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Dans une démarche majeure vers l’autonomie en matière de production de défense, le char léger Zorawar—véhicule blindé indien conçu pour les opérations en haute altitude—bénéficie prochainement d’une mise à niveau importante de sa chaîne de traction. Selon des sources proches du dossier, le char sera équipé d’un moteur national de 800 chevaux, une évolution du moteur de 600 chevaux développé en collaboration avec Ashok Leyland. Ce nouvel ensemble remplace le moteur américain Cummins VTA903E-T760 qui équipe actuellement les prototypes et les premières séries pré-production.

Les travaux sont en cours non seulement sur le moteur, mais aussi sur une transmission développée localement, pour garantir que les futures séries du Zorawar affichent un taux d’indigénisation plus élevé ainsi qu’une performance accrue. Si l’armée indienne prévoit d’acheter 54 chars légers Zorawar dans une première phase, ces premiers exemplaires conserveront le moteur Cummins. En revanche, la seconde série, qui pourrait atteindre 300 à 400 unités, sera dotée du nouveau groupe motopropulseur de 800 chevaux, illustrant une volonté stratégique de souveraineté complète.

Un char pensé pour l’altitude et la mobilité

Le Zorawar tire son nom du général dogra du XIXe siècle, Zorawar Singh, célèbre pour ses conquêtes himalayennes. Il s’agit d’une plate-forme de 25 tonnes conçue par le Combat Vehicles Research and Development Establishment (CVRDE) du DRDO, en partenariat avec Larsen & Toubro (L&T). Ce projet, lancé dans le cadre de l’initiative « Make in India » en avril 2023, a été accéléré après le choc de Galwan en 2020, qui a mis en lumière les limites des chars lourds comme les T-72 et T-90 dans les terrains montagneux le long de la Ligne de Contrôle Réel (LAC) avec la Chine.

À l’heure actuelle, les prototypes du Zorawar sont motorisés par le Cummins VTA903E-T760, un moteur diesel V8 de 760 chevaux couplé à une transmission continue hydrostatique/mécanique RENK America HMPT-800. Ce groupe motopropulseur américain, utilisé également sur le véhicule blindé polyvalent américain AMPV et sur le Bradley A4, avait été retenu à titre provisoire après l’échec d’un approvisionnement en moteurs MTU allemands de 800 chevaux, confrontés à des restrictions sévères à l’export. Si fiable, ce moteur Cummins expose toutefois la chaîne logistique à des risques et freine l’indigénisation, poussant le DRDO à accélérer le développement d’une alternative entièrement nationale.

Un moteur de 800 chevaux entièrement développé en Inde

Les informations recueillies indiquent que le nouveau moteur de 800 chevaux constitue une version améliorée du moteur de 600 chevaux déjà développé conjointement par le CVRDE et Ashok Leyland, moteur initialement prévu pour être testé sur des plateformes comme la plate-forme blindée à roues 8×8 (WhAP). Cette version augmentée est spécialement adaptée aux véhicules à chenilles de 25 à 30 tonnes, comme les prochaines versions du Zorawar, et promet des performances optimisées en haute altitude, avec des fonctionnalités telles que le démarrage à froid amélioré, la réduction des risques de gel et une meilleure efficacité énergétique.

Ce développement s’inscrit dans une stratégie plus large du DRDO visant à produire des groupes motopropulseurs indigènes, à l’image du moteur Datran 1500 de 700 chevaux. Le moteur de 800 chevaux répond spécifiquement aux besoins du Zorawar en assurant un rapport poids-puissance supérieur à 30 chevaux par tonne. Il sera associé à une transmission automatique nationale, supprimant toute dépendance à des fournisseurs étrangers comme RENK. Selon les rapports, cette nouvelle chaîne de traction permettra au Zorawar d’atteindre des vitesses supérieures à 70 km/h sur route, tout en conservant une grande agilité dans des terrains extrêmes, dépassant les capacités du char léger chinois Type 15 (ZTQ-15).

Une architecture modulable pour des évolutions futures

Cette évolution vers un moteur plus puissant offre également une possibilité de montée en charge. Le DRDO a confirmé que la conception du Zorawar permet de développer une version plus lourde de 32 tonnes avec une tourelle de 120 mm, où le moteur renforcé garantirait une mobilité maintenue au-dessus de 4 500 mètres d’altitude. Cette modularité confère au Zorawar une polyvalence face à différents types de menaces, des escarmouches frontalières aux tensions potentielles dans la région indo-pacifique.

Un déploiement progressif pour allier besoins immédiats et autonomie à long terme

La stratégie d’acquisition de l’Armée indienne par étapes vise à concilier des besoins opérationnels urgents et la construction progressive de l’autonomie industrielle. Dans un premier temps, 54 chars légers Zorawar seront commandés pour constituer des régiments destinés à l’implantation le long de la LAC. Ces premiers véhicules emploieront encore le moteur Cummins pour accélérer la mise en service, avec une production réalisée par L&T dans son usine Hazira, dans le Gujarat. Ce lot sera soumis à des essais intensifs en conditions estivales, hivernales et de haute altitude sur une période de 12 à 18 mois, avec une induction complète prévue pour 2027.

Les phases suivantes incluront une commande plus importante de 300 à 400 chars équipés du moteur national de 800 chevaux et de la transmission locale. Cet important contingent, porté à 350-400 unités dans le cadre du projet Zorawar, bénéficiera d’un taux d’indigénisation renforcé, permettant une réduction des coûts et une meilleure autonomie logistique. De plus, l’armée mène un appel d’offres parallèle portant sur 295 chars légers supplémentaires, dans lequel le Zorawar pourrait également être en lice, ce qui pourrait accroître encore sa présence sur le terrain.

Cette mise en service progressive limite les risques liés à l’intégration de nouvelles technologies tout en assurant une disponibilité opérationnelle immédiate. Les premiers chars équipés du moteur Cummins fourniront des capacités prêtes au combat face aux tensions persistantes, tandis que l’adoption du groupe motopropulseur indigène garantira une durabilité stratégique. Des améliorations intermédiaires, comme une version locale du moteur Cummins, sont envisagées pour faire le lien, mais le DRDO maintient son objectif de pleine indigenisation, évitant ainsi les écueils rencontrés sur des projets antérieurs tels que le char Arjun.