Un navire qualifié de « mère » des opérations spéciales est actuellement déployé dans la région des Caraïbes, selon des confirmations récentes. Ce déploiement suscite l’attention en raison du rôle spécifique attribué à ce type de plateforme pour des missions discrètes et stratégiques.
Un porte-parole du Military Sealift Command a confirmé que le MV Ocean Trader opère actuellement dans les Caraïbes. Lorsque la presse a demandé des informations concernant sa mission, la réponse a été renvoyée au Commandement des opérations spéciales des États-Unis, qui a refusé tout commentaire.
Des spécialistes navals rappellent que l’US Navy a l’habitude d’utiliser des navires commerciaux similaires au MV Ocean Trader pour soutenir des opérations spéciales. Pourtant, les autorités militaires américaines n’ont pas communiqué officiellement sur les objectifs précis de cette présence dans la région.
Anciennement appelé MV Cragside, ce navire a été transformé d’un cargo roll-on/roll-off commercial en une plateforme adaptée aux missions des forces spéciales. Cette conversion a été minutieusement suivie par plusieurs médias spécialisés, qui ont notamment rapporté ses escales à Seychelles et son passage en cale sèche à Oman.
« Ce navire est conçu pour se fondre dans le trafic commercial, contrairement à un destroyer ou un bâtiment amphibie qui attirent forcément l’attention », explique le capitaine de frégate Bradley Martin, chercheur principal au RAND Corporation et ancien officier en chef de surface avec 30 ans d’expérience et quatre commandements.
Le MV Ocean Trader peut embarquer jusqu’à 159 membres des forces spéciales ainsi qu’un équipage de 50 personnes, et rester en mer jusqu’à 45 jours avant de devoir effectuer un ravitaillement, soit en pleine mer, soit dans un port, précise le capitaine de frégate Brent Sadler, analyste à la Heritage Foundation à Washington, D.C.
« S’il est déployé dans les Caraïbes et accueille des forces spéciales, c’est clairement dans le cadre d’opérations visant à intercepter les embarcations utilisées par les cartels de la drogue », a-t-il déclaré. Toutefois, la limitation en endurance du navire sous-entend que d’autres bâtiments doivent se relayer pour assurer la continuité des opérations.
Avant sa conversion, le MV Ocean Trader avait déjà un contrat avec l’armée américaine, souligne Brent Sadler.
Selon Michael Fabey, analyste naval chez Janes, un fournisseur reconnu d’informations en source ouverte, le rôle principal de ce navire est d’agir à la fois comme base logistique et centre de commandement mobile pour les forces spéciales. Les navires roll-on/roll-off, conçus pour décharger du matériel dans des environnements rudimentaires, sont courants en Amérique centrale et latine. Sa livrée aux couleurs similaires aux navires commerciaux facilite sa discrétion à distance.
Cette pratique américaine d’utiliser des navires commerciaux à des fins militaires remonte à la Seconde Guerre mondiale. Elle a notamment été « fréquente » pendant les opérations antiterroristes globales, confirme Bradley Martin.
Le navire peut aussi déployer des embarcations rapides, comme des zodiacs, destinées à des missions de lutte antidrogue ainsi qu’à des opérations de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
« Cette capacité permet à une force spéciale de s’installer discrètement, tout en maintenant son efficacité opérationnelle », ajoute Martin.
Ce cargo réaménagé a été repéré grâce à des analystes open-source qui ont étudié des images satellitaires datées du 20 septembre, montrant un navire correspondant au profil du MV Ocean Trader au sud-ouest de Saint-Kitts, dans les Caraïbes. Par ailleurs, un internaute a publié sur un forum une photo prise depuis sa fenêtre à Saint-Croix, dans les îles Vierges, illustrant la présence du navire dans la région.
La présence du MV Ocean Trader intervient dans un contexte d’augmentation significative des moyens militaires américains en mer des Caraïbes depuis le mois d’août. Cette montée en puissance comprend plusieurs navires de guerre de l’US Navy.
Au cours du mois, l’armée américaine a détruit trois embarcations dans cette zone, utilisées selon le président Trump pour le trafic de stupéfiants, entraînant la mort de 17 personnes.
Plus récemment, le destroyer USS Stockdale a rejoint sept autres bâtiments dans la région : les destroyers USS Jason Dunham et USS Gravely, le croiseur USS Lake Erie, le navire de combat littoral USS Minneapolis-Saint Paul ainsi que le groupe amphibie Iwo Jima, composé du porte-aéronefs d’assaut USS Iwo Jima et des navires de transport amphibie USS San Antonio et USS Fort Lauderdale. Environ 2 200 Marines de la 22e unité expéditionnaire marine sont embarqués à bord de ces navires amphibies.
Le USS Iwo Jima peut embarquer des avions AV-8B Harrier ainsi que d’autres aéronefs. Par ailleurs, des chasseurs F-35 Lightning II du Corps des Marines ont été déployés à Porto Rico.
En août, des troupes des opérations spéciales de l’US Air Force ont mené des exercices de saisie d’aérodrome dans les Caraïbes, simulant des conditions géographiques similaires à celles rencontrées dans d’autres théâtres opérationnels à travers le monde.
Sur au moins deux occasions, des F-16 vénézuéliens ont survolé à proximité immédiate du destroyer USS Jason Dunham. Après le premier survol, le président Trump avait averti qu’en cas de menace sérieuse, les avions vénézuéliens seraient abattus.
Le gouvernement vénézuélien a aussi accusé des militaires américains du Jason Dunham d’avoir intercepté et fouillé un bateau de pêche dans sa zone économique exclusive, avant de libérer l’équipage après plusieurs heures. Une source américaine a précisé que cette intervention s’était déroulée en eaux internationales et n’avait pas permis de trouver des stupéfiants.