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Après près de deux ans d’immobilisme bureaucratique, une refonte audacieuse de l’Organisation indienne pour la recherche et le développement en défense (DRDO) reprend de la vigueur, avec la promesse de transformer cette agence phare en une entité plus agile et réactive. Pilotée par un haut fonctionnaire du Bureau du Premier ministre (PMO), cette initiative s’appuie sur les recommandations de 2023 d’un comité de haut niveau présidé par l’ancien conseiller scientifique principal, le professeur K. VijayRaghavan. L’exécutif vise une mise en œuvre complète avant le 68e anniversaire de la DRDO, prévu le 1er janvier 2026.

Cette relance intervient dans un contexte de critiques croissantes sur les délais de projets et la gestion des ressources au sein de la DRDO. Le rapport du comité VijayRaghavan, intitulé Redéfinir la recherche et développement en défense, a mis en lumière des inefficacités structurelles profondes. Remis fin 2023, ce document pointe que près de 60 % des retards découlent de blocages internes, comme des lacunes dans les technologies clés pendant les phases de développement.

Environ 17 à 18 % des délais s’expliquent par des révisions en cours de projet demandées par les forces armées, tandis que les obstacles bureaucratiques représentent une part moindre mais persistante. À la tête de cette réforme se trouve un diplomate du Service extérieur indien (IFS) originaire du Gujarat, reconnu pour avoir contribué au redressement de l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO) et du Centre de recherche atomique Bhabha (BARC). Malgré des retards, le plan est désormais finalisé et son exécution s’accélère.

Le nouveau dispositif repose sur la division des activités de la DRDO en deux piliers complémentaires. Le premier, le Département des sciences, technologies et innovations en défense (DDSTI), sera chargé de stimuler la collaboration en R&D avec les universités, startups et entreprises privées, jouant un rôle clé de passerelle vers le secteur industriel.

Cette orientation s’inscrit dans la vision d’une indépendance stratégique en défense (« Atmanirbhar Bharat ») portée par le Premier ministre Narendra Modi, favorisant l’intégration des écosystèmes externes pour relever des défis futurs comme la guerre portée par l’intelligence artificielle ou les systèmes hypersoniques. Le second pilier restera sous l’autorité du président de la DRDO, qui cumule également la fonction de secrétaire chargé de la recherche et du développement au ministère de la Défense, assurant la supervision des projets internes essentiels.

Cette organisation cherche à alléger la DRDO de sa tendance historique à s’impliquer dans la production, en la recentrant sur l’innovation de pointe tout en externalisant la fabrication via des partenariats public-privé.

Une autre révélation majeure du comité concerne la répartition déséquilibrée du budget R&D de la DRDO : près de la moitié est dirigée vers seulement deux pôles – Hyderabad et Bengaluru – engendrant un « arrangement confortable » favorisant les scientifiques locaux, les petites et moyennes entreprises et partenaires, au détriment de l’équité nationale.

Pour corriger ce biais régional, la réforme propose de regrouper les 41 laboratoires de la DRDO en 10 centres nationaux, répartis stratégiquement à Delhi, Pune, Visakhapatnam, Chandigarh, Dehradun, Chennai, ainsi que deux chacun à Hyderabad et Bengaluru.

Parallèlement, quatre centres nationaux d’essais seront créés, accessibles aux acteurs privés pour la validation de systèmes d’armes.

S’appuyant sur la politique lancée en 2022 qui permet aux industriels d’accéder aux infrastructures de la DRDO, ces plateformes visent à réduire les barrières d’entrée – terrain, équipements et logistique – pour favoriser une participation élargie et accélérer l’effort d’indigénisation. Pour les startups développant des essaims de drones ou des communications sécurisées quantiques, ces infrastructures seront un levier décisif, démocratisant l’accès à des bancs d’essais rares et avancés.