Luke Pollard, ministre britannique chargé de la préparation à la défense et de l’industrie, a choisi sa première visite officielle à Clyde pour souligner l’importance des compétences, du secteur industriel et des exportations dans l’avenir de la construction navale.
Ce déplacement dans les chantiers navals de BAE Systems à Govan et Scotstoun correspond également à la première visite ministérielle depuis l’obtention par les chantiers de la commande norvégienne de cinq frégates Type 26.
Lors d’un échange avec la presse spécialisée, Luke Pollard a relié ce succès export à la pérennisation de l’emploi, au renforcement des alliances et à la capacité du Royaume-Uni à dissuader toute menace.
« Je suis aujourd’hui à Glasgow pour constater le travail remarquable accompli sur les frégates Type 26 après le succès du contrat norvégien, qui va étendre la production de ces frégates sur la Clyde. Je voulais voir par moi-même la main-d’œuvre, et constater les gains de productivité obtenus avec l’ouverture de la Janet Harvey Hall, cette nouvelle halle destinée à optimiser la construction de ces bâtiments de guerre complexes », a-t-il expliqué.
Le ministre a mis en avant le contrat norvégien comme une preuve supplémentaire que Clyde produit certains des navires militaires les plus avancés au monde. « La Grande-Bretagne conçoit certains des meilleurs équipements militaires de la planète, et l’achat par la Norvège des frégates Type 26 ne se limite pas à la simple acquisition d’une frégate anti-sous-marine de référence, mais c’est aussi l’achat d’un partenariat, un partenariat avec le gouvernement britannique, nos forces armées et notre industrie. »
Luke Pollard a ajouté que l’intérêt pour ce navire dépasse largement les besoins britanniques, avec des commandes déjà engagées par l’Australie et le Canada aux côtés de la Norvège. Il a souligné que de nouveaux succès à l’export auraient un double impact : maintenir l’emploi au Royaume-Uni et fournir aux alliés les capacités nécessaires. « Si nous continuons à remporter des commandes à l’export comme celle obtenue en Norvège, cela crée et maintient des emplois au Royaume-Uni, tout en permettant à nos alliés en ces temps difficiles d’être équipés avec les meilleurs matériels possibles pour dissuader toute agression et, si besoin, la repousser. »
Les compétences, pilier de la stratégie
Le ministre a insisté sur le rôle central des compétences dans cette réussite. « Si je devais résumer la stratégie industrielle de défense en un mot, ce serait ‘compétences’ », a-t-il déclaré. Il a salué le centre de formation Clyde Skills Centre comme un exemple d’investissement porté par l’industrie, tout en rappelant que de nouveaux « accords de croissance pour la défense » traduisent une implication plus active du gouvernement.
« Je souhaite voir non seulement davantage d’investissements privés dans les compétences, comme ce formidable centre sur la Clyde avec BAE Systems ou un équivalent chez Rolls Royce à Derby, mais aussi que le ministère de la Défense soutienne le développement des compétences dans toutes les régions du pays. C’est pourquoi nous avons annoncé ces accords pour la croissance de la défense, notamment en Écosse, à Plymouth, dans le South Yorkshire, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. »
Pour Luke Pollard, cet enjeu est à la fois sécuritaire et économique. Les compétences sont nécessaires tant pour les militaires en uniforme que pour la main-d’œuvre civile qui conçoit et construit navires, sous-marins et aéronefs. « Pour avoir un pays plus sûr, il faut développer les compétences militaires, aussi bien chez les femmes et hommes en uniforme que chez ceux qui les soutiennent dans le secteur privé, dans l’industrie de défense. C’est pourquoi nous investissons davantage dans la formation à l’échelle nationale. »
Dissuasion et environnement stratégique
Le ministre a aussi lié directement la construction navale à la menace actuelle sur le terrain. Il a cité les incursions russes dans l’espace aérien polonais et estonien, ainsi que la surveillance menée par des navires espions russes près des côtes britanniques, pour justifier la nécessité d’investir durablement dans la marine. « Nous constatons les menaces que fait peser la Russie sur nos alliés à l’est de l’OTAN, avec les incursions en Pologne et en Estonie. Nous connaissons également les risques auxquels le Royaume-Uni est exposé, tant en matière de cyberattaques que par la présence de navires espions russes autour de nos côtes. C’est donc le moment d’investir dans la défense. »
Luke Pollard a rappelé que l’« augmentation historique » des dépenses de défense engagée par le gouvernement, la plus importante depuis la Guerre froide, sera orientée vers les entreprises nationales. L’objectif est d’assurer une bonne stabilité de l’emploi sur le long terme, tout en créant des capacités supplémentaires pour l’export. « En regardant les investissements réalisés sur la Clyde, avec le contrat norvégien pour les frégates Type 26 construites à Clyde, et les Type 31 qui seront fabriquées à Rosyth, on anticipe de nombreuses années d’emplois bien rémunérés. »
Un engagement personnel
Interrogé sur la prise de ses nouvelles fonctions, Luke Pollard est revenu sur son parcours et la nouvelle portée de ses responsabilités. Jusqu’en septembre dernier, il était ministre des Forces armées. Son poste actuel, celui de ministre d’État chargé de la préparation à la défense et de l’industrie, englobe désormais la réforme des achats, la croissance industrielle, la disponibilité des stocks ainsi que les liens entre défense et économie.
Il a déclaré : « Je suis profondément fier d’être un « navy brat » [enfant de marin]. Je représente une ville militaire. Je sais à quel point la défense est essentielle. » Il a ajouté que son rôle requiert désormais une attention portée à la fois au front opérationnel et à la base industrielle qui le soutient, décrivant cette mission comme centrale pour deux des priorités du gouvernement : la sécurité et la croissance.
« Je pense qu’il n’y a pas de mission plus importante au sein du gouvernement que d’assurer la sécurité de la nation. C’est le premier devoir d’un gouvernement. Mais c’est aussi la première mission de ce gouvernement que de faire croître notre économie. Et la défense est, et peut être, un moteur de croissance, créant des emplois dans tout le pays. Je suis vraiment fier de pouvoir y contribuer. »
Au-delà des aspects politiques, la visite de Luke Pollard sur la Clyde a mis en lumière les hommes et les femmes qui construisent ces navires. Dans les nouvelles halles des chantiers, apprentis et ouvriers expérimentés façonnent l’acier en bâtiments porteurs à la fois de fierté nationale et d’enjeux stratégiques.
Avec les frégates Type 26 destinées à la Royal Navy et d’autres exemplaires en cours de construction pour l’Australie, le Canada et désormais la Norvège, la Clyde est devenue un véritable carrefour des savoir-faire industriels et de la coopération alliée. Le message de Pollard était clair : la force de la flotte britannique repose autant sur la formation et la résilience de ses salariés que sur la qualité des navires eux-mêmes.