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New York. L’Inde a vivement critiqué samedi 27 septembre le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif pour ses propos sur le Cachemire et le traité des eaux de l’Indus, l’accusant de faire l’apologie du terrorisme et de se livrer à des « théâtralités absurdes » lors de son discours à la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU).

La réponse indienne à la prétendue « victoire » de Islamabad lors du conflit du 7 au 10 mai a été cinglante. Petal Gahlot, première secrétaire de la mission permanente de l’Inde auprès des Nations unies, a rappelé devant l’AGNU que les images des bases aériennes détruites et des infrastructures militaires endommagées suite à l’Opération Sindoor dressent un tout autre tableau.

« L’événement marquant a été la destruction de plusieurs bases aériennes pakistanaises par les forces indiennes. Ces images sont d’ailleurs accessibles au public », a souligné Petal Gahlot. « Si des pistes d’atterrissage détruites et des hangars calcinés ressemblent à une victoire, comme le prétend le Premier ministre pakistanais, alors le Pakistan peut bien s’en réjouir. »

Shehbaz Sharif avait vanté devant l’ONU la prétendue victoire de son pays dans l’escalade militaire de mai. « Nous avons gagné la guerre, et maintenant nous cherchons à gagner la paix dans notre région. Le Pakistan est prêt pour un dialogue global, complet et orienté vers des résultats avec l’Inde sur toutes les questions en suspens », avait-il affirmé.

Cette version a été rejetée par Petal Gahlot qui a précisé : « Le Premier ministre pakistanais a aussi avancé un récit bizarre du récent conflit avec l’Inde. Jusqu’au 9 mai, le Pakistan menaçait encore d’attaques supplémentaires ; mais le 10 mai, son armée a directement demandé un cessez-le-feu. »

Elle a rappelé que le Pakistan portait une nouvelle fois la responsabilité d’une attaque terroriste contre des civils indiens et que New Delhi avait réagi avec fermeté pour protéger sa population. « Comme par le passé, le Pakistan est responsable d’une attaque terroriste contre des civils innocents en Inde. Nous avons exercé notre droit légitime à défendre notre peuple et avons traduit en justice les organisateurs et les auteurs. »

Des images irréfutables de terroristes tués

La diplomate indienne a également évoqué les preuves photographiques des frappes ciblées contre des camps terroristes au Pakistan lors de l’Opération Sindoor. « Une image vaut mille mots. Nous avons montré de nombreuses photos de terroristes tués dans les complexes de Bahawalpur et Muridke, frappés par les forces indiennes. Lorsque des hauts responsables militaires et civils pakistanais glorifient publiquement ces terroristes notoires, il n’y a plus de doute sur la nature réelle du régime. »

« Théâtralités absurdes » à l’Assemblée générale

Shehbaz Sharif a aussi abordé la question du Cachemire, tentant de présenter le Pakistan comme le vainqueur de l’escalade de mai. L’Inde a répliqué en qualifiant ses propos de « théâtralités absurdes ». Petal Gahlot a dénoncé « la glorification du terrorisme, qui reste une pierre angulaire de la politique étrangère pakistanaise ». Elle a rappelé que, quelques jours auparavant, le Pakistan avait protégé The Resistance Front, un groupe terroriste parrainé par Islamabad, après le massacre de 26 civils à Pahalgam, au Cachemire, survenu quelques jours plus tôt.

Exigence de mesures concrètes

Si le Premier ministre pakistanais a évoqué la paix, l’Inde, par la voix de sa diplomate, a précisé que la voie vers la stabilité est claire à condition que le Pakistan démantèle son infrastructure terroriste. « Si le Premier ministre est sincère, alors le chemin est net : le Pakistan doit immédiatement fermer tous les camps terroristes et remettre à l’Inde les terroristes recherchés. »

Elle a aussi ironisé sur le fait qu’un pays « en proie à la haine, à l’intolérance et à l’ostracisme » puisse donner des leçons à l’Assemblée générale sur des questions de foi. « Le discours politique et public pakistanais reflète sa véritable nature. Un regard dans le miroir leur ferait grand bien. »

Pas d’intervention d’un tiers

L’Inde a rappelé qu’aucune tierce partie ne devait s’immiscer dans ses différends avec le Pakistan. Petal Gahlot a affirmé : « L’Inde et le Pakistan ont depuis longtemps convenu de régler tout problème en suspens directement entre eux. Il n’y a pas de place pour un tiers dans ces discussions. C’est une position nationale constante. »

Shehbaz Sharif avait cependant attribué le cessez-le-feu à « une position de force » du Pakistan, remerciant le président américain Donald Trump pour son rôle « audacieux et visionnaire » dans ce processus. L’Inde a toujours soutenu que l’accord de cessation des hostilités résultait de discussions directes entre les directeurs généraux des opérations militaires des deux pays.

Contexte de l’Opération Sindoor

La réplique ferme de l’Inde à l’ONU intervient dans le contexte de l’Opération Sindoor, menée le 7 mai en représailles à l’attaque terroriste du 22 avril à Pahalgam, au Cachemire, qui avait fait 26 morts civils. À ce moment-là, les forces indiennes ont diffusé des images satellites haute résolution et des vidéos montrant les dégâts importants causés aux infrastructures militaires pakistanaises, notamment des camps terroristes à Muridke et Bahawalpur, ainsi que les radars et bases aériennes.

Lors d’une conférence de presse en mai, le maréchal de l’air AK Bharti, directeur général des opérations aériennes, avait présenté des images de la base aérienne Nur Khan à Rawalpindi en flammes après une explosion massive, ainsi que des vidéos montrant la piste de l’aérodrome de Rahim Yar Khan inutilisable à la suite de tirs de missiles. Il avait également détaillé des frappes précises contre des installations radar, des dépôts d’armes et des centres de commandement, y compris près du cantonnement de Malir à Karachi.

L’Opération Sindoor a détruit plusieurs camps terroristes des groupes Lashkar-e-Taiba (LeT), Jaish-e-Mohammad (JeM) et Hizbul Mujahideen, tuant plus de 100 terroristes.

Petal Gahlot a rappelé que le Pakistan avait protégé « un groupe terroriste parrainé par le Pakistan » au Conseil de sécurité de l’ONU après le massacre de touristes au Jammu-et-Cachemire. Selon elle, « ce Pakistan, qui a longtemps abrité et exporté le terrorisme, n’éprouve aucune honte à avancer les récits les plus absurdes pour le justifier. » Elle a souligné que le pays avait abrité Oussama Ben Laden pendant dix ans, tout en prétendant coopérer dans la lutte antiterroriste, et que ses ministres avaient récemment admis avoir fait fonctionner ces camps terroristes pendant des décennies.

La question du Cachemire

Comme chaque année, Sharif a évoqué la situation du Cachemire dans son intervention, affirmant son soutien aux populations locales et promettant qu’un jour « la tyrannie indienne au Cachemire prendra fin ». Il a réaffirmé son appui au « droit fondamental à l’autodétermination du Cachemire par le biais d’un plébiscite impartial sous l’égide des Nations unies ».

Il a aussi assuré que le Pakistan condamnait le terrorisme « sous toutes ses formes et manifestations » et a accusé des groupes soutenus de l’étranger, comme le Tehreek-e-Taliban Pakistan et l’Armée de libération du Baloutchistan, de porter atteinte à la sécurité de son pays. Il a appelé à bannir le discours de haine, les discriminations et la violence envers toute personne ou religion.

Ces propos ont été rejetés par l’Inde, qui y voit de simples tentatives pour masquer le rôle de son voisin dans le soutien au terrorisme transfrontalier.

Problématique du traité des eaux de l’Indus

Sharif a également accusé l’Inde de violer le droit international en suspendant sa participation au traité des eaux de l’Indus après l’attaque terroriste de Pahalgam en avril. Il a averti qu’en cas de violation, le Pakistan considérerait cela comme un acte de guerre.

De son côté, l’Inde a suspendu sa participation à ce traité, signé en 1960 sous la médiation de la Banque mondiale, en réponse au soutien pakistanais au terrorisme. New Delhi a précisé que ce traité ne serait rétabli que si Islamabad prend des mesures vérifiables pour mettre un terme aux violences transfrontalières.

Conclusion

Petal Gahlot a résumé la position indienne en qualifiant le discours de Shehbaz Sharif à l’ONU de « théâtralités absurdes » visant à glorifier le terrorisme, dénonçant un double discours et insistant sur la nécessité que le Pakistan agisse réellement pour la paix régionale.