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Dr K. Rajalakshmi Menon, directrice générale de l’Aviation civile indienne (DGAC) et figure majeure de la recherche aéronautique, a rappelé avec force que la souveraineté technologique réelle reste inaccessible sans moteurs à forte poussée développés localement. Selon elle, malgré la conception d’aéronefs et l’indigénisation des systèmes avioniques ou des missiles, « sans moteur propre, la souveraineté de l’avion et de sa technologie demeure incomplète ».

Ce constat met en lumière une lacune persistante dans la quête d’autonomie stratégique de l’Inde, où les cellules d’avions et les systèmes d’armes ont progressé rapidement, tandis que la technologie de propulsion demeure un maillon faible, maintenant souvent les plateformes dépendantes de fournisseurs étrangers et exposées aux risques géopolitiques.

La priorité immédiate identifiée par le Dr Menon est le développement d’un moteur de chasse à haute poussée pour l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), le futur avion furtif indien de cinquième génération. Ce moteur, qui devrait fournir une poussée de l’ordre de 110 à 120 kN avec postcombustion — dépassant les 98 kN du moteur General Electric F414 du premier prototype AMCA Mk1 — permettrait de disposer du supercroisement, d’une meilleure manœuvrabilité et de coûts de cycle de vie réduits.

Le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), sous l’égide de l’Organisation de Recherche et de Développement de la Défense (DRDO), mène ce projet en s’appuyant sur les dérivés du moteur Kaveri. Des collaborations avec des partenaires internationaux comme Safran sont en cours pour le transfert de technologies, mais le Dr Menon souligne l’urgence d’accélérer les phases de prototypage et de certification afin de respecter la date de premier vol fixée à 2028 pour l’AMCA.

Cette démarche vise non seulement à répondre aux besoins de propulsion de l’AMCA, mais aussi à bénéficier à d’autres programmes tels que le Tejas MkII et le Twin Engine Deck Based Fighter (TEDBF), en instaurant une famille de moteurs indigènes unifiée.

Pour favoriser l’émergence d’une industrie nationale forte, Dr Menon appelle à des commandes en « grands volumes » afin d’encourager les investissements privés. Des commandes annuelles dépassant potentiellement les 300 moteurs permettraient d’atteindre des économies d’échelle justifiant des lignes de production coûteuses, notamment pour les pales de turbine, les alliages monocristallins et les revêtements thermiques.

À ce jour, certains acteurs comme Godrej Aerospace ou Tata Consultancy Services commencent à s’impliquer dans la fabrication de composants pour moteurs aéronautiques. Mais sans contrats durables de la Force aérienne indienne (IAF), la montée en puissance industrielle reste difficile. « L’industrie a besoin de garanties en termes de volumes pour investir dans ce domaine exigeant », précise-t-elle, insistant sur l’importance des partenariats public-privé dans le cadre de l’initiative Aatmanirbhar Bharat (Inde autonome).

Cette dynamique pourrait s’inspirer du succès des programmes de missiles Astra ou BrahMos, où la production en série a permis le développement des chaînes d’approvisionnement et l’exportation.

Un obstacle majeur demeure cependant l’insuffisance des infrastructures nationales d’essais, contraignant à recourir à des créneaux de tests externes souvent non disponibles à temps. Le Dr Menon plaide pour l’établissement rapide de deux installations clés : la High Altitude Test Facility (HATF) et le Flight Test Bed (FTB), qui permettraient de simuler en Inde des conditions extrêmes — performance en haute altitude, givre, collisions avec oiseaux — sans dépendances étrangères.

Le HATF, envisagé sur un site DRDO à Leh ou ailleurs, reproduirait les altitudes himalayennes pour des essais d’endurance moteurs, tandis que le FTB, un banc d’essai volant probablement basé sur un Il-76 modifié à l’image des installations NASA, intégrerait en vol les prototypes pour validation en temps réel. Ces infrastructures, estimées entre 1500 et 2000 crore de roupies, pourraient réduire de 20 à 30 % les délais de développement tout en protégeant les technologies sensibles contre l’espionnage étranger.

Installation Objectif État d’avancement Impact estimé
HATF Simulation moteur en haute altitude Phase conceptuelle / planification Réduction des délais d’essais à l’étranger de 50 %
FTB Validation en vol des prototypes Proposé Permet des itérations rapides pour le moteur AMCA