La Chine a dévoilé une vidéo démontrant pour la première fois le décollage et l’atterrissage de son chasseur furtif J-35 depuis le nouveau porte-avions Fujian, équipé d’un système de catapultes électromagnétiques (EMALS). Cette mise en œuvre marque une avancée majeure pour l’aviation navale chinoise, améliorant nettement ses capacités et rapprochant la marine chinoise de la puissance américaine dans la région Indo-Pacifique.
La séquence montre également des avions d’attaque J-15T ainsi que des avions d’alerte avancée KJ-600 en essais sur le pont, soulignant que le Fujian est désormais capable d’opérer une flotte aérienne complète composée d’appareils sophistiqués. Cette démonstration traduit la capacité chinoise à déployer des chasseurs furtifs embarqués avec une charge utile accrue et une portée améliorée, rivalisant ainsi avec la projection aéronavale des porte-avions américains dans le Pacifique.
Les images, probablement issues de tests antérieurs, coïncident avec des rapports indiquant que le Fujian a traversé le détroit de Taïwan début septembre, opérant ensuite en mer de Chine méridionale avant de regagner sa base navale de Yulin. Connu comme le premier super porte-avions construit intégralement en Chine, le Fujian déplace environ 80 000 tonnes. Il fonctionne avec une propulsion conventionnelle par turbines et générateurs diesel, mais ses trois catapultes électromagnétiques lui permettent de lancer des avions plus lourds et plus avancés que ses prédécesseurs Liaoning et Shandong, équipés de tremplins dits « saut de ski ».
Selon les sources officielles et indépendantes, l’aile aérienne prévue embarquera environ 50 appareils, comprenant des chasseurs furtifs J-35, des avions d’attaque J-15T, des avions d’alerte KJ-600, ainsi que des hélicoptères et des unités de guerre électronique. En comparaison, il reste derrière le USS Gerald R. Ford, porte-avions nucléaire de 100 000 tonnes pouvant embarquer plus de 75 appareils avec quatre catapultes et une autonomie quasi illimitée, mais devance l’Indien Vikrant, moins imposant (40 000 tonnes), dépourvu de catapultes et d’avions d’alerte avancée à ailes fixes.
Les limitations chinoises concernent notamment la nécessité fréquente de ravitaillement en carburant et une expérience encore moindre en matière d’aviation embarquée. Cependant, les tests de septembre confirment la fonctionnalité opérationnelle des catapultes électromagnétiques pour le lancement et la récupération des appareils.
Le 8 juillet 2025, la chaîne CCTV a montré entre cinq et six cellules du J-35 sur le site de production de Shenyang, incluant un exemplaire estampillé 040070, preuve probable d’une production en série. En mai 2025, deux avions numérotés 61820 et 61821 ont été associés à la 1ère Brigade Aérienne de la Force Aérienne Populaire (PLAAF) proche de Shenyang, unité également équipée de chasseurs J-20, marquant la première formation chinoise connue à opérer deux types de chasseurs furtifs.
Ces indices, renforcés par plusieurs observations en 2024 et 2025, soutiennent l’hypothèse que le J-35 est entré en production de série. Bien que les performances exactes restent non confirmées, le J-35 est avancé comme un chasseur bimoteur de taille moyenne mesurant environ 17 mètres de long, avec une envergure de 11,5 mètres, un poids maximum au décollage entre 25 et 28 tonnes, et une capacité interne à embarquer six missiles.
Les moteurs envisagés incluent les modèles WS-13E, WS-21, et potentiellement le WS-19 destiné à plus de poussée et à des capacités de supercroisière.
En termes d’armement, le J-35 a été présenté lors d’expositions en 2025 avec des missiles PL-10E, PL-15E, PL-12AE et LD-8A. Certains de ces missiles sont antiradars, destinés à neutraliser les radars ennemis, nécessitant souvent des capteurs performants ou une coordination avec des avions de guerre électronique, suggérant que le J-35 pourrait adopter une version spécialisée ou coopérer avec d’autres plateformes pour la suppression électronique des défenses adverses.
Des images et présentations indépendantes de juillet 2025 ont révélé un missile PL-16 plus compact que le PL-15 mais au rayon d’action supposément supérieur. Cette avancée permettrait aux chasseurs furtifs d’embarquer davantage de missiles en interne tout en conservant leur discrétion radar. Des documents issus d’un séminaire à destination des pilotes détaillent la géométrie des Pôles A et F, des manœuvres de préservation de furtivité, ainsi que des analyses de section radar, attestant d’une doctrine axée sur le combat en réseau à longue distance en espace aérien contesté.
Les essais à bord du Fujian s’inscrivent dans une stratégie plus large de la Marine populaire chinoise (PLAN) combinant porte-avions et plateformes amphibies. Le 1er août 2025, la Chine a officiellement mis en service le Hubei, quatrième navire d’assaut amphibie de type 075, rattaché au Commandement du théâtre sud. Le Hubei a participé à des exercices en mer avec d’autres navires amphibies, notamment les types 071 et 726 (LCAC).
Les navires de type 075 pèsent de 35 000 à 40 000 tonnes, mesurent 232 mètres de long, pouvant embarquer jusqu’à 30 hélicoptères, des véhicules aéroglisseurs LCAC et plusieurs centaines de marines équipés de véhicules blindés. Leur défense est assurée par des missiles HQ-10, des systèmes CIWS H/PJ-11, ainsi que des radars et moyens de guerre électronique. Les navires de type 071 fournissent un soutien amphibie supplémentaire avec leurs ponts-internes d’accueil pour véhicules et troupes. En conjonction avec les porte-avions, ces classes allègent les groupes d’attaque de la charge logistique des débarquements.
Les rapports évoquent également le type 076 Sichuan, un navire amphibie plus grand, supposé être équipé de catapultes électromagnétiques destinées aux drones et potentiellement aux chasseurs comme le J-35 ou le GJ-11. Cette innovation permettrait de répartir les moyens aériens sur plusieurs plateformes.
À plus long terme, la Chine planifie un porte-avions nucléaire de classe Type 004, en phase d’étude à Dalian. Des images satellitaires laissent entrevoir des modules de catapultes et une section avant de pont en construction à Xianglujiao, tandis qu’un prototype de réacteur terrestre est confirmé au site NPIC Mucheng dans le cadre du Projet Longwei. Ce futur porte-avions pourrait afficher un déplacement de 110 000 à 120 000 tonnes, mesurer plus de 330 mètres de long et 83 mètres de large, ce qui en ferait le plus grand navire de guerre jamais construit.
Il devrait embarquer entre 70 à 100 avions, parmi lesquels des J-15T, J-35, KJ-600, hélicoptères de lutte anti-sous-marine et drones, avec des systèmes de défense CIWS et HQ-10, ainsi que des armes à énergie dirigée non confirmées. Le design intégrerait les catapultes électromagnétiques EMALS, des opérations de pont en angle et une propulsion nucléaire, offrant un rayon d’action quasi illimité et une puissance électrique élevée.
Bien que les échéances restent incertaines, la mise en service serait envisagée entre 2030 et 2032. La propulsion nucléaire surpasserait les contraintes logistiques du Fujian, permettant une projection de puissance durable au-delà des côtes chinoises tout en alimentant les capteurs et systèmes de lancement.
Sur le plan de l’exportation, des rapports récents indiquent que la Chine aurait proposé 40 appareils J-35A à tarif préférentiel au Pakistan, des offres démenties par des responsables pakistanais qui jugent ces rumeurs spéculatives. L’Égypte et l’Algérie seraient également intéressées, tandis que la Chine a présenté un modèle du J-35A lors du Salon aéronautique de Paris en 2025, ciblant particulièrement les pays soumis à des restrictions d’achat du F-35, tel que l’Arabie Saoudite.
Une version d’exportation baptisée J-35E est en développement mais ses caractéristiques sont encore inconnues. Les analystes estiment que d’ici 2030, la PLAN pourrait déployer près d’une centaine de J-35 répartis sur le Fujian, Liaoning et Shandong, ces deux derniers pouvant potentiellement être adaptés pour accueillir des variantes du J-35 compatibles avec un décollage par tremplin.
Cette évolution dote la Chine d’une force embarquée furtive et significative, bien que l’entraînement, la logistique, le maintien furtif et l’intégration opérationnelle demeurent des défis majeurs. Ainsi, les essais récents représentent un progrès technique important et un jalon dans la volonté chinoise d’étendre ses capacités d’aviation navale, permettant un déploiement soutenu en haute mer.
Stratégiquement, ces avancées réduisent l’écart visible avec les États-Unis, qui n’ont pas encore diffusé de vidéos des lancements EMALS du F-35C. Elles indiquent que la PLAN intègre désormais les avions furtifs dans ses doctrines, formations et logistiques, abandonnant le statut d’option future. Le programme J-35 confirme ainsi son rôle central dans la stratégie aéronavale chinoise, accélérant la transition du stade de prototype à des déploiements opérationnels, et posant les bases de développements futurs sur des porte-avions plus puissants comme le Type 004 nucléaire. Toutefois, des incertitudes subsistent concernant la maintenance à long terme, la formation des pilotes et la durabilité des caractéristiques furtives sur des opérations prolongées en mer.
Jérôme Brahy