Face à la multiplication des menaces posées par les essaims de drones, l’Armée indienne explore activement des solutions innovantes en transformant des véhicules terrestres sans pilote (UGV) en plateformes mobiles de lutte anti-drones. Tirant les enseignements du conflit de quatre jours avec le Pakistan en mai 2025, nommé Opération Sindoor, les stratèges militaires affinent des concepts d’UGV capables d’opérer de façon autonome, de neutraliser les drones hostiles et de former des réseaux protecteurs autour des zones sensibles. Selon des sources proches du dossier, l’Armée identifie les limites des défenses anti-aériennes fixes et équipées d’équipage, et voit dans ces UGV une solution flexible et téléopérée complémentaire aux systèmes de défense aérienne, notamment dans les régions frontalières vastes et fragiles.
Les affrontements de 2025 entre l’Inde et le Pakistan ont marqué la première bataille à grande échelle impliquant des drones entre deux puissances nucléaires. Le conflit a débuté avec des frappes de précision indiennes contre des infrastructures terroristes dans le Cachemire sous contrôle pakistanais, puis s’est intensifié avec l’« Opération Bunyaan al-Marsoos » lancée par le Pakistan, consistant à déployer entre 300 et 500 drones sur 36 sites le long de la Ligne de Contrôle (LoC).
Ces essaims comprenaient des modèles d’origine turque YiHA-III, les Asisguard Songar ainsi que des CH-4 chinois. Ils servaient non seulement à des frappes directes, mais aussi à sonder et saturer les défenses aériennes indiennes, y compris les systèmes sophistiqués S-400. Les forces indiennes ont intercepté des centaines de drones grâce aux munitions à effet de recherche israéliennes Harop et aux canons anti-aériens L-70 hérités, mais ont rencontré des difficultés à couvrir efficacement des zones aussi étendues. Le conflit a montré que les essaims pouvaient saturer les défenses, brouiller les radars et collecter des renseignements électroniques (ELINT), obligeant l’Armée à utiliser des intercepteurs coûteux contre des cibles peu précieuses.
Les retours d’expérience de l’Opération Sindoor ont été déterminants pour la conception de ces UGV. Il apparaît que les incursions de drones pakistanais ont pu pénétrer profondément le territoire indien, sollicitant les défenses aériennes et mettant en lumière les faiblesses des systèmes statiques, impossibles à déployer partout sur les 3 300 kilomètres de la LoC. « Il n’est pas viable de maintenir une grille anti-aérienne avec équipage sur tous les points critiques — que ce soit les postes en haute altitude au Ladakh ou les zones boisées du Nord-Est », a expliqué une source militaire. « Les UGV apportent la mobilité ; ils peuvent être redéployés à distance en fonction du renseignement en temps réel, formant des grilles dynamiques autour d’actifs sensibles comme les bases avancées ou les lignes de ravitaillement. » L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) permettrait à ces UGV de détecter, suivre et engager de façon autonome les essaims de drones en combinant des moyens soft-kill (brouillage et tromperie) et hard-kill (intercepteurs cinétiques ou armes à énergie dirigée).
Ce système UGV s’inscrit dans la stratégie plus large de l’Armée pour les systèmes de lutte contre les drones (C-UAS), comme le montre la demande d’informations (RFI) lancée en mai 2025 pour l’acquisition de systèmes C-UAS terrestres, sous la Procédure d’Acquisition de Défense (DAP-2020). Cette demande vise des solutions intégrées avec au moins 50 % de composants nationaux, comprenant des drones intercepteurs capables de gérer des essaims (jusqu’à 10 drones par système, charge explosive de 200 g, portée de 5 km), des brouilleurs large bande (100-8000 MHz, portée 2 km) et une priorisation des menaces fondée sur l’IA. Si ces systèmes sont principalement aériens, l’Armée projette de les adapter aux UGV pour leur mobilité terrestre, en y installant des stations de tir télécommandées (RCWS) ou des armes laser sur des plateformes comme le robot Daksh ou Mul du DRDO. Ces UGV pourraient créer des « grilles défensives » interconnectées via des réseaux maillés, patrouillant de manière autonome autour des périmètres et réagissant aux incursions d’essaims sans exposer de personnels.
Cette initiative s’appuie sur des partenariats en cours avec le secteur privé, notamment celui scellé en juin 2025 pour des drones anti-essaims à faible coût (moins de 500 dollars l’unité), dotés d’explosifs activables à proximité pour neutraliser les munitions à effet de recherche. L’intégration de telles technologies sur des UGV renforcerait la polyvalence de ces systèmes, leur permettant d’opérer dans des terrains variés, des déserts aux zones de haute altitude jusqu’à 4 400 mètres. L’accent mis sur l’autonomie répond également aux enjeux de disponibilité en personnel : les UGV sont capables de géofencing, disposent de communications sécurisées pour éviter le piratage, et sont munis d’interfaces SIG pour le commandement et le contrôle. Les sources soulignent que, suite à l’opération Sindoor, les systèmes ont été renforcés contre les moyens de guerre électronique, une réponse nécessaire après que les drones pakistanais aient exploité des failles dans les brouillages pour abattre des actifs indiens, ce qui confirme la nécessité de systèmes mobiles et résilients en C-UAS.