant le lien entre le drone et son opérateur », explique Paul Bliefernich, instructeur au JCU.
Le drone est alors immobilisé en vol stationnaire. C’est à ce moment qu’un second opérateur entre en action avec le Smart Shooter, un système optique fixable sur une arme qui ajuste de manière automatique le tir.
« Contrairement à une arme classique qui tire dès que la détente est actionnée, le Smart Shooter calcule et déclenche le tir uniquement lorsque la probabilité de toucher la cible est optimale », décrit Fred Hill, superviseur du cours opérateurs au JCU.
Lorsque le tireur choisit son objectif, il appuie sur un bouton de verrouillage puis presse la détente. Le dispositif ne tire pas immédiatement ; son ordinateur affiche un réticule dans la lunette que l’opérateur doit aligner avec la cible. Le tir se déclenche uniquement lorsque le calcul indique une bonne chance de succès.
Le temps nécessaire varie de quelques secondes à deux minutes, car le système intègre de nombreux paramètres pour optimiser la précision.
Pour des raisons de coût, les stagiaires ne tirent pas directement sur des drones opérationnels. Ils s’exercent plutôt sur des ballons fixés à ces drones, qui constituent une cible plus petite et plus difficile à toucher.
« Les ballons sont plus complexes à atteindre que le drone lui-même », précise Fred Hill. « En fin de stage, nous réalisons également des exercices sur les drones pour parfaire leur entraînement. »
« Cela demande beaucoup de temps et de pratique », ajoute Paul Bliefernich.
Avant le tir réel, les stagiaires s’exercent dans un laboratoire de réalité virtuelle, une méthode à la fois économique et plus sécurisée.
« Cela permet aux soldats, aviateurs et marins de se familiariser avec le matériel avant de commencer les séances de tir au sol », souligne le sergent de première classe Alan Buhl, instructeur au JCU.
Le centre de formation ne se limite pas à enseigner le maniement de ces dispositifs portables. Il forme aussi aux systèmes fixes de lutte contre les petits drones, à l’élaboration de stratégies, à la formation des équipes et à la protection globale des installations face aux menaces futures.
La Joint Counter-Small Unmanned Aircraft System University est opérationnelle depuis 2023. Située à Fort Sill, elle bénéficie de la proximité de l’Army Field Artillery School, de l’Army Air Defense Artillery School, de la 75th Fires Brigade et de la 31st Air Defense Artillery Brigade, unités engagées depuis longtemps dans le développement des contremesures face à la menace des drones.