Le Comité de la Défense britannique met en garde sur les pressions à court terme qui pèsent sur les flottes de sous-marins américaines et britanniques, susceptibles de compliquer la réalisation des engagements pris dans le cadre du partenariat AUKUS, notamment pour la force de rotation de sous-marins prévue en Australie.
Lors de son témoignage le 9 septembre, le Dr Sidharth Kaushal, expert au Royal United Services Institute, a exposé les arbitrages géopolitiques auxquels le pacte trilatéral doit faire face.
Il a déclaré aux parlementaires que « à court terme, il existe de véritables compromis géopolitiques liés au pacte et à la réalisation de ses objectifs. Surmonter cette période d’incertitude sera absolument crucial. »
Le Dr Kaushal a notamment souligné les limites de la capacité des États-Unis à opérer simultanément sur deux théâtres majeurs. Dans la région Indo-Pacifique, les États-Unis font face pour la première fois à la Chine, qu’il décrit comme « un pair économique et, en termes industriels, sans doute même un supérieur », tout en subissant un « creux de capacité » lié au retrait accéléré des anciens sous-marins d’attaque, plus rapide que la construction des nouveaux Virginia.
Du côté britannique, ce phénomène coïncide avec le renforcement de la Flotte du Nord russe, incluant une disponibilité croissante des sous-marins de classe Yasen. Ce développement, selon lui, devrait augmenter la demande de sous-marins de classe Astute dans l’Atlantique au moment où Londres s’apprête à engager un Astute dans la rotation indo-pacifique.
« Des questions sérieuses se poseront, notamment au regard de la disponibilité effective de la flotte britannique de SNLE, sur la viabilité d’un déploiement en rotation dans l’Indo-Pacifique », a-t-il averti. Il a mis en garde contre un risque d’impact négatif sur le soutien au pacte AUKUS en Australie en cas de non-livraison, alors qu’un succès mobiliserait fortement les moyens britanniques dans l’Atlantique Nord.
Fred Thomas, député membre du comité, a soulevé la question plus large des attentes américaines, rappelant que lors d’une récente visite à Washington, des responsables du Pentagone avaient indiqué que la priorité était que le Royaume-Uni « prenne en charge la sécurité en Europe et dans le Grand Nord. »
Le Dr Kaushal a exprimé son accord avec cette analyse, soulignant le dilemme stratégique auquel est confronté le Royaume-Uni, entre ses engagements dans AUKUS et son rôle dans la lutte contre l’activité navale russe à proximité de ses frontières.