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L’intelligence artificielle offre un potentiel immense pour prévenir les crises et favoriser le progrès, mais sans cadre réglementaire strict, elle risque d’alimenter les conflits, la désinformation et l’instabilité.

Le secrétaire général de l’ONU a appelé le Conseil de sécurité à agir rapidement afin d’établir des règles internationales pour encadrer l’IA, avertissant que tout retard augmenterait les risques pesant sur la paix et la sécurité mondiales.

New York, 24 septembre 2025. L’intelligence artificielle (IA) recèle un potentiel considérable, mais elle présente aussi de graves dangers si elle n’est pas réglementée. C’est ce qu’a déclaré António Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors d’une réunion du Conseil de sécurité.

En s’adressant aux ministres et ambassadeurs, António Guterres a rappelé que le développement rapide de l’IA dépasse la capacité de l’humanité à en assurer une gouvernance adaptée, soulevant des questions majeures sur la responsabilité, l’égalité, la sécurité et la supervision humaine des décisions.

« Chaque minute de retard dans la mise en place de garde-fous internationaux accroît le risque pour nous tous », a-t-il souligné.

« Aucun pays ne doit concevoir, développer, déployer ou utiliser des applications militaires de l’IA dans des conflits armés qui violeraient les lois humanitaires internationales et des droits de l’homme. Cela inclut la délégation à l’IA de la sélection ou de l’engagement de cibles de manière autonome », a-t-il insisté.

Il a également mis en garde contre les rivalités géopolitiques liées aux technologies émergentes qui ne doivent pas déstabiliser la paix et la sécurité internationales.

Une arme à double tranchant

Le secrétaire général a rappelé le double visage de l’IA : si cette technologie peut, par exemple, prédire les déplacements de populations liés au changement climatique ou détecter des mines terrestres, son intégration dans les systèmes militaires et son utilisation malveillante dans le domaine de la cybersécurité sont sources de risques majeurs.

« Les conflits récents ont servi de terrain d’expérimentation pour des applications militaires de l’IA », a-t-il affirmé, citant l’usage de l’IA pour la surveillance autonome, la police prédictive et même pour des décisions de vie ou de mort.

Il a notamment exprimé une vive inquiétude face à l’association possible de l’IA avec les armes nucléaires, ainsi que l’émergence de systèmes quantum-IA susceptibles de déstabiliser la sécurité mondiale.

« Le destin de l’humanité ne doit jamais être confié à la ’boîte noire’ d’un algorithme », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité d’un contrôle humain dans les décisions impliquant l’usage de la force.

Une confiance érodée

Le rôle de l’IA dans la sphère de l’information constitue un autre point d’alerte. António Guterres a pointé l’impact des deepfakes et de la désinformation générée par l’IA qui peuvent manipuler l’opinion publique, déclencher des crises et ébranler la confiance dans les sociétés.

Il a également attiré l’attention sur les risques environnementaux liés à l’IA, notamment la forte consommation énergétique des centres de données et les enjeux géopolitiques autour des minerais critiques nécessaires à cette technologie.

« Des défis mondiaux sans précédent appellent une coopération mondiale tout aussi inédite », a-t-il déclaré, appelant à des efforts concertés pour que l’IA profite à tous sans aggraver les inégalités.

Appel à un cadre global

António Guterres a rappelé les avancées récentes en matière de gouvernance globale de l’IA, notamment l’adoption du Pacte numérique mondial de l’ONU lors du Sommet pour le futur, ainsi que deux résolutions-clés de l’Assemblée générale visant à renforcer la coopération internationale et le développement des capacités.

Une troisième résolution, consacrée à l’IA dans le domaine militaire, doit être examinée prochainement par l’Assemblée générale.

Concluant son intervention, le secrétaire général a renouvelé son appel à l’interdiction des armes létales autonomes, exhortant le Conseil de sécurité à montrer l’exemple pour éviter une militarisation de l’IA qui déstabiliserait la paix internationale.

« Je vous invite tous à unir vos forces pour construire un avenir de l’IA sûr, sécurisé et inclusif. »

« L’IA n’est plus un horizon lointain – elle est déjà là, transformant la vie quotidienne, l’espace informationnel et l’économie mondiale à une vitesse fulgurante », a-t-il déclaré lors du débat à haut niveau du Conseil consacré aux implications sécuritaires de cette technologie dans la transformation de la guerre.

« La question n’est pas de savoir si l’IA influencera la paix et la sécurité internationales, mais comment nous allons orienter cette influence. »

Usée de manière responsable, a-t-il fait valoir, l’IA peut aider à anticiper l’insécurité alimentaire, soutenir le déminage et identifier des foyers de violence avant qu’ils ne dégénèrent.

« Mais sans garde-fous, elle peut aussi être instrumentalisée », a-t-il averti, évoquant l’usage de l’IA pour le ciblage dans les conflits récents, les cyberattaques contre les infrastructures critiques et les deepfakes susceptibles d’alimenter la polarisation ou de compromettre la diplomatie.

« La capacité à fabriquer et manipuler des contenus audio et vidéo menace l’intégrité de l’information, alimente la polarisation et peut provoquer des crises diplomatiques… Le destin de l’humanité ne peut être confié à un algorithme ».

Les décisions doivent rester humaines

António Guterres a formulé quatre priorités pour les gouvernements : garantir le contrôle humain sur l’usage de la force, construire des cadres réglementaires globaux cohérents, protéger l’intégrité de l’information et combler ce qu’il appelle le « fossé des capacités en IA » entre pays riches et pauvres.

« Je réitère mon appel à l’interdiction des systèmes d’armes létales autonomes sans contrôle humain, avec pour objectif d’aboutir à un instrument juridique contraignant d’ici l’année prochaine », a-t-il affirmé.

Il a également insisté sur le fait que les décisions relatives aux armes nucléaires « doivent rester entre les mains des humains – pas des machines ».

Le secrétaire général a souligné que des initiatives sont déjà en cours, notamment la création d’un panel scientifique indépendant sur l’IA ainsi qu’un nouveau dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, prévu à New York.

« Ces initiatives ont pour but de connecter science, politique et pratique ; d’offrir à chaque pays une place à la table des négociations ; et de réduire la fragmentation », a-t-il expliqué.

Un appel à élargir l’accès

Yejin Choi, chercheuse principale à l’Institut d’intelligence artificielle centrée sur l’humain de l’université de Stanford, a indiqué au Conseil de sécurité que les avancées actuelles en IA sont trop concentrées entre les mains de quelques entreprises et pays.

« Lorsque peu ont les ressources pour développer et tirer profit de l’IA, le reste du monde reste à la porte », a-t-elle dénoncé.

« Élargissons ce que peut être l’intelligence – et donnons à chacun, partout, un rôle dans sa construction. »

L’IA doit renforcer l’inclusion

Yejin Choi a appelé les gouvernements et institutions internationales à investir dans des approches alternatives, au-delà de l’agrandissement constant des modèles, arguant que des systèmes plus petits et adaptatifs pourraient faciliter l’accès à cette technologie.

Elle a aussi plaidé pour une meilleure représentation de la diversité linguistique et culturelle, notant que les modèles d’IA actuels « sont sous-performants pour de nombreuses langues non anglophones et reflètent des présupposés culturels étroits ».

Agir sans délai

António Guterres a conclu en avertissant que la fenêtre pour encadrer efficacement l’IA se referme rapidement.

« De la maîtrise des armes nucléaires à la sécurité aérienne, la communauté internationale a su relever les défis posés par des technologies susceptibles de déstabiliser nos sociétés – en établissant des règles, en construisant des institutions, et en défendant la dignité humaine », a-t-il rappelé.

« La fenêtre pour orienter l’IA – au service de la paix, de la justice et de l’humanité – est en train de se refermer. Nous devons agir sans tarder. »

Cette session du Conseil de sécurité s’est tenue dans le cadre de la semaine de haut niveau de la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU.

La réunion, convoquée par la République de Corée (présidente du Conseil en septembre), a rassemblé plusieurs chefs d’État et de gouvernement, notamment Lee Jae Myung, président de la République de Corée, qui a présidé la séance.