Un ancien pilote de Mirage 2000 de l’Indian Air Force (IAF) alerte sur une « fenêtre d’incertitude » de dix ans face au saut technologique des forces aériennes chinoises, en particulier la PLAAF (People’s Liberation Army Air Force). Dans un contexte de révélations récentes sur le prototype furtif de sixième génération Shenyang J-50, Sameer Joshi souligne que l’IAF risque de jouer un rôle de « seconde ligne » face aux flottes de cinquième et sixième génération de Pékin jusqu’à l’entrée en service de l’avion de combat moyen avancé (AMCA) vers 2035.
« L’IAF fait face à une période d’environ 10 ans d’ambiguïté face à la PLAAF, jusqu’à l’arrivée probable de l’AMCA vers 2035. Les avions Tejas 4.5 génération, les Sukhois modernisés et des Rafale supplémentaires ne seront pleinement opérationnels que dans plus de cinq ans et ne suffiront pas à inverser la donne face aux appareils de 5e et 6e génération de la PLAAF. La « muraille himalayenne » ne jouera plus son rôle défensif. L’absence d’une « Équipe A » ouvrira des failles importantes », a écrit Joshi en commentant les images récentes du J-50 sans empennages, en cours d’essais au sol.
Ce constat met en lumière les inquiétudes croissantes face à la capacité de la PLAAF à développer rapidement des prototypes avancés, risquant de neutraliser les avantages géographiques que l’Inde détenait jusqu’ici le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC). Ancien combattant de la guerre de Kargil et pilote expérimenté sur Mirage-2000, Joshi dirige aujourd’hui NewSpace Research & Technologies. Il allie son expérience de l’IAF à l’analyse OSINT pour surveiller les menaces aérospatiales.
Son message, qui a suscité plus de 30 000 vues, reflète aussi des préoccupations plus larges sur les effectifs sous-dimensionnés de l’IAF et le retard dans sa modernisation. L’alerte de Joshi fait suite à la diffusion de photos haute définition du J-50 (également désigné J-XDS ou J-XD), un démonstrateur furtif à double moteur et aile en delta sans empennage observé en train de circuler sur une piste à Shenyang.
Depuis ses premières images fin 2024, cet avion présente un fuselage intégré (blended-wing body) assurant une très faible observabilité radar, des prises d’air supersoniques sans diverteur, ainsi qu’une autonomie potentiellement assistée par intelligence artificielle — des « signatures » propres à la philosophie de conception des appareils de sixième génération, comparable au programme américain NGAD.
Les analystes estiment que le J-50 pourrait atteindre le supercroisière sans postcombustion et s’intégrer à des essaims de drones, positionnant la PLAAF en force dominante des espaces aériens contestés dès le début des années 2030. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où la PLAAF étend son parc de chasseurs J-20 de cinquième génération au-delà de 300 exemplaires, accompagnés de variantes navalisées J-35, créant une supériorité numérique et technologique.
La référence de Joshi à la « muraille himalayenne » évoque le rôle historique du relief montagneux en haute altitude pour freiner les incursions aériennes chinoises, mais les technologies furtives avancées et les armes à longue portée menacent désormais de rendre cette barrière inefficace, mettant à nu des lacunes dans les bases avancées indiennes.
La critique porte notamment sur la transition du parc aérien indien. Le Tejas Mk1A, un avion de 4.5 génération doté d’un radar AESA et d’une avionique modernisée, ainsi que la version améliorée du Su-30MKI (« Super Sukhoi ») intégrant notamment le missile BrahMos et des radars améliorés, ne seront pleinement opérationnels que dans plus de cinq ans. Parallèlement, des commandes supplémentaires de Rafale viennent s’ajouter au dispositif.
Si ces modernisations, renforcées par les missiles Meteor à très longue portée et l’Astra indigène, permettront de maintenir une parité technologique de génération 4.5, elles ne suffiront pas à contrer les synergies du système d’armes PLAAF autour des J-20 et J-50. Cela risque de cantonner l’IAF à un rôle réactif de « Team B » face à la « Team A » chinois.
L’AMCA, avec ses soutes internes à armement, sa capacité au supercroisière et ses armes à énergie dirigée, incarne justement cette « Équipe A » potentielle. Pourtant, les retards dans le développement des moteurs à forte poussée pourraient repousser son entrée en service bien au-delà de 2035.
Cette « fenêtre d’ambiguïté » — expression empruntée au stratège américain Elbridge Colby — désigne une période d’incertitude stratégique durant laquelle la PLAAF pourrait mener des opérations de sonde, testant la détermination de l’IAF sans provoquer d’escalade majeure.
| Plateforme | Génération | Calendrier IAF | Équivalent PLAAF |
|---|---|---|---|
| Tejas Mk1A/MkII | 4.5 | Entrée en service 2026-2028 | J-10C/J-16 (4.5 gen) |
| Su-30MKI modernisé | 4.5 | 2029-2030 et au-delà | J-20 (5e gen, 300+ unités) |
| Rafales supplémentaires | 4.5 | 2028-2030 | J-35 (5e gen porte-avions) |
| AMCA Mk1/Mk2 | 5e/6e | Induction vers 2035 | J-50 (prototype 6e gen) |
Le message de Joshi résonne alors que l’IAF poursuit vigoureusement l’acquisition de 114 chasseurs MRFA supplémentaires et accélère le prototypage de l’AMCA. Il souligne néanmoins l’urgence de mesures intermédiaires, telles que des acquisitions additionnelles d’avions de cinquième génération ou le renforcement des capacités de défense par drones à haute altitude.
Face à l’accélération manifeste de la Chine dans son programme de sixième génération — avec un possible premier vol du J-50 dès 2027 — il revient à New Delhi de réduire cette période de vulnérabilité en conjuguant stratégies diplomatiques et intensification des efforts de recherches et développement.